gruyeresuisse

16/11/2019

Mylène Besson : frontières et frontalités

Besson.jpgMylène Besson prouve que le portrait n’est jamais simple. Le secret n’est pas seulement de savoir comment celui-ci se laisse prendre par l’image, mais comment l’envie d’image s’empare de lui et engendre le geste de création. En conséquence il existe dans les dessins au pastel de l'artiste un mélange de sensualité et d'ascèse. D'où toujours la présence d'un effacement partiel et donc d'une béance là où les regards se croisent par ce que l'oeil "ouvre".

 

Besson 2.jpgLe portrait demande au regardeur et vice versa un "Qui suis-je ?". D'où, par rebond, les questions centrales que pose l'oeuvre de Mylène Besson : « D’où part ce regard ?  » et « Où va-t-il ? ». La plasticienne savoyarde reprend le problème du franchissement de la frontière de l’intime autant par le dévoilement de la nudité que, et ici, celui de "l'oeil".

 

 

Besson 3.jpg

Par le regard que la créatrice porte sur ses "soeurs"  s'opère une plongée sur les racines du plaisir, de la jouissance et de l’angoisse là où, en ce noeud qui s'établit, toute reste en attente de présence de l'autre en un suspens. Et ce dans la distance entre le sujet et ce qu'il voit comme "objet" par effet de chiasme pour exprimer une manière d'être au monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mylène Besson, "Dessins", Maison de la Poésie, Annecy, à partir du 16 novembre 2019.

 

Marie Lise Rossel : le furtif et le fuyant

Rossel bon.jpgMarie Lise Rossel se sent parfoi consumée par le réel. Ses images permettent de faire jaillir ce qui demeure un état de dépendance que rappelle "l'Innommable" de Beckett : :"oui dans ma vie, puisqu'il faut l'appeler ainsi, il y eut trois choses, l'impossibilité de parler, l'impossibilité de me taire, et la solitude physique, avec ça je me suis débrouillé". Cette phrase demeure capitale d'autant que le narrateur précise : "je ne pouvais parler de moi, on ne m'avait pas dit qu'il fallait parler de moi, j'ai inventé des souvenirs".

Rossel.jpgLe doute existentiel est ainsi dépassé par des images qui deviennent des hypothèses vitales où le monde tente de se réanimer. Surgissent des lieux vides où des tables sont néanmoins dressées pour qu'une prolifération humaine viennent - un jour - les animer. Existent aussi des autoportraits où l'humilité remplace les prurits d'un égo qui s'afficherait.

 

Rossel 3.jpgPour chaque prise l'artiste rassemble, regroupe. C'est une manière de rameuter des forces disponibles. Il s'agit d'esquisser des zones d'ombres et de lumières non sans gravité et sens d'un rituel intime où la vitalité est sans cesse à reconquérir. Une mutation rampe dans l'espoir et la liberté sans que rien ne presse ou que rien ne s'impose d'emblée.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15/11/2019

Linda Tuloup : Vénus à la fourrure

Tuloup 3.jpgLinda Tuloup nous entraîne dans sa forêt des songes. Son peuple intérieur prend une nouvelle dimension. Entre paysages agrestes et alcôves. Qu’importe si la fusion dans le réel n’est pas au rendez-vous. Vénus semble naître de l’espace. Les filles du futur font partie d'elle.

Tuloup 4.jpgJadis des ogres ont voulu lui retirer la langue : elle la tire. Et comme l’escargot sortant les cornes elle débouche de sa coquille bien mieux et de manière plus perverse que chez les peintres de la Renaissance.

 

Tuloup 2.jpgL’atmosphère est d’ambre et de clair-obscur. A la naissance de cette Vénus il existait une chaleur accablante selon les experts. Mais Linda Tuloup montre qu'il y existait là une erreur de pronostic quant à la nature de son feu. Un intrus brouilla les cartes qui donnaient l’atout.

Tuloup.jpgLa photographe remet les fantômes du plaisir en place pour saisir son mystère. Elle déduit du passé le futur. Et l'ombre engendre un recueillement, une attente qui montent vers le regard, là où le texte de Yannick Haenel s’enchaîne comme une réplique tellurique au désir des images, aux images du désir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Linda Tuloup, "VÉNUS – où nous mènent les étreintes", texte de Yannick Haenel, Editions Bergger, 2019, 30 E.