gruyeresuisse

19/09/2018

Jen Devis : elle et lui

Stephen.jpgAyant constaté – après la publication de son livre « Eleven Years » que « presque tout ce que je voulais dire à propos de mon corps avait été dit. Il était difficile de continuer à faire les types d’images que je faisais depuis plus de dix ans ». Jusque là Jen Davis scénarisait sa vulnérabilité. Pour en sortir elle a d’abord porté son appareil sur vers une communauté de femmes culturistes. A travers elles l’artiste découvre une transformation physique qui lui permet de trouver une confiance en elle.

Sephen 2.jpgDe plus (et surtout) en photographiant les culturistes,elle a rencontré celui qui est devenu dit-elle « sa première relation adulte ». Elle s’est mise à capter les moments partagés avec Stephen en tant que sujet de désir et - entre autres ou surtout - du sien. L’homme n’est plus un modèle ou un acteur mais « du » réel non fabriqué pour « faire » une photo.

Stephen 3.jpg«Stephen et moi» est donc une célébration de l’amour et dit la plasticienne « le rappel de ce qui manquait tellement dans ma vie: la proximité d’un lien émotionnel et physique ». Néanmoins la série échappe au narcissisme et l’autocélébration. Existe une incantation et une méditation sur ce qu’il en est de l’amour. Il n’est pas forcément magnifié : apparaît en filigrane des peurs et une insécurité. Certaines images les trahissent.
Jean-Paul Gavard-Perret

Jen Davis, "Lits et Fenêtres",  Lee Marks Fine Art, Shelbyville, Indiana, du 10 septembre au 4 novembre 2018.

 

18/09/2018

Arlene Gottfried : les uns et les autres

Godfried.jpg« Sometimes Overwhelming » d’Helene Gottfried réunit les photographies des années 70 et 80 lorsque la jeune créatrice parcourait Brooklyn pour capter de la manière la plus naturelle et simple la vie de l’époque. Celle qui travaillait en bureau la journée, apprit la photo en cours du soir afin de passer ensuite ses temps de repos dans la foule des rues à la recherche de surprises ironiques et prégnantes.

Godfried 2.jpgEn dehors de sa ville elle fut une des photographes majeures à Woodstock en 1969. Elle multiplie ensuite des prises sur les plages et dans les clubs. Elle devient photo-reporter professionnelle et narre New York en des images réunies dans plusieurs albums dont cet « Sometimes Overwhelming » devenu un classique de la vie de la cité. Elle saisit l’extravagance de quartiers. Peu à peu la créatrice allait sophistiquer à tord ses prises de divers types de marginalité. Mais ici tout garde une fraîcheur surprenante à une époque où la ville n’était pas « débarrassée » de ceux et celles qui furent bientôt chassés par le maire Giuliani pour « épurer » la Grosse Pomme.

Godfried 3.jpgLa photographe aime montrer les contrastes et oppositions (homme quasi nu et rabbin, femme vieille et éphèbe, blanc et noir, etc.). La diversité joue dans des œuvres dénuées de tout jugement de valeurs. L’ensemble est excentrique et ludique, insouciant et sérieux. Les portraits d’êtres humains fragiles ou sûrs d’eux trouvent une réalité qu’elle ne l’était dans ce témoignage brut et composé mais toujours de première main.

Jean-Paul Gavard-Perret

Arlene Gottfried, « Sometimes Overwhelming », PowerHouse Books, New York, 2018

17/09/2018

La Chine de Christopher Anderson

Anderson 3.pngNé au Canada en 1970, Christopher Anderson a passé sa jeunesse à Abilene (Texas), avant de parcourir le monde et de vivre à Barcelone. Reconnu pour ses photos du sauvetage de réfugiés de bateaux haïtiens il rejoint le collectif Magnum. Pour explorer la Chine il n’a retenu que des portraits pour se concentrer sur l’expression du visage en « oubliant » tout arrière plan contextuel. La Chine prend corps avec eux.

 

 

Anderson 2.pngIl a saisi ses « modèles » pendant deux ans dans les rues de Shanghai la plus grande ville chinoise avec ses 24 millions d’habitants et de Shenzhen la Silicon Valley de nouvel empire. Les lumières gris-bleu et naturelles des deux cités donnent un caractère particulier à une Chine qui soudain se rapproche de nous par le choix du gros plans où ‘l’Autre » fait le jeu d’un « même » et rappellent combien les parties du monde se ressemblent.

 

Anderson.pngChaque portrait semble proche et lointain,  mystérieux et sensuel. Tel un Walker Evans mais en magicien de la couleur il semble se demander ce que cache les portraits de celles et ceux qui ne savent pas être photographiés et que seuls les nouveaux objectifs et le numérique ont permis de réaliser. Tout est à la fois précis, subtil, énigmatique. Anderson ne cherche pas de réponse mais juste à saisir un instant aussi fascinant et réel que poétique.

Christopher Anderson, «Approximate Joy», Stanley / Barker publishing, New York et exposition à la Danziger Gallery, New-York, 13 septembre - 20 octobre 2018.