gruyeresuisse

04/12/2020

Jérôme Stettler : Hue Topie !

Stetter 3 bon.jpgJérôme Stettler, "Topia. Un voyage dessiné", Graphisme photolitographie de Claire Goodyear, coll. Sonar, art&fiction, Lausanne, 2020, 160 p., CHF 27.

 

Jérôme Stettler s’intéresse principalement à la construction d’espaces imaginaires au moyen de projections, d’objets, de peintures, etc. Se développent de la sorte des bribes d’histoires entre un présent en constante métamorphose et un futur incertain mais où un passé quasiment préhistorique n'est pas oublié : des rochers deviennent des voiliers et qui de leur socle se moquent des rares étendues aquatiques.

Stetter 2.jpgLe dessin prend une  place majeure dans sa pratique, présenté tour à tour au mur ou dans l’espace du livre. En celui-ci, celui-là ressemble à une série de notes visuelles prises lors de divagations selon des temps obliques. S'y traverse une topographie des plus dystopiques et qui ressemblent aussi aux  paysages désertiques  de fins de parties à la Beckett.

 

 

Stetter.jpgEntre ellipse et errance les dessins deviennent "tout ce qui reste" mais aussi une sorte d'advenir d'un monde pas forcément rassurant. Néanmoins la merveille garde sa juste part entre le proche et le lointain là où toutes les peurs contemporaines de catastrophes et de fin des temps sont induites. Mais dans ce déjà au-delà,  jaillissent de nouvelles formes de vie avec  lesquelles va falloir apprendre à pactiser.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/12/2020

Klavdij Sluban, Tereza Kozinc, Gianluigi Maria Masucci : états des lieux, caprice des temps

Go Sluba, bon 1.pngKlavdij Sluban, Tereza Kozinc, Gianluigi Maria Masucci, "Go inside", Galerie Analix Forever , Genève, du 4 au 23 décembre 2020.

 

Go Sluban 2.pngKlavdij Sluban avec "Entre parenthèses Lits Spasmes" , Tereza Kozinc et "The Swamp", Gianluigi Maria Masucci par "Cerca Dentro", créent d'étranges "lux ex tenebris" où la figuration humaine émerge de manière imprévue selon divers types d'enveloppes, décalages ou percées. Tout ici commence, suit son cours ou se dissipe.

Go Kozing 2.pngDes failles s'ouvrent loin des représentations classiques. Chaque artiste propose sa"science" nouvelle du regard là où des gouffres s'élargissent ou s'obèrent sur la vie (Sluban) et la mort (Masucci). Existe une réflexion par l'image face à "l'étant" là où les trois artistes se hasardent dans une sorte de nuit. Ils deviennent plus hardis que les philosophes et les poètes.

Go Masucci 3.pngExistent des tremblements du corps selon divers champs entre plaisir et désarroi. Le tout à l'épreuve du doute. Il y a là des forêts, des alcoves ou chambres. La réalité se décompose et se resynthétise instituant un sens - c'est à dire de l'être - de manière plus ou moins obscure. De la naissance à l'article de la mort, entre corps, vivant sa force ou affaibli, se créent des mouvements contre les ténèbres.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/11/2020

Gregor Sailer : rideaux !

Sailer.pngGregor Sailer, "The Potemkine Village", co-édition avec Espacio/Jhannia Castro & les Éditions Centre de la Photographie Genève, 2020.


Depuis surtout le début de nouveau millénaire la mode des méga-publicités fait florès dans les grandes villes du monde. Des bouteilles de Coca-Cola dépassant les 10 mètres de hauteur ont travesti le palais des Doges à Venise ou le palais de justice de Paris en réfection. Si bien que de tels lieux disparaissent : le rôle de l’espace public est de servir de support à la propagande consumériste.  Pour éviter cette vulgarité, certains chantiers de rénovation préfèrent cacher les bâtiments avec des bâches qui représentent photographiquement leurs façades obturées, comme par exemple, avec le ministère de la Marine, place de la Concorde à Paris, ou avec le Stadtschloss à Berlin. Cet art de la façade se base sur un angle de vue forcément frontal et propose néanmoins un nouvel effet de principe du trompe l’œil.

gregor.pngCette approche a pris le nom de "Potemkin Village". Il est issue d' une imposture : celle des villages suggérés par de fausses façades cachant la misère aux yeux de la tzarine,Catherine II, lors de son voyage à travers les nouvelles contrées occupées en Crimée en 1787. Cette rhétorique ne date donc pas d'hier. Ce mensonge a longuement circulé pour disréditer Grigori Aleksandrovitch Potemkine, commandant en chef de l'armée russse. Mais ce qui fut une "belle" (sic) falsification de l’histoire de la fin du 18ème siècle devient désormais le prétexte à des "vérités" d'aujourd'ui.

gregor 2.pngGregor Sailer les a trouvées non seulement dans les parades entoilées de la publicité ou les copies à l'identique des documents voilés mais aussi dans la Russie d’aujourd’hui en des villes dont des avenues entières ne sont faites que de grandes bâches. Elles font croire à l’existence d’énormes complexes de bureaux, comme au pied de l’Ural, à Ufa, installées à l’occasion du sommet des BRICS et de la Shanghai Cooperation Organisation en 2015. Elles imitent des datchas, comme c’était aussi le cas à Suzdal en 2013, à l’occasion d’une visite du Président Vladimir Poutine. Preuve que Vérité en deça est toujours erreur au delà.

Jean-Paul Gavard-Perret