gruyeresuisse

07/03/2020

Dana Hoey, Guillaume De Sardes, Mimiko Türkkan : poches de résistance

Polla.jpgDana Hoey, Guillaume De Sardes, Mimiko Türkkan, "Grace and Power - La Puissance et la Grâce", Galerie Analix Forever, Rue du Gothard 10, Chêne-Bourg, du 13 mars au 8 mai 2020.

Barbara Polla expose trois photographes : Dana Hoey (USA), Guillaume de Sardes (France) et Mimiko Türkkan (Turquie) pour lesquel la puissance et la grâce des femmes passent par des chemins aussi naturels que possiblement alternatifs. Résumons d'emblée : le mythe du féminin est présenté de manière inédite.

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Les "Elles" aux "je ne sais quoi" font preuvent de zèles de désir où se croisent l'éternel humain trop humain à l'"Unaccany energy" chère à Barbara Polla. Le déploiement du nu passe par des espaces imprévus du féminin et selon des formules actives voire activistes.

 

 

Polla 2.jpgDe telles oeuvres ne sont pas une leçon de choses mais plutôt un essai de choses intimes qui jouisent de la dé-mesure de l’approche des trois artistes. L’étreinte avec le corps devient de l’ordre d’une caresse, mais d'une caresse à distance. L’âme survient à l’instant où la chair possède la sensation de son existence ou plutôt de l’abime d'un corps aux prises à des formes de jubilation particulière propre plus à la nécessité qu'au hasard.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/03/2020

Non juste un dessin mais un dessin juste : Konrad Klapheck

Klapheck.jpgKonrad Klapheck, "Dessins (1974-2014)", Lelong & Co., du 12 mars au 30 avril 2020

 

 

 

 

 

Klapheck 3.jpgLes titres des dessins de Konrad Klapheck jouent toujours un rôle important en navigant entre l'aporie, la profondeur un un certain humour : Sèche cheveux et sac d'"Avant le départ", la clé enpapaoutée de "L'Apôtre entravé" prouvent comment une idée est traitée par un dessinateur - qui a regénéré un art premier s'il en est - selon des contraintes géométrico formelles rigoureuses qui amènent à une stylisation, une simplification, voire une déformation délibérée des objets, espaces et personnages.

Klapheck 2.jpgSous effet d'apparence de réalité jaillit une forme de réalisme magique même lorsque tout possède le plus mauvais des genres - à savoir le genre humain. Mais chaque image est traitée de manière distanciée et symbolique qui évite toute lourdeur.

L'objet ou le sujet résiste toujours à la représentation basique au profit d'une image capable de désapprendre à voir pour réamorcer un visible qui nous dépasse et n'est pas forcément donné. Pour un tel créateur le dessin s'il est "une chose délectable"  »fait le vide d’un certain "théâtre" du réel afin de lui accorder une autre profondeur. Il s'agit d'éclairer l’esprit dans une fixité particulière où demeure toujours l’impression qu’un mouvement opère.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/03/2020

Bertien van Manen : "noblesse" oblige

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Bertien van Manen par ses photographies fait planer l’aigre et le doux. Enraciné dans le reportage photo social classique dans un noir et blanc simple - qui jusque dans les années 1980 était un genre important - avec les photos de ses proches, elle a développé une forme personnelle et poétique de photographie noir et blanc ou couleur qui révèle ses relations les plus profondes.

 

Van Manen.jpgL’exposition propose aussi les différentes séries produites par Van Manen depuis les années 1970, à partir de son travail autobiographique au sens large. Elles passent de sa première série à Budapest dans les années 1970, la série en noir et blanc des religieuses dans les années 1980, et les histoires de Russes et de Chinois aux prises avec les changements de société. Mais aussi et surtout sa série documentant les photos de famille d’autres personnes et les photos sensibles (paysage) prises après la perte de son mari en 2010.

Van Manen 2.jpgCette exposition la première grande rétrospective sur l'œuvre de la photographe dans le monde. En étroite liaison avec la créatrice, cette présentation et pour chacune de ses séries présente le travail d’un autre photographe dont Nan Goldin, Boris Mikhailov et Rineke Dijkstra. Cela fournit un contrepoint au travail de Van Manen,  en propose un contexte, un contraste ou un contrepoint. L’artiste néerlandaise cultive au besoin les discontinuités, des éboulis. L’œil en est réduit au doute, au paradoxe à l'improbabilité d'un centre ou d'un tréfonds qui interdit la romance. Restent des reliquats où les idées grouillent comme dans les coulisses du monde en une vérité de noblesse particulière face au fade et au frelaté.

Jean-Paul Gavard-Perret

Bertien van Manen,"Beyond the Image: Bertien van Manen & Friends", Stedelijk Museum Amsterdam, du 29 février du 9 aout 2020.