gruyeresuisse

04/06/2019

Marie Velardi : nappes phréatiques

Velardi 2.png« Terre-Mer, Marie Velardi », Centre d'Art Contemporain d'Yverdon Les Bains, jusqu'au 21 juillet 2019

Marie Velardi poursuit sa recherche ici avec divers fragments minimalistes qui se juxtaposent en des ensembles plus larges et systémiques. Les périmètres se démultiplient astucieusement et selon un montage très particulier.

Velardi.jpgCelle qui s'intéresse aux territoires et géographies souterrains, donc invisibles mais qui possèdent un rapport direct et essentiel avec les conditions de vie à la surface de la terre crée de fait des utopies aquatiques à l'aquarelle. La différence de densité des pigments souligne les lieux où il existe le plus d’eau. Cette dernière produit des réactions différentielles de l'aquarelle au contact du papier. 

Verlardi 3.jpgTout dans ce travail signifiant devient une poétique d'un "espace" particulier. Elle appelle à la vie par de telles piqûres de rappel là où le beau devient le prétexte à un combat essentiel. Echappant à la simple représentation la peinture réalise le passage de l'actuel au virtuel, du réel au possible à l'épreuve du temps et pour le retenir comme les nappes phréatiques retiennent l'eau.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/05/2019

La Déesse Europa version Deborah de Robertis

Deborah OUI.jpgA Strasbourg,  dans  un des deux  lieux des  parlements européens, Deborah de Robertis a utilisé l'occasion des élections pour une performance que les médias ont totalement occultée comme si les revendications de la féminité défendues par l'artiste n'avait plus droit de citer.Deborah bonbon.jpgCherchant toujours des points emblématiques pour ses performances (Musée du Louvre, Lourdes par exemple) l'artiste a imposé au Parlement Européen une présence où la nudité féminine prend une nouvelle essence.

Deborah 3.jpgS'emparant du point de vue "passif" du modèle (au service du masculin) elle transpose à nouveau la position des regards. Et c'est soudain le voyeur qui est regardé à travers le troisième oeil sanglant : celui du sexe féminin. Deborah 2.jpgAccompagnée à Strasbourg par Blyvy Makasi, Abigail Sia, Laure Pepin, Angie Mathieu, Maya Lacoustille, comme elles, activiste ou performeuse, l'artiste a créé un aéropages de "femmes puissantes pour la création de cette métaphore d’une Europe au féminin qui porte le monde, s’arrache du mythe patriarcal et se dresse contre l’inertie". Une nouvelle fois elle a été censurée et sa voix étouffée par une plainte de la part du Parlement Européen de Strasbourg (pour dégradation volontaire aggravée).

Deborah.jpgLes assesseurs s'empressèrent de chasser les intruses et d'effacer leurs taches de sang. Elle ont néanmoins pu laisser la trace que l'artiste évoque ainsi : "Souveraine, putain, mère originelle de la lignée des Hommes. Déesse bâtarde à la vulve monstrueuse et dégoulinante, /Je vous laisse entrevoir les ténèbres. / La fin possible d'un monde. / Il est presque trop tard: ma neige a fondu, mes océans débordent, je perds les eaux. J'annonce le déluge et le souffle de vie." Ce véritable chant, l'artiste l'a imposé dans le lieu des institutions glacées et qui font du mythe de la déesse Europa au mieux une commodité de la conversation politique. Le tout dans un appel à une nouvelle donne des frontières à naître : "Les seules frontières que je respecterai seront celles qui séparent ciel et terre" affirme superbement la plasticienne.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/05/2019

Transparences et transfusions de Meg Webster

Webster.jpgMeg Webster, Anne Mosseri-Marlio Galerie, Bâle.

Meg Webster crée une oeuvre minimaliste mais d'un caractère particulier. Elle offre une expérience spécifique : le monde non seulement est inversé mais extérieur et intérieur se mélangent par effet de miroir ou de transparence. Ce travail complexe augmente ce que l’oeil perçoit de manière commune. L'aventure est spectaculaire mais dans le bon sens du terme.

Webster 2.jpgElle agit de manière poétique loin de toute version post pop d’un fétichisme de l'objet. Sans l'éliminer elle le métamorphose afin de lui donner une éloquence visuelle par la force des surfaces, leurs montages, le mouvement, les directions des formes, le jeu des vides, la vulnérabilité paradoxale. Une forme de légèreté ramène à un fait premier de l’art : la plasticité est avant tout une affaire de volumes plutôt que d'objets. Le "sujet" de l'oeuvre n'est pas un vestige mais un état naissant, un point de vie et de vue prenant éventuellement racine sur ce qui transparaît.

Webster 3.jpgL'artiste questionne les limites des formes afin d’en préserver des sensations subtiles et presque évanescentes. Ses représentations quoique très proches de projections littérales en échappent sous forme de subtiles mutations qui jouent des effets de la sculpture qui modifie ses propres données. S'érigent de fait le germe d'une langue plastique forgée en ses substrats ou matières et un monde aussi élégant que mystérieux afin d'interroger la visibilité.

Jean-Paul Gavard-Perret