gruyeresuisse

12/01/2020

Fanny Gagliardini : espèces d’espaces

Gaglia.jpgJaillissent des travaux minimalistes de Fanny Gagliardini divers types de hantise des lieux en une poésie mystérieuse et prégnante. Un ordonnancement subtil, acéré (mais doux parfois) crée un langage particulier. Les volumes ou les pans (avec de précieux interstices) pourraient sembler servir de caution au rêve là où une forme "d’anonymation" déclinée sous forme de structures crée une énergie parfois solaire, parfois ténébreuse.

Gaglia 1.jpgLa puissance immobile, épurée et chargée de silence fait bouger les lignes. Le regard se perd dans un tel contexte qui suggère un équilibre où le jeu du lointain fait celui de la proximité autant dans les peintures que dans les vidéos qui les animent dans un contexte "paysager" premier.

Gaglia 3.jpgSous l’apparence crue, les "lieux" sont dégagés de toute facticité aguicheuse ou de pure «façade». Se produisent une complémentarité et une harmonie intempestives. L’oeuvre renforce l’idée que l'art est fait pour métaboliser le réel et permet de franchir des seuils. Il reste au service de rapports complexes. Masses et ruptures de plans font que les structures et leur contexte se regardent et se complètent. L’espace y devient temps. Temps non pulsé mais à l’indéniable force suggestive.

Jean-Paul Gavard-Perret

Fanny Galgiardini, Dehors Dedans Dedans Dehours", www.fannygagliardini.com

10/01/2020

Le "tachisme" de Renata Har

Har 3.pngRenata Har, "Like a type of wind", Gisèle Linder, Bâle, du 22 janvier au 7 mars 2020.

Originaire de São Paulo , Renata Har développe une oeuvre très personnelle. Elle trouve ses racines dans le déplacement de sa famille qui a du s'exiler au Brésil suite aux années de guerre en Pologne. Aux Beaux-Arts de Paris, elle intègre l’atelier de Christian Boltanski. Ce dernier garde une influence majeure sur les enjeux de l'esthétique de cette brillante "élève".

Har.jpg

 

Elle crée comme son "maître" des ensembles aussi poétiques que mémoriels par des collectes de rebuts et fragments sur lequel elle intervient après une longue réflexion. Cette volonté de retenir ce qui reste ramène à sa quête (infructueuse) lorsqu'elle alla sur les traces de sa famille en Pologne sans trouver le moindre indice pour nourrir ou accréditer son histoire et ses racines.

 

 

 

Har 2.pngDepuis son travail garde pour objectif de faire "parler" des bribes, d'en reconstruire le puzzle par ce qu'elle arrache du néant et parfois de poubelles. Elle remonte ainsi des histoires par jeu d'associations en intégrant des chutes de lithographies, des assemblages de dessin en des "Paréidolies" parsemées de taches là où un morceau de moquette peut tenir lieu de support et surface afin d'offrir hypothèses, impressions, émotions en créant ce qu'elle nomme « des points de tension positifs ou négatifs » : le regard y circule  dans une forme de sculpturation où le dessin garde toute son importance.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/01/2020

Maïa Mazaurette : sexposition

Mazaurette.pngMaïa Mazaurette  par cette exposition répond à la question de sa galeriste Barbara Polla : "pourquoi les femmes ne représentent-elles pas l’organe sexuel masculin en gloire ?" Mais sublimer le phallus masculin n'est pour elle en rien se faire le suppôt du patriarcat. C'est montrer que l’homme est désirable et qu'il peut lui aussi être objet ou sujet de fantasme dans une vision, ouverte, joyeuse. Réalisées dans le cadre intime de son appartement de New York la créatrice montre pour la première fois ses oeuvres dans le lieu intime de l’appartement de Barbara Polla à Paris, avant qu’elles ne soient présentées à la galerie Analix Forever à Genève.

Mazaurette 2.pngLa "Princesse" ici est moins l’artiste que le phallus en écho à Constantin Brancusi qui baptisait ses somptueux phallus « Princesse X ». A la suite des questions soulevées par le mouvement MeToo et par la baisse internationale de la libido, les enjeux de pouvoir, les injonctions irréalistes, elle montre combien la sexualité est désormais enveloppée d'une immense lassitude. "La faute à qui, à quoi ?" demande l'auteur. Elle y répond illico : " À une sexualité pensée comme une affaire d’orifices, à un imaginaire qui réduit les femmes à un vide à combler, alors qu’elles possèdent un sexe, pulsant, puissant".

Mazaurette 3.pngSa libre parole se double ici d'une iconographie jouissive. Expatriée depuis douze ans et nomade acharnée, elle aime les hommes autant qu'elle les critique. Elle attire l'attention sur les objets du désir qu'elle met à nu de manières aussi sybillines et allégoriques que réalistes. Maïa Mazaurette prouve qu'il n'existe chez elle ni revanche ni castration mais de l’optimisme. Son exposition devient une "sexposition" joyeuse. Il s'agit affirme-t-elle "de dire aux hommes qu’ils sont beaux, de les peindre, de les convaincre de leur pouvoir érotique".  Mais son but est toutefois toujours le même : "à savoir qu'il ne se passera rien tant que les hommes, les femmes et les autres, ne s’écouteront pas inconditionnellement." Et ici les images disent ce que les mots ne font pas - quitte à courir le risque d'un malentendu sur les interprétations.

Jean-Paul Gavard-Perret

Maïa Mazaurette, "Princesse" du 4 au 12 janvier 2020, chez Barbara Polla, dans le Marais puis àç la galerie Analix Forever, Genève. En parallèle Maïa Mazaurette publie "Le Sexe selon Maïa", (ses articles du "Monde") à la Martinière et Sortir du Trou, Lever la Tête", chez Anne Carrière.