gruyeresuisse

17/07/2019

Claudine Loquen : princesses en cavalcades

Loquen.jpgEntre sculptures et peintures Claudine Loquen ne cesse de nous porter vers un monde des songes. Le rêve est fait pour dénouer les cauchemars du réel par un vigoureux instinct vital et via le stupre inconscient des préludes aux amours enfantines. 

 

Loquen 2.jpgIl suffit d’accepter de suivre les princesses de l'artiste car (à l'inverse de celles des gogol gothas des cours d'Angleterre ou d'ailleurs) elles mènent bien plus loin et dans des lieux qu'ignorent l'art du temps. La plasticienne poursuit ses vagabondages hors des bourrasques mais en fidélité notoire avec une douceur et une alacrité. Elles emportent afin que le charme et la joie de vivre s'infuse.

Loquen 3.jpgLe désir, la peinture devient une même force qui va. Pour autant Claudine Loquen ne réduit pas le regardeur à l'état de voyeur en jouant sur l'ambiguité des impubères et les fantasmes douteux. « Le ça voir » est tout autre : les Princesses viennent rappeler que l’être a tord de souffrir et que la terre est bien plate loin des replis du songe. Ici - les princes charmants remisés - les fausses dormantes suffisent à réanimer les contes parcheminés : ils remontent, ils respirent. Qu'importent si les loups noirs rêvent de les croquer : leur carotène les rend bêtas. Ils ne peuvent rien face à des féminités plus (im)pertinentes qu'eux.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claudine Loquen, "Peintures et Sculptures", Espace Culturel Franklin Roosevelt, Agon Coutainville, du 13 au 24 juillet 2019.

 

Verena Loewensberg peintre de l'intensité

Loewen.jpgVerena Loewensberg, exposition, Galerie Knoell, Bâle, du 5 juin au 13 juillet 2019

Verena Loewensberg fut une figure de proue de l'avant-garde suisse et de l'"art concret" zurichois aux côtés de Max Bill, Richard Paul Lohse et Camille Graeser. Membre de l'association "Allianz" dès 1937, ses premiers tableaux abstraits sont fortement inspirés du constructivisme et du néo-plasticisme. Elle a ensuite exploré de très nombreux thèmes et supports pour s'emparer du champ pictural par l'utilisation de la couleur vive et des formes dans un esprit "systématiste". Il donne aux toiles une puissance poétique impressionnante.

Loewen 2.jpgQuoique résolument abstraite et géométrique l'oeuvre laisse passer des émotions là où une certaine solitude semble toujours étrangement planer. Dans une telle approche la forme ou la couleur flashe dans une intensité particulière. La pénétration du réel comme des idées passe par cette transmutation qui garde aujourd'hui encore une prégnance particulière.

Loewen 3.jpgExiste une jouissance du faire dans la recherche d'un apaisement programmé L'artiste a peint éperdument depuis la lumière limpide des premières toiles jusqu'aux dernières ce qui  touche moins à l'interdit qu'à l'impossible dans un sens pour ainsi dire sacré de l'épaulement ou de la perte où les bribes du réel. Elles s'égarent et se retrouvent diffractées par l'intensité de chaque tableau.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/07/2019

Etti Abergel : révisions des images

Abergel bon.pngEtti Abergel, "Decodage", Galerie Mezzanin, Genève, du 13 septembre au 11 novembre 2019

Toute l'oeuvre de Etti Abergel navigue entre solitude et appartenance, déracinement et ré-enracinement. L'artiste crée des images mythiques mais tout autant "réalistes" (dans une révision de l'art abstractif et conceptuel). Le tout à la jonction de deux mondes - d'un côté, celui de sa propre solitude et, de l'autre, de la communauté d'appartenance nouvelle. Afin d'y parvenir, elle trouve un nouveau langage indépendant nourri de ses expériences, de ses études, de sa mémoire intime et collective et de ses mythes - judaïques en l'occurrence.

Abergel.pngPar ce qu'elle a vécu et appris l'artiste invente un langage visuel subjectif et transgressif. Il s'agit de reprendre diverses approches afin de rectifier le réel tel qu'il est par une vision expérimentale. Celle-ci  ne manque jamais de grâce, de majesté, de force même lorsque le réel tel qu'il est semble pris à la gorge.

 

Aberegel 2.pngA travers des sédiments de différents niveaux (textes, images, objets, etc.) Etti Abergel ouvre une narration personnelle mais à caractère général. Tout est construit afin de créer une monstration plurivoque qui se veut une lutte contre divers traumatismes là où les différentes déconstructions deviennent la voie d'une création où le mythe est renouvelé en érections intempestives.

Jean-Paul Gavard-Perret