gruyeresuisse

29/08/2020

Giorgia Bellotti : du côté du mystère

Bellotti 2.jpgGiorgia Bellotti vit dans les hauteurs de l’Apennin toscan-émilien. Depuis son enfance elle travaillait le dessin et la peinture mais c'est en découvrant la photographie comme médium que sa création a trouvé son impulsion génératrice. Commence bien des enquêtes filées sur un passé en piété ou imprévisible. Centrée sur une recherce de sa propre indentité et de son univers intérieur, Giorgia Bellottit transforme l’autoportrait pour se voir, se chercher.

Bellotii 3.jpgMais son visage reste caché là où une suite de visions surréalistes rappellent les univers des photographes de Man Ray et de Claude Cahun mais selon un apport de couleurs et de mises en scène.Un tel partage touche en conséquence à la vie intérieure et à la pensée au sein d'une vision esthétique et intellectuelle.

Bellotti 4.jpgElle reste la plus sure volupté de perdre pied et de lâcher le possible pour l’impossible. Gardant caché son secret ou son énigme, par chacune de ses photos, passe  moins un "Regretio ad uterum" qu'un sens consumé de l'humour. Il aiguise  la beauté et le mystère. Un tel "propos" n'est jamais une mascarade mais une volonté de scénariser ce que les mots ne peuvent exprimer.

Jean-Paul Gavard-Perret

https: //opendoors.gallery/artists/giorgia-bellotti

26/08/2020

Luo Mingjun : proximité du lointain

minjuin 2.pngLuo Mingjun, "Lointains", Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 9 septembre au 17 octobre 2020.

Le lointain eu égard au temps que nous traversons prend ici une expression plurivoque. La Covid-19 étendant son empire a créé confinements et fermetures bref le repli des ailleurs si bien que ce qui demeure éloigné devient une sorte de rêverie nostalgique voire de nouvelle utopie. Luo Mingjun plus qu'un autre sait ce qu'il en est. Installée en Suisse depuis 1987, l’artiste chinoise exilée et qui a perdu sa nationalité d'origine l'associe à son présent européen dans sa quête identitaire là où des images en effacement surgissent de sa mémoire.

Minjuin.pngExistent en conséquence plusieurs faces du lointain dans ses peintures (grands formats) où elle reprend des sujets récurrents : le magnolia vu depuis sa fenêtre d’atelier. Surgissent désormais du fond - habituellement vide - des ombres vaporeuses. Elles deviennent des nimbes de ce qui ne peut se saisir. Liant la technique occidentale de la peinture à l’huile et les variations orientales de l’encre de Chine orientale, lumière et ombre, plein et vide, lié et délié créent une atmosphère particulière liée à chaque blessure de la créatrice. Le réel tel qu'il est s’ébrèche la peau à l’annonce du mouvement en un murmure d’invisibles rituels. Se démantèle la promesse de la parole. Mais à sa place un jaillissement de silence devient l'immobile frénésie du signe soulevé par le tremblement de l’effacement.

mINJUIN  3.jpgEntre présence et absence le vaporeux joue à plein là où parfois du magnolia ne demeurent que des fragments dans un mixage d'ombre et de lumière. Rien n'a lieu qu'un lieu étrange et pourtant reconnaissable. Il suggère autant le repli apaisant qu'une forme d’emprisonnement d'aujourd'hui mais aussi de tous les temps. S’agglutine et s'embrase un indicible dans la cavité de la toile dont le "ventre" devient quelque peu implicitement sardonique. Mais poétique tout autant là où la lumière se mâche à la nuit en un raclement lunaire afin que suinte l'indicible.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/08/2020

Nina Malo : dilatation des profondeurs

Brand.jpgNina Malo commence ses études d'art et de joaillerie en 1992 à Cape Town (Afrique du Sud) puis les achèvent à la HEAD , section Bijoux-objet. Installée à Carouge dans son atelier, elle poursuit sa quête de beauté et d’harmonie par la création d'oeuvres absolument impeccables. Et ce qu'elle qu'en soit la matière. L'artiste saisit la vue par la sélection d'un certain mode d’éléments particuliers plus ou moins abstraits. A la place de la "voix" de la nature une autre vient habiter l'espace.

Brand 3.jpgDans cette exposition la sculpture en céramique constitue une sorte de mise en rêve des formes volontairement minimales et le rébus qui les habite. Lignes tendues, espaces comblés accordent ardeur, rondeur et plénitude par l'imaginaire et le travail de l'artiste. De telles formes ouvertes ou fermées n'ont pas besoin de bouquets pour les cueillir. Elles se suffisent à elle-même et font que l'impossible verbe trouve à défaut de parole une vision.

Brand 2.jpgPar un monde constitué de formes natives l’artiste crée un "grand verre" ou un grand large parfaitement cerné afin de redécouvrir l'être caché dans son feuillage singulier proche parfois de l’abstraction. Du moins en apparence. Par de telles oeuvres de félines pensées trouvent un passage, une présence tout en préservant leur mystère.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Nina Malo, "Sculpture céramique", Galerie Marianne Brand, Carouge-Genève, du 29 août au 19 septembre 2020.