gruyeresuisse

11/04/2018

La graine et la Mulâtre : Tereza Zelenkova

Zelenkova 3.jpgNatures mortes, nus, portraits, intérieurs, cabinets de curiosité créent soit le vide soit le trop plein pour exprimer l’existence en creux et de manière duale : il y a la fin et le recommencement, le classique et le baroque, la parure et la nudité, le sensuel et la spiritualité mais toujours selon des visions délétères et riches de détails.

 

 

 

Zelenkova.jpgTout semble sortir d’un autre âge que le noir et blanc de la photographie argentique décale encore plus. Au coeur de l’enfermement se joue une mise en espace à la fois minimale ou luxuriante, lourde du silence que les photographies dévoilent en un effet étrange : celui d’un appel muet vers l’espoir d’un seuil à franchir mais dont le passage et comme interdit et ramène à la clôture.

 

 

Zelenkova 2.jpgNe demeure souvent qu’un vertige angoissant au sein d’un passage espéré où rien n’est possible. La quête du changement, de l’appel avorte au moment une croupe nue, une chute de cheveux, une coiffeuse indiquent une présence - mais une présence cachée puisque du corps rien n’est visible – même si ce qui est montré en dit long…

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Tereza Zelenkova, « The Essential Solitude », Ravinstjin Gallery, avril-mai 2018.

10/04/2018

Maria Svaborva : les immobiles

Svaborva.pngLes photographies de Maria Svaborva offrent des scènes théâtralisées presque irréelles au sein même d’un réel qui soudain semble se figer. L'artiste fait passer de l’illusion subie à l’illusion exhibée. De l'oeuvre naît une béance particulière qui se dégage des histoires d'objectivité et de choses vues. L’apparence crée par l’artiste ne dissout plus le réel mais le transforme en artificialité au sein d’une sensualité froide.

svaborva2.jpgLe tout dans une succession de narrations frontales et subtilement ironiques là où l’aspect festif se fige dans une esthétique faite de poses strictes. Les notions d’identité et d’individualité se perdent. A la surface de l’eau et des murs de la piscine «répond celle des photographies où les naïades sont de véritables statues.

Svaborva3.jpgLes illusions offertes restent des plaisirs qu’il faut saisir. Un passage demeure possible par l’ « ostinato » des images froides et légères d’une poésie plastique distanciée par une photographe capable de transformer chaque prise en tableaux aussi expressionnistes qu’impressionnistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Le monde insidieux et féminin de Lilla Szasz

Sasz.jpgL’appareil photo de Lilla Szasz est un regard particulier sur l’éros. Il se fait rodeur et divers. La sensualité n’est pas seulement la langueur du plaisir, la violence érotique mais empreinte de gravité ou de jeux qui délivrent un message intérieur à multiples facettes.

Sasz 4.jpgLa luxuriance crue du corps, la fourrure sombre qui cache tant bien que mal deux seins généreux, le cran des cheveux de jeunes filles qui s’embrassent, des médaillées créent un inavouable révélé face au baiser bref du déclencheur. C’est une histoire d’œil, d’expérience de la sensorialité et d’une forme de méditation plus profonde qu’il n’y paraît sur le monde tel qu’il est.

Sasz 2.jpgLes nuages de la vie ne disparaissent pas toujours au profit d’une forme de jouissance. Les images sont parfois canailles, surprenantes et transforment la banalité. La photographe saisit des sourires, l’insouciance comme la dureté de certaines existences soumises parfois au service d’autrui. Il existe toujours un message implicite en hommage aux femmes, à leurs « travaux » comme l’appel à qui elles sont vraiment.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Frau in 3 akten », Fotohof, du 4 mai au 6 juin 2018, Salzburg.