gruyeresuisse

13/10/2020

Nicole Miescher : l'ici-même et le hors là.

Miescher.jpgNicole Miescher "Recent works", Galerie Gisèle Linder, Bale, du 31 octobre 2020 au 20 janvier 2021.

L'artiste et photographe bâloise Nicole Miescher a été remarquée par sa traversée de la Sibérie dans les années 90 après la fin de l'Union Soviétique. Elle donna - à travers ses images - ses propres observations et impressions à la recherche de l’image-mère celle qui demeure là, et non pas au-delà. Elle donne l’énergie au regard au nom d’une évidence là où en découvrant l’image le regardeur tombe dans un trou face à une muraille de l'ici-même et le hors là.

Miescher 2.pngTout son travail part de cette première étape de préhension du réel et se retrouve dans ses oeuvres récentes aux paysages vides, abandonnés qui donnent l'impression de traverser les "terres blessées" chères à Dostoïevski. Il n'existe dans ses prises peu d'espace pour des caps de bonnes espérances. Le langage de Nicole Miescher est très personnel et facilement reconnaissable. Au delà de l'aspect documentaire (qui devient presque anecdotique) jaillit une poétique de la fragilité et de la vulnérabilité.

mieschler 3.pngTout dans la "ruine" prend une valeur d'éternité en un travail de résistance. La hantise des lieux jaillit. Le paysage est donc toujours un entre deux états. Ce qu’il contient est souvent de l’ordre du vestige ou de l’emprise en déliquescence. La nature parfois retrouve ses droits au sein d’un univers plus ou moins sauvage. Les œuvres parfois presque joyeusement absurdes ou doucement mélancoliques génèrent avant tout une médiation sur les lieux, le temps et l'existence.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/10/2020

Anaëlle Clot : Ouvrir

Clot.jpgAnaëlle Clot, "Herbier - Donner au petit le grand qu’il mérite", Fresque murale, Lausanne, "L'amour s'écrit à la main", Édition Cric, Collection du sac, n°4: Épistolaire, 2020

Clot 2 bis.jpgEntre une fresque murale et un sac en papier il semble y avoir un monde. Pour autant la créatrice les rapproche dans une sorte de "street-art". Pour la créatrice "Un sac en papier (est) un peu comme le sachet surprise au kiosque du coin" sur lequel et entre autres "L'amour s'écrit à la main". S'y retrouve à l'intérieur, un livret de poèmes d'Anton de Macedo à découvrir à l'aide d'une grille de lecture, un vrai timbre pour recevoir une carte de l’écrivain, des cartes postales illustrées et deux planches de vrais faux timbres. C'est aussi une une manière et une matière de recréer des échanges à travers l'objet le plus coutumier et la créatrice d'ajouter  "partager l’affection que nous éprouvons pour cette pratique  nous avons pensé ce sac."

Clot 3.jpgQuant à sa fresque, elle répond à une autre manière d'entretenir un échange dans la rue. L'artiste a investi l’Édicule de Rumine de Lausanne pour y réaliser une fresque de neuf peintures (un Timelapse de la réalisation de celle-ci est visible sur le site de la ville de Lausanne). Imaginant l'édicule comme "un champignon au milieu des arbres", elle l'a entouré de ses compositions à thématique végétale colorée et gourmande.

 

Clot 2.jpgDès lors un lieu de passage et d'attente pour les passagers des bus, devient un espace soudain d'arrêt car "L'herbier" pictural de l'artiste stimule l'imaginaire. L'édicule se transforme en espace d'expression artistique et donc le socle de rêveries et de repos (ce n'est pas incompatible). Comme l'écrit Annaële Clot "Ces peintures deviennent ainsi des fenêtres sur de mystérieux paysages."

Jean-Paul Gavard-Perret

11/10/2020

Celine Cadaureille : cas d'espèces

Cadaureille.pngLes bustes et pièces qui sont présentés par Céline Cadaureille à Lyon se situent dans la suite de sa quête. Celle-ci peut se qualifier de postsurréaliste  mais pas seulement. L'identité y est reprisée ou torturée de diverses façons. Pas pour autant de violence affichée. Au-delà de toute entité close, l'artiste propose un regard inconnu fait d'un corps espace débordant ou troué mais qui n'ignore rien de la densité de l'existence.

 

 

Cadautreile 2.jpgChaque sculpture agit comme le signe d’une émotion au bord du maelström de matières, elle irradie, bande, désagrège ou réorganise, elle fabrique un bloc d’énergie pure mais  en diverses dissonances programmées. Même Aphrodite en prend pour son grade dans un exercice de cruauté. Et les œuvres sont autant une autopsie de notre époque qu’une réponse plus générale à ce qui fait violence à l’être. Elles illustrent combien cette violence est un état permanent, un désaccord profond avec soi-même et le monde.

Cadaureoille3.jpgNéanmoins l'approche est régénérante même lorsque au rouge sang font place des couleurs délavées et de grandes coulées noires. A coté des bustes certains objets deviennent des segments de rivière mélancolique couverte d’une pellicule végétale nacrée . Mais là encore il faut se méfier des surfaces. Surgissent dans tous les cas des paysages intérieurs, des lieux subtilement déréalisés par l'artiste là où la dimension rêveuse devient narcotique et vénéneuse. Souvent avec humour. Mais pas toujours. Car on ne peut sourire de tout.

Jean-Paul Gavard-Perret

Céline Cadaureille, "Face à face", du plâtre au grès", Musée des Moulages, Lyon, du 19 septembre au 28 novembre 2020