gruyeresuisse

11/05/2021

Alina Frieske : portraits du subconscient

Frieske 3.jpgAlina Frieske, "Can you see me better now?", Galerie Fabienne Levy, Lausanne, 20 mars au 29 mai 2021. 

Presque "décomposés" et en diffraction les portraits et autoportraits d'Alina Frieske créent un labyrinthe optique fascinant. Un tel "geste" refuse toute régression passéiste. Elle découle du questionnement mis en place par l'artiste d'une manière aussi ironiquement  glamour qu'iconoclaste mais sans provocation inutile. Surgit de cette quête de l'identité  un éros particulier et subtil dans une dissémination des signes qui viennent mettre à mal toute production futile afin de porter quelque chose qui permet de repenser sans cesse ce que montre un portrait.

Frieske 4.jpegC'est pourquoi si pour la créatrice il n'y a pas d'avènement à la peinture sans un certain sens du rite celui-ci au sein-même de l'exhibition du visage et du corps n’est pas affaire de peau mais d'âme. Elle se traduit par des jeux de masques métaphoriques ou réels mais qui adressent comme un appel au visiteur. 

Frieske.jpgIl faut retenir cette approche comme un phénomène avènementiel dans la manière  de créer une beauté pénétrante et sans fards qui ne doit rien au marketing pictural. Le portrait devient  l'ombre lumineuse d'un songe qui nous échappent mais - qui sait ? où les fantasmes repoussent moins comme du chiendent qu'une succession de bouquets. La question demeure ouverte par une poétique visuelle d'une qualité rare.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/05/2021

Les enchantements rigoureux de Francesca Di Bonito

Di Bonito 2.jpgFrancesca Di Bonito puise dans ses études artistiques et dans son expérience du reportage la matière d’une œuvre hybride et protéiforme. Photographe et plasticienne, elle interroge les dynamiques sociétales au centre des enjeux contemporains. Elle utilise surtout la photographie (mais pas seulement) comme narration de ses récits métisses. Dans "Organic Selfies", par exemple, elle se regarde dans le miroir "vérifie sa conformité, enregistre les différences qui définissent une identité : le passage du temps sur la peau marque les signes d'une inexorable avancée."  
 
Di Bonito.jpgElle inscrit par ses prises et leurs rehaussements le quotidien du corps et certaines métamorphoses  de l'intime. Et ce au moment où l'appréhension tactile disparaît par l'anonymisation des corps qui suit son cours et augmente. Pour la créatrice il s'agit de passer outre par sa propre image au-delà du simple paraître ou de l’embellissement. Certes l'artiste d'une certaine manière se cache là où l'épiderme est ironiquement encadré par des motifs et des effets numériques. 
 
Di bonito 3.jpgSurgissent des apparitions jouissives  sur des peaux anonymes où est proposé une variation sur le thème de l'identité. L’anatomie humaine reste présente selon des procédés d’intervention artisanale sur la matière photographique. D'où dans toutes ses séries une narration  par métamorphoses du réel ou de statues et d'objets vernaculaires dans une oeuvre polysémique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Voir le site de l'artiste.

07/05/2021

Gabrielle Althen : office de vie

Althen 2.jpgGabrielle Althen permet d'atteindre les sommets de la poésie. Là où rien de l'ineffable est mixé en des spéculations grossières. L'auteure demeure au ras de l'expérience existentielle : "Suis-je heureuse ? demande l'âme qui se trouve si peu sûre de cette fête, et elle l'était, mais ne le savait pas". Preuve que le pivot de notre être plonge dans des ténèbres qui nous empêchent de voir - au-dessus - la lumière.
 
Althen.jpgC'est elle qui se dérobe sans cesse et que l'auteur poursuit dans ce qui tient de murmures précieux. Refusant "l'ut pictura poesis", Gabrielle Althen accorde à la description du paysage juste les éléments qui font miroir à l'intime ou qui parfois poussent les mots à s'éteindre. Pour un temps. Avant qu'une musique de l'infini revienne comme celle des fous de jadis qui y accordaient leur regard.
 
Reste une seule "leçon" de conduite : "Aller suffit. Office de la vie". Et ce dans une marche où le désir se mérite  jusque dans "les derniers feux du soir". Entre le visible et l'invisible le vide n'a plus cours. Et qu'importe où l'oeil de l'esprit regarde : entre la soie de l'air et la matière de la terre, ce qui est pris pour ennui n'est que le fruit d'une myopie. Gabrielle Althen la corrige.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Gabrielle Althen, "La fête invisible",  Collection Blanche, Gallimard, 13 mai 2021.

08:27 Publié dans Femmes, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)