gruyeresuisse

26/02/2020

Vendredi sur Mer et Lewis OfMan prodiges électro

V. SUR M.jpgCharline Mignot aka Vendredi sur mer, est suisse. Lewis OfMan est français. A eux deux ils cassent les codes de l'électro. Passionnée de photo et de mode, Vendredi est entrée dans la musique par hasard. Son premier titre "Est-ce que tu t'en souviens ?" fut composé pour habiller l'un de ses shootings. Elle est repérée par le label "Profil de Face" qui produit "La femme à la peau bleue", que la marque Sonia Rykiel utilisera pour l'un de ses défilés.

V. SUR M. 2.jpgCharline Mignot a lancé la carrière de OfMan et depuis ils créent chacun à leur manière en solo ou à deux un melting pot. A côté de Vendredi sur Mer, le second a déjà collaboré avec Lana Del Rey, Fakear, les Pirouettes et Rejjie Snow. Ces deux créateurs proposent un ego-trip et des romances nerveuses de plus en plus fondées sur les scansions d'une avant-garde sonore qui n'a rien d'élitiste.

V. Sur M 3.jpgAu moment où la Suissesse prend un peu de recul, le Français poursuit la veine de celle qui est passée maîtresse dans la composition des mélodies tout en se laissant aller de plus en plus à des morceaux de sons bruts. Dans leurs oeuvres respectives ils savent coordonner différentes influence squi vont de Lennon, Gainsbourg et Frank Ocean au bruitisme. Ils incarnent une énergie et un sincérité suffisamment rares pour qu'ils soient considérés comme faisant partie des artistes les plus novateurs et intéressants du moment.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

25/02/2020

Gabriela Löffel : renversements

Loffel.jpg«Inside – Gabriela Löffel», CACY, Yverdon, du à partir du 29 février au 23 mars 2020.

Dans son travail, Gabriela Löffel s’intéresse tout particulièrement à des zones liminales où s’opèrent des glissements de sens. Elle questionne les structures qui régissent la représentation ou l’interprétation de la réalité. En conséquence elle propose des espace de médiation et surtout d’interprétation.

Loffel 2.jpgL'exposition « Inside » est constituée d’installations vidéo et de séries de photographies. C'est une forme d'entrée paradoxales dans le monde de la rhétorique des espaces politiques et économiques. L'artiste, une nouvelle fois, fait glisser ses sujets d'enquêtes dans de nouvelles zones astucieusement rejouées, renversées par ses mises en scène.

Loffel 3.pngLe décalage qui s’instaure dès lors avec la réalité, de fait la révèle. La qualité des images participent à la dimension réflexive de la démarche artistique et sa méthodologie de la représentation. La vision du monde se trouve regénérée par de telles reprises et réécritures plastiques.

Jean-Paul Gavard-Perret

Fantômes que fantômes, de Lausanne à Bâle : Hélène Giannecchini

Giannech.png

Ce livre  est celui du deuil très particulier de celle qui enseigne la théorie de l'art contemporain. Il jaillit comme un grand Macabre érudit. Lausanne et Bâle entourent une des nombreuses catastrophes réunies dans ses pages. Celui du premier homme disséqué pour la science. Il permet de penser par son squelette le "corps mort" sujet de ce beau "roman".

 

Giannech 2.pngEn diverses strates, la narratrice - encerclée par les macchabées de proches mais pas seulement - regarde la mort en face en une autopsie maniaque et scrupuleuse. Le lien qui unit les vivants et les morts est analysée à travers des oeuvres d'art (celles de morgues d'Andrès Serrano par exemple), de textes adjacents. L'esthétique, la philosophie et la science créent un roman qui se situe à la frontière de l'intime et de l'essai.

Giannech 3.pngUne femme ("La dame en vert") aide la narratrice de manière romanesque dans sa quête troublante et fascinante. Elle évoque non l'esprit des morts mais leur corps. Le livre met en face du désespoir dans une expérience esthétique et personnelle pour tenter de le maîtriser. Une telle expérience est remarquable : cérébrale et sensible, érudite et concrète, elle s'inscrit sous le sceau d'un don particulier et en un appel aux oeuvres mortifères évoquées. Elles sont nombreuses et poussent le lecteur à aller s'y référer pour devenir voyeur de ce qu'il est.

Jean-Paul Gavard-Perret

Hélène Giannecchini, "Voir de ses propres yeux", Librairie du XXIème siècle, Le Seuil, Paris, 2020.