gruyeresuisse

11/09/2021

Du matin au soir - Sabina Broetto

 
Broetto.jpgSavons, poudre, tubes, vasques,  afflux d'eau de robinet dans la salle de bains, bassin qui déborde dans le début du jour et quand le soleil va faire suite. Radeau bruisse. Lascive et humide, elle s'essuie. Pend son linge au crochet. En une mécanique elle va jusqu'à franchir certaines bornes. Mais en toute discrétion "voulez-vous bien ?" dit -elle mais le reste de la phrase se perd. Elle sourit. Et ajoute "N'oublions pas d'aimer , qu'en dites-vous ?". 
 
Broetto 3.jpgElle époussette sa manche et le bord divin de son chemisier d'ange. Venir voir de très près, superviser alors la mise à l'ombre de ses formes. Ses épaules deviennent mystiques dans  l'espoir de vouloir ériger des statues inédites. Il peut y avoir mille raisons pour ça et des facilités. Y aller doucement, doucement, ne pas  prendre surtout la voie rapide. prendre plutôt un train à crémaillère pour apprécier le blanc du vêtement, la bouche mordorée d'où jaillit un asthme spirituel.
 
Broetto 2.jpgAu soir se fait buveuse, souvent joyeuse et  dansant sur des titres electro-danse. Une main dans le dos, le cou cassé. Bouche pleine de genièvre(le foie s'use). Savons-nous où vont le corps et l'esprit ? S'engage-t-on pour  retoquer du tangible seyant ? Mais poursuivre en l'immense pays de celle dont les reins pourfendent l’orgueil-mâle et la déréliction.  Rejoignant le divan elle s'y assoit pour suspendre sa danse. Elle attend. Qu'importe si un homme jappe comme un pendu. A ses lèvres. Et ce pour alimenter une occupation somme toute des plus habituelles. Mais elle prend soin de disjoindre cause et effet.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Photos de Sabina Broetto

Portrait d'une éditrice romande : Caroline Coutau

c..jpgAmandine Glévarec a réalisé sur son blog "Kroniques.com" un entretien avec l'éditrice Caroline Coutau. Elle est devenue au fil du temps une des figures majeures de l’édition romande.  Critique et journaliste culturelle pendant plusieurs années et après un an à New York comme danseuse chez Merce Cunningham et deux ans à Jérusalem, elle  retrouva la Suisse. Elle  rejoint les Editions Labor et Fides  puis les Editions Noir sur Blanc et enfin  Zoé qu'elle dirige. D'abord timide mais lectrice acharnée, ses voyages loin de ses bases lui on paradoxalement permis de d'exprimer dans sa langue maternelle : le français. Son expérience de la danse contemporaine l'a portée vers les formes innovantes et les expérimentations littéraires. Elle a appris à repérer les auteur(e)s en devenir. Et celle qui dit n'avoir connu dans sa jeunesse que "Le Poisson-Scorpion" de Nicolas Bouvier et Ramuz s'est vite ouverte à la littérature romande loin des seules références "franco-françaises".
 
c. 2.pngElle s'y est plongée tout en ne négligeant pas les langues foraines (espagnole, anglais, etc.) et en apprenant ce qu'un travail d'éditrice nécessite. Chez Zoé elle a réellement pris son envol pour que perdure et fructifie une maison d'abord associative dirigée par quatre femmes de bonne volonté qui ont publié entre autres "Le Dehors et le dedans" seul ouvrage de poésie de Nicolas Bouvier ou encore des traductions de Robert Walser et Matthias Zschokke. Héritière du beau catalogue de Zoé,  elle a pris sa direction au moment où émergea une jeune génération d’auteurs. L'éditrice les aide lorsqu'ils peinent à  reprendre le manuscrit, à réécrire et ce, dans un compagnonnage.  L'éditrice voyage aussi beaucoup pour la promotion de ses livres en endossant tous les rôles d'une directrice d'édition : comptabilité, édito, promotion, achats de droits, lecture de manuscrit, recherche de fonds d'aide, diffusion, le tout avec une constante prise de risque.
 
c. 3.jpgPeu à peu et grâce à elle, Zoé est une maison d’édition suisse mais dont la zone d'intérêt dépasse son territoire. D'autant que Caroline Coutau sait s'intéresser à celles et ceux qu'elle nomme les "auteurs métissés" qui viennent d'ailleurs (Cameroun, Corée, Balkans, Italie, Angleterre, etc.) et qui nourrissent la fiction et le français de leurs langues et de leurs cultures. "Il me semble que c’est le propre de l’être humain d’avoir à se confronter à l’autre" dit-elle à son intervieweuse. C'est aussi le propre d'une éditrice. Par cette ouverture, les livres qu'elle édite nous confronte à nous-mêmes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

10/09/2021

Les céramiques matrices et poétiques de Monique Duplain

Duplain.pngMonique Duplain, "Céramique, Galerie Marianne Brand, Carouge-Genève,  du 16 septembre au 15 octobre 2021
 
Membre de L'ACS (Association des Céramistes Suisses) Monique Duplain a déjà participé à  de nombreuses biennales et a obtenu de nombreux prix.  Son voyage d'étude en Corée et au Japon lui a permis un long mûrissement des formes observées dans la nature, en jouant sur les contrastes : mat et brillant, clair et foncé, lisse et rugueux et en cherchant à créer des formes-symboles propres à nourrir notre imaginaire.
 
Duplain 3.jpgComme elle l'écrit, l'artiste veut "traduire le mystère, le chaud et le froid, la vigueur et la fragilité, la statique et le mouvement, le craquelé, le rugueux et le lisse." A l’aide de pigments et d’éléments composites qui imprègnent la terre l’artiste ne cesse de se surprendre elle-même. Elle propose diverses expériences dont le résultat n’est visible qu’à la fin de la cuisson et de ses aléas toujours possibles.
 
Duplain 2.jpgDe telles créations dégagent une puissance sensuelle sourde. Au cœur de l’hybridation des matières, les formes rondes mais ailées plongent au sein d’une communauté étrange. Surgit néanmoins une tranquillité apaisante.  En ce sens issue de la terre et de ses minerais l’œuvre demeure toujours céleste  en pesant de son poids de chair sur les arpents de vie. Nous pouvons toucher le mystère de notre propre pensée par la présence de pièces qui inquiètent la pensée mais qui l’enveloppent et la déploient.
 

Jean-Paul Gavard-Perret