gruyeresuisse

28/05/2018

Ahn Hyun-Ju : l’abstraction et après

Hyun 3.pngAhn Hyun-Ju, « Irrational Symmetry », L’Espace Nicolas Schilling et Galerie, Neuchâtel, du 2 juin au 15 juillet 2018.

Ce n’est pas un hasard si Ahn Hyun-Ju a trouvé en Suisse – patrie d’une forme d’abstraction picturale – une terre d’élection. Née en 1969 en Corée du Sud, elle étudia la sculpture à la Ewha Womans University de Séoul. En Allemagne elle commence à la Kunstakademie de Düsseldorf un travail autour de l’abstraction en peignant directement sur des supports tridimensionnels en aluminium. Fidèle à ce support « neutre et stable » elle poursuit une recherche expérimentale en 2 et 3 dimensions très typiques.

Hyun bon.jpgL’artiste mixe peinture acrylique et pigments afin de toucher différents niveaux d’opacité ou de transparence au sein d’aplats monochromes aux contours géométriques avec des coulures de peinture qui se superposent. Incisés, coupés et montés les plans restent parfaitement soignés. Ils sont « bien sous tout rapport » pourrions-nous ajouter dans tout un jeu de traces, d’échos, de variations lumineuses et la complexité de formes aussi séduisantes, acérées que parfois drôles

Hyun.jpgAdepte d’une forme d’art pour l’art abstrait elle refuse tout symbolisme. L’œuvre reste un ensemble de problèmes de lignes de composition afin d’atteindre une sorte d’absolu esthétique au sein de couleurs vives et contrastées. Existe une puissance évidente où des tensions jouent entre violence et douceur au sein d’une forme de liberté ouverte par une contention pointue et superbement travaillée.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/05/2018

Laure Gonthier : le blanc est une couleur

laure gonthier 2.jpgLaure Gonthier, « Bye Bye LillieHöök », Kisssthedesign, Lausanne, mai 2018

Si l’œuvre est toute d’humilité par sa substance elle prend une puissance sidérante par ses métamorphoses en profondeur et silence. La presque absence des choses trouve un aspect doux et dur d’éternité qui passe. Tout se dissout pour que demeure un souffle mystérieux et lumineux. Une force avance contre les ombres crépusculaires et indigestes. Reste la hantise de fantômes dont l’aura crée un sentiment de prise presque tactile sur ce qui nous est le plus proche, le plus immédiat, le plus intime.

laure gonthier.jpgUne "voix" humaine semble animée d'une mémoire susceptible d'ouvrir sur le futur en recueillant le passé et ses états de vestiges mais loin de toute prostration pathologique. Ce que le blanc pourrait sembler neutraliser fixe et rive le regardeur.

laure Gonthier 3.jpgEtrange pouvoir d’une telle œuvre : elle n'explique ou n'éclaircit plus rien. Elle définit le « décor » et implique des attitudes dans une sorte d'épure en sourde intentionnalité. Reste le blanc. Un blanc didascalique que nous entendrions presque nous dire : "J'allume. C'est pas bon. J'éteins. Je recommence. C’est mieux ». Le tout au sein des potentialités dans tout un jeu de reconnaissance et de disjonction. N’est-ce pas une sorte d'image ou contre-image de l'autorité de l’art sur la réalité ?

Jean-Paul Gavard-Perret

15/05/2018

Amigxx : les qui ? de Catherine Rebois et Fernando de la Rocque

Amigxx bon 2.jpgAmigxx expose deux artistes aux langages différents mais qui se rejoignent sur la question de l'identité. Fernando de la Rocque et de Catherine Rebois y présentent chacun une nouvelle étape de leur quête. La seconde avec la série (bien nommée) "Entêtement" s'interroge plus particulièrement sur la métamorphose et le sens de la re-présentation là où tout se "coupe" dans l'espoir d'un retour à soi et d'une reprise en image comme il existe des reprises en mains en faisant abstraction du genre. Histoire de savoir qui nous habite mais tout en rappelant en incidence un cérémonial délétère d'épisodes où les femmes étaient rasées pour marquer un opprobre.

Amigxx bon.jpgFernando de la Rocque donne une autre version de la maison de l'être. Pour Amigxx il propose sa plus grande broderie jamais tissée ("Tree Life") et des dessins inédits sur papier coton. Son tapi devient un immense film muet qui marie tradition et modernité pour offrir une fête des sens. L'artiste latin reste épicurien dans ses délires où les femmes forment des bouquets. Catherine Rebois penche vers un autre absolu.

Amigxx.jpgMais ce jeu est parfait. Se crée ce que les Grecques nommaient des "sarkasmos" : des peaux relevées sur le corps de leurs ennemis pour façonner un manteau de victoire où la femme devient autant Gorgone, Méduse, qu'Athena. L'imaginaire de deux artistes le façonne de leur "couture", ils créent entre déconstruction et construction, charpie et élévation, des corps glorieux où ce qui se dresse est moins le masculin que le féminin. Ce dernier semble jaillir dans et au-delà du lieu, par le dévoilement de ce qui "normalement" ne peut pas apparaître.

Jean-Paul Gavard-Perret

Du 17 mai au 30 juin, Espace L, Genève.