gruyeresuisse

10/10/2019

Lady Tarin et les bonnes pâtes

Tarin.jpgLady Tarin crée des narrations de femmes entre elles afin de transformer l'érotisme ou du moins sa vision habituelle. Travaillant préalablement avec ses modèles pour les ouvrir aux jeux qu'elle leur propose, elle instaure des sortes de farces aussi "obscènes" que drôles afin de remettre en jeu le voyeurisme.

 

 

 

 

 

Tarin 2.jpgL'érotisme frise la pornographie mais sans jamais y basculer. Celles qui feignent de copuler avec une certaine violence voire une feinte d'animalité se transforment par les situations et les lieux  mêmes où elles s'ébrouent. Elles deviennent par exemples des boulangères. A travers leurs prises elles proposent un engagement radical mais uniquement jusqu'à la limite que l'artiste refuse à dessein de franchir.

Tarin 3.jpgLes corps dans la farine crée une luxure très particulière et complexe selon diverses formes de tensions et de jeux. Le furtif et le fuyant proposent des formes neuves aux jeux du corps, leurs torsions, leur "sur en chair"  gourmande là où le fournil se prête à un carnaval des sens sans blessures ni meurtrissures. Tout est prêt à lever grâce à de bonnes pâtes enjouées.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lady Tarin, "Guitless", Si fest, 2019, Savignano sul Rubicone, octobre 2019.

08/10/2019

Marges de figurations et d'interprétations - Sophie Bouvier Ausländer

Bouvier Auslander.jpgSophie Bouvier Ausländer, "Words, Works, Worlds", Galerie Heinzer-Reszler, Lausanne, du 18 octobre au 28 novembre 2019

Sophie Bouvier continue à explorer des territoires inconnus ou peu abordés dans un travail radical qui s'impose peu à peu sur la scène internationale. Ses images sont autant d'énigmes. Elles utilisent tout support et surface là où le pillow-book lui même est revisité selon un humour particulier. Si bien que chez elle le dérisoire peut jointoyer une sorte de sublime mais loin d'une vision marmoréenne de l'art.

 

Bouvier Auslander 2.jpgIgnorant la demande de visas plastiques elle ose divers types de motifs et de causes pour parvenir à ses buts. D'où la présence d'interstices et d'intermittences au besoin phrastiques dans ce qui tient d'état des lieux et d'un work in progress. Rien n'a lieu que le lieu d'étal de modulations. Renelle, l'artiste se fait au besoin un sang d'encre mais n'en laisse rien paraître. Tout reste de la suggestion qui pour le regardeur devient objet d'interprétation.

 

Bouvier Aus.jpgLa Lausannoise parvient à autonomiser le langage plastique afin de convoquer le "voyeur". Mais il n'existe pas chez elle de dominant ou de dominé, de sujet ou objet. Emerge une forme de matérialisme et d'éthique capable de déchirer des visions fausses qui oblitèrent la complexité de l'image. La créatrice évacue les formes simplement décoratives. Chez elle les invitations sensorielles sont d'une autre puissance. Elles sortent de l'hypocrisie d'une esthétique admise et matérialisent aussi des régions de "franchises" (à tous les sens du terme).

 

Jean-Paul Gavard-Perret

06/10/2019

Jeux de voiles : Marja-leena Sillanpää

Silanpaa.jpgMarja-leena Sillanpää, "From air to flames, Librairie Humus, Lausanne,17, 18, 19 octobre 2019.

 

L'artiste et écrivaine finnoise Marja-leena vit et travaille à Stockholm. Son exposition à Lausanne est un jeu d'ombres et de lumières à travers le drapé. Un passé est remonté avec des fragments incomplets, des éléments trouvés et repris. Le tout sous des parties musicales qui répondent à la même esthétique du fragment. Existent divers effets de rideaux dont l'artiste tire les ficelles. La vie apparaît abstraite (par la musique) et fantomatique (par les images).

silanpaa 2.pngL’œuvre n’a en aucun cas pour but de faire lever du fantasme. Ce dernier au mieux doit s'envisager et se «dévisager» (si l’on peut dire…) en un processus de réflexion et non de pulsion. L’œuvre porte la lumière et l'ombre, l'intelligence et l'instinct, l'image et le son. Surgit paradoxalement ce qui dépasse le pur corporel, qui dépasse aussi les langages en tant qu'outil de communication. Les agrégats et la stratégie esthétiques renvoient à la métaphore agissante et obsédante de l'existence là où tout échappe au réel pour un autre inachèvement. Mais pas forcément transcendental.

Jean-Paul Gavard-Perret