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17/08/2019

Jorinde Voigt et la nature des images

Voigt 2.jpgL'artiste allemande Jorinde Voigt est connue pour ses dessins en grand format composés de lignes, d’annotations et de formes colorées. Elle est toujoiurs à la recherche d'un système complexe de reférénces à la fois théoriques et plastiques. Avec "Immersion" elle explore le processus de perception dans son essence et à travers ses propositions visuelles et ses cristallisations de leurs substances "imageantes".

Voigt.jpgSans tomber dans la mythologie de l’altérité forcée de la matière, de la quête de l’exotisme par la forme ou encore de la croyance en un art engagé, l'artiste cherche à préserver une nature primitive des la perception. Le tout dans une certaine floculation et l'aspect phosphorescent de son approche. La réalité se retrouve métamorphosée pour que le mental retrouve une communication avec ce qu'il saisit par les images. 

Voigt 3.jpgDe telles oeuvres sont dressées sans faux-fuyants et dénuées de romantisme. Autour de zones colorées qui peuvent rappeler certains jeux de surface jaillissent des visions bien différentes de ce qui est souvent donné à voir en fausse dilution. L'image ne se réduit plus à une peau de chagrin. L'artiste ouvre les archives du temps et de l’esprit des images en perpétuel mouvement. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jorinde Voigt, "Immersion", Hatje Cantz, Berlin, 2019.

16/08/2019

Le "free art" de Ramaya Tegegne

Tegegne.jpgRamaya Tegegne, "Sherman", Istituto Svizzero, Milan, du 13 septembre au 26 octoble 2019.

Les oeuvres de Ramaya Tegegne hantent le théâtre de l'art pour l'ouvrir à ses propres propositions. Sans vraiment vouloir "faire carrière" d'artiste, la créatrice, par son travail,  met à disposition du public des matériaux oubliés, délaissés. Elle renonce aux gestes du graphiste en tant que producteur de sens pour transmettre images et mots par d'autres formats de médiation pour offrir ce que Laurence Schmidin nomme "un art de la conversation".

Tegegne 2.jpgPour sa première exposition individuelle en Italie, l’artiste genevoise présente des installations, vidéos et performances afin d'approfondir la narration de l’histoire de l’art telle qu’elle s’est établie. Elle la remodèle par la citation et la révision des biographies d'artiste, leurs histoires et leurs anecdotes.

umstatter 2.jpgComme avec son livre d'artiste ‹Bzzz Bzzz Bzzz› où elle réunissait des images et des extraits de textes permettant de livrer une réflexion sur la notion de commérage et de cancan, elle montre ici comment l'art peut faire le "buzz" loin des chemins battus et sans recherche forcée d'exactitude. L'artiste ne prétend en rien à s'annexer le travail des autres ni même le détourner. Elle se contente d'amasser des anecdotes pour nourrir un "free art" très personnel plus amical que destructeur.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/08/2019

Christine Boillat : combats en forêts nocturnes des morts vivants.

Boillat.pngLes fusains sur papier de Christine Boillat permettent d'entrer dans un monde baudelairien "étrange et pénétrant" et des histoires mystérieuse en de sombres clairières. La lausannoise ancienne élève de HEAD de Genève a reçu de nombreux prix pour ses installations oniriques qui transforment le monde au milieu des ordres de l'image et de l'esprit.

Boillat 2.jpgSemblent surgir des fêtes là où parfois un cirque se plante. Mais rien ne flamboie ouvertement. Dans ses dessins comme dans ses installations tout est offert par halos de lumière. Ils contredisent l'aspect festif de ces carnavals. S'y découvrent  moins des barbes à papa que de petits cadavres animaliers au milieu d'une nature en décomposition et dans une noria de moustiques.

Boillat 3.jpgLe rêve pourrait donc tourner au cauchemar  par des ruptures et disqualifications des logiques mais aussi l'extirpation difficile des retranchements primitifs. Néanmoins demeure le charme de montages où rien n'est caché des mouvements de vie mais aussi de mort. Celle qui fut une des premières à animer "L'espace Kugler" de Genève réalise un univers grouillant et organique où tout devient le symbole d'une vie plus complexe de celle que l'art donne souvent en partage. Ici de froides agitations créent des ruptures entre glaciations et feux terrestres. Et nous voici soudain, par le dehors, entrant dans les cavernes de l'être.

Jean-Paul Gavard-Perret

Galerie Laleh June, Bâle, 2019.