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03/05/2018

Trish Haulz : femmes sans influences (Fête du Slip 2018, Lausanne)


Humus.jpgTrish Haulz, ““Feminarum coetium musicorum” (The Sound of women)” La fête du Slip, Lausanne et Galerie Humus Lausanne du 10 au 26 mai 2018.

Plutôt que de caresser les images de communication des stars féminines de la musique pop fruits d’un marketing construit pour l’édification des fantasmes masculins auxquels des chanteuses se prêtent ou se sacrifient, l’artiste suisso-canadienne Trish Haulz offre une autre vision des musiciennes à travers un reportage sur une vingtaine d’instrumentistes de la région de Montréal.

Humus 2.jpgC’est une manière de reconnaître et revendiquer une scène féminine qui échappe aux idées reçues, aux stéréotypes et regards macho. L’artiste saisit la vie et les cadences de femmes libres qui se moquent des présentations portées sur elles par les medias. Exit les mantilles faussement pudiques où à l’inverse les effets sexy qui servent de parures aux visions manipulées et ouvertes par Madonna puis reprises par les Jennifer Lopez et consorts.

Humus 3.jpgIci il n’existe aucun jardin de soie, ni univers de légende La vie est là où les femmes ne sont pas des Lilith ou autres « objets » de désir. Elles font de la musique sans se préoccuper d’abreuver d’ambroisie des voyeurs ou d’exciter leur houle libidinale. Elles demeurent là pour jouer, enregistrer ou se produire en se moquant des apparats. Le tout avec l’intrépidité qui les pousse à quitter les déguisements de l’arsenal kitch. Ces femmes deviennent des fugueuse audacieuses qui s'enlacent aux déferlantes que leur musique crée entre consœurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sara Elise Abramson : prises, reprises, déprises

Abramson.pngIntéressée par les puissances de l’inconscient comme des spectres de la lumière et du noir, du bien jusqu’au mal, Sara Elise Abramson s’introduit dans divers lieux vernaculaires. Par exemple les ventes d’objets d’occasion devant les maisons de particuliers comme c’est souvent le cas aux USA.

Ambramson 2.pngL’artiste crée dans ces situations des atmosphères de rêve au moyen de ses modèles nues afin de promouvoir un univers féminin qui se veut sans âge. D’autant que si les habits risquent de “dater” une prise, la nudité à l’inverse est sans âge. Elle crée ainsi un univers d’intimité en connection entre le regardeur et l’image.

Ambramson 3.pngA travers ses modèles la photographe s’empare du trident de Neptune pour le donner aux Vénus. Celles-ci fomentent de nouveaux cordages au possible. La folie rit derrière son masque, certains plombs sautent et laissent la place à l'insolence des songes. Au flamboiement de tels bûchers les oracles de la masculinité se taisent. Ce ne sont plus les loups qui hurlent dans la sensualité et la foudre d'arpèges sauvages mais les chaperons rouges  délivrés de leurs entraves.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/05/2018

Romaine Fauchère : appartenance et incorporation (Aperti 2018)

Romaine Fauchère Bon.pngRomaine Fauchère, Aperti, 5 et 6 mai 2018 Lausanne

Après des études aux Beaux-Arts de Florence et Milan et depuis 1991 Romaine Fauchère a créé une trentaine de scénographies pour le théâtre, l'opéra et le cinéma en France, Allemagne, Italie et Suisse. Quelques siècles plus tôt cela lui aurait sans doute causé des procès en sorcellerie. Et ce pour deux raisons majeures : des trompes l’œil architecturaux et des correspondances entre lignes horizontales et verticales.

Romaine Fauchère 2.jpgA la jonction de divers genres et plus particulièrement entre Optical Art et Art Concret, l’artiste joue de divers espaces et techniques (scénographie, peinture, sculpture, dessin d’objets) afin que le non-verbal trouve une transcription et une narration capables de suggérer des émotions intenses. Le jeu du concret et de l’illusion crée une beauté particulière : elle n’est pas d’apparence mais d’appartenance, d’incorporation.

Romaine Fauchère 3.jpgL’artiste propose un art aussi conceptuel que physique. Elle accorde une nouvelle identité à l’image : elle ne parle que par son propre langage. Existe aussi une déconstruction formelle pour générer une réflexion sur l’art lui-même. Tout est donc conçu selon des architectures improbables, des géométries que l’artiste traite en noir et blanc afin de créer un nouvel ordonnancement. Le travail permet une sublimation ou plutôt un dépassement des modèles concrets ou abstraits en ce qui est moins une transposition qu’une exploration du monde des formes et des sensations qu’elles induisent.

Jean-Paul Gavard-Perret