gruyeresuisse

26/09/2018

Les incertitudes actives de Thierry Valencin

Valencin.jpgComme Roy De Cavara, Thierry Valecin sait que de tous les arts, la photographie demeure celui qui ne peut se passer du réel. Mais en même temps l'artiste ne saisit par elle que des ellipses de réalité. Du monde Thierry Valencin ne retient que certaines effluves - et c'est reposant. En atelier ou in situ, il semble s'amuser tout en cherchant des prises aussi intime que néanmoins distanciées comme le prouve ses deux livres "Au bord de l’autre" et "Vu de l’instant″.

Valencin 3.jpg

 

 

Les titres "disent" bien ce que l'oeuvre cherche.La photographie contine à voir ce qui reste sinon absent du moins caché.Existe la crainte du noir pur, du blanc pur, du vide, du silence chez celui qui à la fois est fasciné par les images et réinvente la vue afin de rameuter de l'inconnu ou du fugace non sans ironie.

 

 

 

Valencin 2.jpg

 

 

Ce qui est de l'ordre de "l'écharpe", du fugace semble la seule "chose authentique" chère à Henry James. D’où ce paradoxe : à travers le processus de captation photographique, l'être échappe à la prise mais il garde un rapport plus étroit avec elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/09/2018

Giacometti et Chadwick : l'ancien et le nouveau

giacometti.jpgGiacometti et Chadwick se rencontrèrent pour la première fois en 1956 à l’occasion de la remise à ce dernier du Grand Prix de la Sculpture de la Biennale à Venise. Le second quoique tout jeune artiste reçut cette distinction au détriment du premier qui était pourtant le favori - il ne recevra le prix qu'en 1962;

Chadwick avait été très influencé par le Giacometti d’avant-guerre et les deux étaient conscients de leur importance sur la scène artistique. Il existe beaucoup de ressemblances dans leurs œuvres. Elles incarnent la désillusion et l’angoisse de l'époque d'après guerre hantée par les risques de chaos de la guerre nucléaire.

Les deux sont éloignés du romantisme et affronte la réalité qu'ils soulignent : le Suisse en réduisant l’homme à son apparition la plus lapidaire et dépouillée, l'Anglais en créant ses représentations primitives et puissantes de l’Homme et de l’Animal.

Jean-Paul Gavard-Perret.

"Giacometti-Chadwick, Facing Fear",Museum de Fundatie, Zwolle (Pays-Bas) du 22 septembre 2018 au 6 janvier 2019

23/09/2018

Michel Lagarde : stupeur et rire

Lagarde 2.jpgMichel Lagarde en des photographies noir et blanc aux décors suranés et étranges crée un monde atypique où nous croisons ses doubles. Ce sont des ogres prêts à tout : ils font boire des potions magiques ou des bonbons de plomb à celles ou ceux qui croisent leur chemin.Il y a là d'étranges monstres dérisoires, merveilleux dignes de "Freaks", des atmosphères des films noirs et réalistes des anées 50.

 

 

Lagarde 3.jpgLes héros y sont aussi flegmatiques que clownesques. Sous le dédale croissant de la lune les visages restent rarement muets et impassibles et ce dans différents traitements de la lumière. Elle sort du corps ou l'éclaire de manière brutale sans que la volonté de Dieu n'y soit pour grand chose. Sauf bien sûr à considérer l'artiste comme tel. Ce qui reste possible.

Lagarde 1.jpgLes dramagraphes recomposés par l'artiste permettent de replonger au fond même de l’expérience primitive de l’émotion, de l'amour, de la beauté, sa force et sa douleur. L'ensemble selon un néoréalisme farcesque qui peut parfois confiner au tragique. La stupeur est de mise mais le rire encore plus. Le lien est là avec la vie propre de l'artiste et la nôtre là où Hitshcock rejoint les Fratellini.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Lagarde, "Dramagraphies - autoportraits photographiques", Carré Amelot, La Rochelle, 18 setembre au 8 décembres 2018.