gruyeresuisse

20/02/2020

Les palpitations de l'indicible de Sara Punt

Punt 2.jpgLa néerlandaise Sara Punt crée par la photographie une expression du corps donc de l'humain. Ancienne danseuse, elle connait de manière intime le corps et ce qu'il peut suggérer. De telles images opèrent  en conséquence des révélations. Le geste de glissement de l'image fixe crée une palpitation indicible.

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L'angoisse d'être est là mais pourtant se dissout dans l'affirmation d'un corps qui suscite à nouveau le désir. L'artiste saisit des lignes brutes pour suggérer des mouvements calmes entre distorsion naturelle et mises en phases de l'organisme.

 

 

Punt 3.jpgEn relations étroites avec ses sujets, Sara Punt crée un espace où une certaine vulnérabilité est suggérée. Mais chaque égérie peut voir son propre corps sous un nouveau jour dans une introspection poétique. Les femmes vivent donc devant l'objectif une liberté reconquise. Elles s'affirment. La pression de la prise les pousse à exister d'une manière aussi simple qu'imprévue.

 

Jean-Paul Gavard-Peret

18/02/2020

Les métamorphoses montagnardes de Charlotte Perriand

Perriand 3.jpgEn prolongement de la grande exposition à la Fondation Louis Vitton, , l'Académie des Beaux Arts de Paris présente une sélection de photographies de l'architecte et designer Charlotte Perriand (1903-1999). La créatrice explore le monde paysan, la montagne savoyarde et donne à voir un aspect plus méconnu de son œuvre. Il révèle un sens de la composition et une poétique très singuliers empreints de douceur et d'éblouissements.

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Une telle femme libre, féministe, pionnière de la modernité se révèle admiratrice de la nature. Ses photographies reflète son étonnement face à la grandeur des paysages et la profondeur des regards des montagnards.

 

Perriand 2.jpgLa photographe transforme la texture alpine dans une langue plastique qui en ses représentations de l'espace fait de chaque construction un aître : à savoir l'endroit où la question du lieu se retourne sur la question de l'être. Elle inscrit la théâtralité d'un grand récit aussi plastique que poétique. Apparaissent des lambeaux de sérénité, des perles de nuages, des bouchées cosmiques de tranches de bois. Ces métamorphoses sont autant de bijoux qui honorent la montagne par rebondissements ou échos.

Jean-Paul Gavard-Perret

Charlotte Perriand : Photographies, Académie des beaux-arts de Paris, du 13 février au 22 mars 2020.

16/02/2020

Claire Bretecher : rebellion, distance et liberté

Bretecher.jpgClaire Bretecher aura apporté à le B.D. via le dessin de presse à la fois un mixage de Ronald Searle et du "Petit Roi" d'Otto Soglow (série bien oubliée). L'humour complexe et la modernité graphique - par exemple des "Frustrés" son chef d'oeuvre - sont le fruit d'un travail plus conséquent qu'il n'y paraît et plus proche qu'on pourrait le penser de Sempé. Les deux sont les plus grands metteurs en scène de notre monde.

Bretecher 2.jpgPeintre (trop méconnue) de portraits jamais tendres et surtout au pastel, l'artiste par le dessin est devenue une star singulière. Elle montre combien le monde "ne fait pas bien les choses" - qu'il s'agisse de Dieu, la nature ou des parents. Son parcours atypique est celui d'une femme indépendante, observatrice solitaire et sauvage pour mieux se défendre depuis son nid d'aigle de Montmartre.

Bretecher 3.jpgNon militante et ignorant le mépris, l'artiste fut pourtant une féministe majeure quitte à se faire épingler par certaines d'entre elles. Tout passe chez elle par le dessin : "Le destin de Monique" (1983) anticipe par exemple des problématiques d'aujourd'hui (PMA, monoparentalité). L'ironie est chez elle complexe et demande une certaine éducation à l'humour.

Bretecher 4.jpg"Plus une histoire est bête meilleure elle est" disait celle qui a fait de l'absurde le moyen implacable de s'approcher au plus près de la vie. Barthes la désigna sociologue (elle est bien plus) et Bourdieu la loua. Bretecher pouvait se passer de telles béquilles : son oeuvre se suffit à elle-même jusque dans son invention non seulement graphique mais parfois langagière quand la parole flotte dans l'image.

Jean-Paul Gavard-Perret