gruyeresuisse

12/06/2018

Inge Dick : l’expérience de la couleur et du temps

Inge.jpgInge Dick crée des monochromes ou des polychromes photographiques qui transforment totalement le sens même d’un tel art. Celle qui étudia le graphisme design à Vienne réalisa d’abord des peintures. Elles prouvaient déjà son intérêt pour l’Art Concret, la lumière ; l’espace et le temps. De tels thèmes restent rémanents dans ses travaux. Mais ses mono et poly chromes ne sont pas de simples reproductions de ses peintures. L’artiste y condense en jeux de ligne ou de pans des effets où la lumière naturelle modifie les surfaces le long d’une journée shootée en intervalles réguliers et créent des nuanciers d’un ordre particulier.

Inge 2.jpgL’artiste trouve ses surfaces d’expérience dans son atelier ou dans les ateliers Polaroïd de Boston. Elle a créé par exemple avec sa série « Black » des tranches de variables en prouvant que le noir n’existe pas tant il est modifié par la température et le type d’ombres ou de lumière qui se portent sur lui. Et le Poloraoid permet de visualiser la lumière et l’espace beaucoup mieux que d’autres matériaux ou techniques. Ces expériences créent un univers aussi plastique que mental et poétique. L’univers s’y décline en de subtiles compositions.

Inge 4.jpgLe reflet du reflet crée une esthétique originale propre sans doute à bien des possibilités d’ouverture. Les œuvres doivent donc se lire et s’apprécier à divers degrés pour parvenir à entrer dans l’émotion délivrée par l’artiste. Troublantes et très souvent à la limite du paradoxe, les photographies génèrent beaucoup de jubilation chromatique mais, en passant à un degré supplémentaire de contemplation, voici qu’apparaissent tout l’intérêt et la complexité de telles créations. Les formes contredisent les glacis des couleurs et jouent de vrais rôles de composition aux irisations sans cesse changeantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Inge Dick, « Licht weiss », Fotohof, Salzbourg, du 22 juin au 4 août 2018.

10/06/2018

Jacques Henri Lartigue à l’Elysée : un prince en son royaume

Lartigue.jpgJacques Henri Lartigue, « La vie en couleurs », Musée de l’Elysée, Lausanne, du 30 mai au 23 septembre 2018.

Ce n’est seulement dans les années 60 que le travail de Jacques Henri Lartigue fut enfin reconnu. Aux États-Unis d’abord (aussi bien au MoMa que dans un numéro historique du magazine Life consacré au décès de Kennedy). Pour cette raison l’influence de Lartigue (disparu en 1966) a été reconnue bien trop tardivement. Pourtant ce que tant de « professionnels » de cet art cherchaient Lartigue le trouva, enfant et dès le début du siècle de manière intuitive. Armé du beau cadeau paternel il en fait un bon usage qui ne se démentira jamais.

Lartigue 2.jpgFidèle à ce qu’il affirma - « Je pense que j'ai tenu la promesse que je me suis faite le jour où papa m’a donné mon premier appareil. J'ai tenté de tout photographier, de tout raconter. », il a su fixer les moments de son quotidien, leur fragilité. Pour chaque époque un Leica Rolleiflex ou un autre appareil mais toujours avec le même enthousiasme juvénile et rafraîchissant. Il fut un pionnier de la photographie couleur à l’époque où elle n’était pas de mise. Il la traita de manière quasiment picturale avant de se laisser aller à la liberté et l’humour. Aux autochromes de ses débuts, succèdent les Kodachromes Ektachromes qui le firent reconnaître par ses pairs. Tout pour lui devient objet d’extase quotidienne : les vacances à la neige, une aube à la campagne, un bouquet de fleurs, sa femme Florette (son sujet fétiche).

Lartigue 3.jpgL’exposition de l’Elysée permet de découvrir une partie inédite de l’œuvre. Celle de la couleur. Le Musée reprend en la revisitant superbement l’exposition conçue par Martine d’Astier et Martine Ravache en France en 2015. La version lausannoise de ce projet intègre un grand nombre d’œuvres inédites et met en relief le lien que l’artiste créa toujours entre ses notes, ses dessins et ses photographies. La nature comme la vie des riches ou des classes plus populaires sont présentes dans ce qui tient pour le spectateur d’un ravissement et peut-être d’une surprise. Preuve que l’oublié de jadis est devenu un retrouvé magnifique.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/06/2018

Stephan Lupino : New York Delire et après

Lupino.pngStephan Lupino - personnage culte de la scène photographique new yorkaise des années 80 - est de retour. Celui qui était nommé le “down town Helmut Newton” avait installé un de ses studios dans les toilettes des femmes du club mythique de l’Area. Elles devinrent « the place to be » pour être shooté là où tout était permis.

Lupino 2.pngEn 1991 le colosse rejoint son pays (Le Croatie) pour se battre contre la Serbie. La paix revenue, il revient à la photographie mais l’abandonne pour la sculpture qui - quoique partiellement abstraite - reste marquée par l’érotisme.

Lupino 3.jpgL’artiste continue à explorer de manière particulière le corps afin de traduire  les obsessions du monde occidental et sa fascination pour le sexe. Il ne cesse d’opposer les vues idylliques et des horizons contaminés par le plaisir. Il a donc créé des profils étranges avant de s’éloigner d’un réel éphémère pour exprimer des « vérités » plus profondes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Galerija Fotografija, Ljubljana, juin 2018.