gruyeresuisse

03/07/2017

Kourtney Roy et les alpes suisses

Roy Kourtney.jpgDans sa série « La Femme Idéale » Kourtney Roy présente une série d’autoportraits aussi classieux, glaciaux que corrosifs. La photographe y scénarise les stéréotypes kitsch qui engluent la femme selon des critères liés à l’origine aux publicités, au cinéma et à la pornographie des années 50 et 60. Kourtney Roy s’y présente assise, passablement lassée d’être là. Elle demeure indolente et indifférente devant un paysage idéal d’Alpes suisses.

 

Roy Kourtney 3.jpgLe titre - on l’aura compris - est évidemment ironique et dévastateur. La photographe poursuit son travail de sape. Elle sait sauter sur les évidences afin de les faire imploser au sein de charpente de studio qu’elle déconstruit. L’image s’écarte et diverge de la route qu’elle était sensée prendre. Le péril est donc en la demeure, là où le vent des cimes ne risque pas de décoiffer le modèle ou relever sa nuisette.

 

 

Roy Kourtney 2.jpgLa photographe se fait la behaviouriste à l’humour vachard des idées reçues et la poétesse iconoclaste capable de réviser toutes les cartes du tendre par la confrontation incoercible du stéréotype avec lui-même. Pas de repos ni de temps mort. Et là où la femme semble s’offrir paresseuse à la prise, un sacré coup de balai est porté aux visions « Univer-sale ». Kourtney Roy les récure en Miss Propre des idées reçues et des breloques abrutissantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kourtney Roy, « La femme idéale », Circulations(s), festival de la jeune photographie européenne, Arles, été 2017.

01/07/2017

Sarah Haugg : lapinades

Haugg.jpgPour Sarah Haugg les lapins servent autant de fond que de formes à ses images. Ils semblent sortis d’un rêve, des limbes ou d’une temporalité d’un ordre original. L’artiste crée une perturbation et une lutte obscure contre l’ordre établi. Les éléments flottent de manière impromptue, intempestive et drôle – toujours - d’une œuvre à l’autre. Nous sommes dans la communauté d’un clapier en folie et en couleurs jouissives.

Haugg 3.jpgIl s’agit d’entrer en un monde de rêves particuliers loin de la catastrophe mais où à l’inverse au-delà de la quiétude, le réel ne coïncide plus totalement avec ce qu’il est. Existe à la fois un abandon et un lieu de vigie. La métaphysique drolatique contamine la physique « lapinière » et l’image est donc bien différente d’une simple psyché.

Haugg 2.jpgLe réel est mis en abîme d’être : et ce entre durée et abyme comme s’il s’agissait d’atteindre une limite non du néant mais de la continuité de la durée qui paraît soutenir tous les temps et lui résister là où ce qui reste prend une plaisanterie particulière et moins non-sensique qu’il n’y paraît.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Sarah Haugg, « Rabbit, rabbit, rabbit » www.sarahhaug.com

30/06/2017

Joyce Tenneson : aurores de certains soirs

Tenneson.jpgPhotographe essentiellement portraitiste Joyce Tenneson crée un univers poétique, évanescent, énigmatique. Refusant le simple effet de surface elle cherche avec ses modèles des moments privilégiés, magiques au sein de jeux subtils de lumières. L’artiste photographie aussi des fleurs, arbres et coquillages pour à la fois trouver des instants d’arrêt mais dans lesquels la nature prend comme les portraits une sorte d’essentialité.

Par une photographie « lavis », la créatrice ne lave pas à grande eau le monde mais permet de faire de celui-ci un corps lumineux et étrange. Il se gonfle, déborde de possibles comme une femme enceinte, comme une terre en soulèvement. Chaque image semble accouchée, réengendrée, gorgée d'amour, chargé de l'avenir et de la mémoire.

Tenneson 2.jpgUne telle démarche provoque une autre présence. Soustrait aux prises habituelles, le portrait change mais en restant le même. C'est (aussi) une manière de retrouver une forme d'extase ou de ne pas la quitter. L’image trouble par l’association du rêve et de la réflexion en donnant à voir ce qui est à fleur de peau. Et au-delà. Ou en deçà.

Jean-Paul Gavard-Perret

Joyce Tenneson, Holden Luntz Gallery, Palm Beach, Floride.

09:38 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)