gruyeresuisse

09/06/2020

Elena Chioccarelli Denis : l'appel

Chiocarelli.jpgElena Chioccarelli Denis, "Vita", La Menuiserie, Lutry, du 18 25 juin 2020.

"Histoires de vie, de voyages, de guerre, de souffrance, de foi" : tels sont les thèmes de la belle exposition d'Elena Chioccarelli Denis à Lutry. A travers ses oeuvres la peinture devient inspirée car inspirante par ce voyage initiatique inspirée par le voyage en 1942 d'une Italienne en Ethiopie. A travers des choix techniques premiers l'artiste fait appel à des références qui relèvent autant de l’histoire de l’art que de cultures primitives.

Chioccarelli 3.jpgL'art s'apparente ainsi à une sorte de "science occulte" infuse et reprise qu'à l’art tribal. Très graphiques, les oeuvres produisent un impact hypnotique. Elles flirtent avec des notions aujourd’hui revisitées, l’ésotérisme, la magie ou le sacré. Là où inexorablement il disparaît et le monde avec lui. D'où ce retour amont entre deux cultures et deux mondes.

 

Chioccarelli 2.jpgAux nouvelles croyances et aux puissances numériques l'artiste préfère ce qui démultiplie les possibles et les mystères. Elena Chioccarelli Denis se plonge, recherche, expérimente, dans ce flux où s’imbriquent connaissance, fascination et impact sur son récit personnel. Les êtres qui apparaissent se mêlent à des sortes de "vieilles images" comme à  un arbre de vie. Existe là une sorte de conversion où l'artiste prouve l'existence - contre vent et marée - d'une sur-vivance et un appel à l'humanisme trop longtemps décrié.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les écarts de John Armleder

Armleder BON.jpgJohn Armleder, "The Grand Tour", Editions JRP, Genève, 250 p., 50 E., 2020.

Publiée à l'occasion de deux grandes expositions organisées en Italie, au Madre Museum de Naples et au Museion Bolzano, cette publication offre un panorama de l'œuvre multiple de l'artiste suisse John M. Armleder. En documentant largement les deux expositions l'ouvrage nous replonge dans l'univers de ce créateur unique.

Armleder.jpgFondateur en 1969 à Genève, avec d'autres artistes proches de "Fluxus" du groupe "Ecart" et de la galerie du même nom, John M. Armleder a développé une œuvre incroyablement subtile et complexe. Elle passe par les performances et installations dans les années 1970 jusqu'aux collages et compositions abstraites qui sont souvent des emprunts explicites à l'histoire de l'art et réutilisations de mobilier (Furniture Sculpture). Dès les années 80 il devient un des maîtres  du courant international "néo-géo" et d'expérimentations abstraites parfois monumentales.

Armlerder 2.jpgLe livre atteste des croisements de trajectoires entre médiums (performance, film, installation), de la liberté (tant esthétique que conceptuelle) et de l'hybridité des approches d'Armleder. Cette publication tient d'un ouvrage de rétrospective monumentale et d'un livre d'artiste. Il prouve qu'à une époque où la tentative de catégorisation reste un moyen de comprendre et de se situer dans l'art, John M. Armleder demeure celui qui se refuse à toute restriction ou à une méthode fixe.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/06/2020

Les transversalités de Henri Raynal

Raynal.jpgChez Henri Raynal apparait une dimension particulièrement "sanitaire" de l'amour. De la physique il passe à une méta-physique. Ici les êtres ne sont pas au fond d’un puits mais entre éther et nuages, leurs cercles se multiplient comme si l'amour le plus charnel pouvait devenir cosmique.

 

Les hommes pénètrent en une sorte d'Abbaye de Thélème d'un genre nouveau où les silènes deviennent prétresses et gouvernantes. Rendent-elles l’homme timide ? Pas sûr car il existe du feu en lui. Et au nom des rêves dont chacun est fabriqué, il veut s'intégrer en une rencontre presque (le presque est important) impossible. Mais les seuils ne sont pas infranchissables.

Raynal 2.pngHenri Raynal joue de l'obsession et de la transgression. Elle retire la cape de ténèbres dans ce qui tient du conte philosophique qui évoque des bourrasques d’où naissent des éclairs ; d’étranges portes s’entrouvrent mais l'éros demeure suggéré. Restent ses stigmates. Et c'est aussi habile qu'ironique.

Raynal 3.pngComme auparavant et chez le même éditeur "Aux pieds d'Omphale" et "Dans le secret", ce livre est celui d'une initiation. Certes il feint une forme d'ascétisme. Mais il ne faut pas se laisser prendre : dans le froissement des robes d'abbesses le narrateur un rien masochiste glisse vers elles pour qu'elles le libèrent de ses entraves psychiques là où rien n'est essentialisé : les sens gardent la part belle dans la duplicité de certains labyrinthes optiques où une co-naissance a lieu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Henri Raynal, "L’accord", Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 160 p., 20 E..