gruyeresuisse

23/01/2021

Inflexions des semblables : Alec Soth

Soth 2.jpgReconnu pour ses portraits de solitaires quelque peu déjantés dans "Sleeping by the Mississippi" et "Broken Manual", Alec Soth s'est intéressé aussi à diverses communautés des USA. Il s'est transformé en reporter photographe de ces groupes. Fragmentaire, drôle et triste, son livre est une représentation lyrique d'un  périple par les annales qu'il en tire au sein d'une immanence ex abrupto.
 
Soth.jpgDe 2012 à 2014, Soth  a en effet traversé les états du pays tout en auto-publiant son propre journal "The LBM Dispatch" mais aussi en travaillant pour  le New York Times et autres organes de presse. De New-York à la Californie il a assisté à des centaines de bals, festivals, rassemblements communautaires et fêtes populaires champêtres ou suburbaines à la recherche de divers types d'interactions sociales mais aussi de fêlures dans des moments de suspension du temps.
 
Soth 3.jpgAvec Songbook, Soth a dépouillé ces images de leur contexte d'actualité évènementielle afin de mettre en évidence le désir de connexion des participants avec leurs racines. Surgit de la sorte un "sur la route". S'y dessine une double postulation où se traduit une tension entre l’individualisme américain et le désir d’être unis. Il y a là ordre et chaos au sein de dissidences aussi proches que lointaines.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Alec Soth, "Songbook", Mack, Londres, 2021.

10:29 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

14/01/2021

Nouveaux enjeux de l'image : Blanca Blarer et Andri Stadler,

Stadler.jpgBlanca Barer, «Quiet Noise», Andri Stadler, «2+2=5», Galerie Mark Müller, Zurich, 15-16 janvuer2021.

 
Les deux artistes suisses Blanca Blarer et Andri Stadler provoquent, dans une approche conceptuelle et abstraite de leurs travaux,  un glissement du réel dans le symbolique.  Les images se transforment subrepticement selon une radicalité contre toute instrumentalisation de l'image.
 
Barer2.jpgCes modalités ouvrent à une nouvelle perception. L'image se diffracte en parcelles et une sorte de dénudation et une neutralité expressionniste pour  tenter de trouver l’essence du langage. Le tout en supprimant des constructions sociales des images et leurs codes. L'image échappe au stéréotype et n'agit plus comme un outil de régulation.
 
01_der_doppelte_blick-1023x804.jpgSe produit une forme de souplesse qui fait bouger le connu et de stable moins pour émouvoir qu'inquiéter, pour accueillir la nouveauté et l’adapter. Si bien que les modèles d'identification sont modifiés par la sphère d'action des deux artistes. Ils intègrent de nouveaux enjeux tant par le "dessin" que ses matières. De telles oeuvres deviennent des carrefours de signification singulières et contiguës où tout se construit et déconstruit.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

13/01/2021

Glen Baxter et le non-sensique

Baxter.jpgNé à Leeds en 1944, Glen Baxter partage son enfance entre les salles de cinéma et les bibliothèques. D'où son goût pour les  westerns comme pour le burlesque transgressif et échevelé des Marx Brothers. D'où aussi son attrait pour les mots qu'il découvre en se plongeant dans les livres d’aventures. Entre autres ceux de W.E. Johns et de son héros pilote James Bigglesworth. Tout est écrit avec mots étonnamment longs et complexes qui plaisent au gamin.
 
Baxter2.jpgAprès une formation à l’école d’art de Leeds – où il comprend qu’il est davantage attiré par la poésie que par la peinture abstraite – Glen Baxter découvre à Leytonstone le surréalisme et entre en écriture. Puis il part pour New York, sur l’invitation du poète Larry Fagin qui lui propose de lire ses textes. Ce fut un bouleversement pour lui : "C’était comme mettre les doigts dans la prise. Tout le monde paraissait être un poète, ou du moins aspirait à le devenir."
 
Baxter3.jpgDe retour à Londres Glen Baxter met en place la formule qui le rendra célèbre : un dessin à la "ligne claire" réalisée à l’encre et dont les surfaces sont colorées au crayon. Son style rappelle les premières B.D. du genre Sapeur Camembert et plus près de nous l'école belge. Et c'est ainsi que ses poèmes premiers se condensent en légendes sous l’image et laissent le lecteur/regardeur en état d'expectative. L'humour prend ainsi une valeur spécifique : il n’est ni narquois, sarcastique ou sombre :  il "fait rire par induction" là où tout devient non-sensique. Preuve que la vie comme l'art n'a pas forcément besoin d'être fléchée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
Absolutely Baxter, Galerie Isabelle Gounod, Paris, du 2 janvier au 6 février 2021.