gruyeresuisse

03/09/2018

William Goldman chez Madame Edwarda de Reading

Goldman bon.pngC’est en visitant une foire d’art que Robert Flynn Johnson est attiré par des photographies vintage de femmes du XIXe siècle. Commençant une enquête, il en déniche d’autres et découvre que ces portraits étaient ceux de femmes d’un bordel de Reading (Pennsylvanie). Elles sont saisies dans ce lieu en posant au moment de leurs occupations «hors service » lorsqu’elles attendent, fument, lisent, s’occupent de leur toilette.

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Ces photographies ont été prises par William Goldman qui sans le savoir instruit tout un aperçu historique et sociologique. Celui-ci fait entrer son travail (inédit jusque là) de plein pied dans l’histoire de la photographie. Ces clichés ont été pris plus de vingt ans avant les célèbres photographies d’E.J. Bellocq sur les prostituées de la Nouvelle-Orléans. Elles deviennent donc le plus ancien exemple connu sur thème aux Etats-Unis

 

Goldman 3.jpgLe photographe s’amuse avec ses modèles et celles-ci se prêtent à son jeu. Existe encore l’influence de la peinture sur l’esthétique photographique (Degas n’est pas loin). Tous ces corps ne sont jamais porteur de haine : ils subissent sans doute des excès d’amour ou du moins ce qui en tient lieu, voire une certaine oppression. Mais néanmoins elle n’est pas perceptible sans la recontextualisation des poses. Le photographe feint de jouer à la divinité phallique même s’il n’en est pas forcément le bénéficiaire. Il retient bien des flux, bride la frénésie en son regard attendri et souvent poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Robert Flynn Johnson, « Working Girls », Glitterati éditions et exposition des photographies à la galerie Ricco / Maresca en novembre 2018.

02/09/2018

Le psychédélisme dissonant et ironique de Jiro Ishikawa

humus bon.pngExposition Jiro Ishikawa, Galerie Humus, Lausanne, du 11 au 29 septembre.

Jiro Ishikawa vit et travaille à Osaka. Dessinateur autodidacte il a commencé à publier au Japon en 1987 dans le magazine Garo. Au début des années 90, et au moment où il est sur la voie du succès sa santé physique et mentale s’altère. Il est contraint d’arrêter son travail, devient une sorte de zombie qui perd pieds dans ses rapports humains.

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Toutefois il rebondit, confectionne ses propres publications qu’il met en vente dans une seule librairie de Tokyo. Il commence à être reconnu dans le monde et en particulier en Europe séduit par son psychédélisme sidérant et délirant. En un style minutieux, virtuose, lyrique il revisite avec humour les cultures populaires orientales et occidentales. Le corps miroir devient un émetteur narratif parcouru d’émissions érotiques surprenantes.

 

Humus 3.pngEntre sexe et rétine : désir et regard, l’artiste s’amuse à insérer du leurre dans le leurre. L’œuvre permet le doute, le désir, dessine le manque. La quête du détail fait parfois un détour par des chemins aussi balisés que sauvages. Le dessin fait trace et en appelle à un chemin narratif antérieur, qui lui-même est le palimpseste d’un autre. Jusqu’au moment où il semble que soit atteint un niveau narratif lui-même aperçu comme une indication de l’antérieur et qui devient étape ultime et futuriste de l’érotisme.

Jean-Paul Gavard-Perret.

31/08/2018

Les jeux de l’amour et du hasard de Maurice Renoma

Renoma bon.pngEternel flâneur des rives du monde - des remblas de la Havane à ceux de Barcelone, - Maurice Renoma est poursuivi par l’idée de la femme (ce qui ne fait pour autant de lui un amoureux platonique). Au crépuscule il descend de son appartement ou de son hôtel, erre dans les quartiers interlopes à la recherche du rythme des courbes et des creux de silhouettes féminines même si souvent elles se cachent sous un manteau noir. L’artiste subodore à juste titre que dessous il existe une robe étroite et courte. Et au-delà une nudité - promise ou non.

Renoma 2.pngAu besoin le photographe l’invente mais en sachant la cacher comme si l’aveuglement risquait d’être trop fort. Mais quand les poses de la femme ne suffisent pas c’est lui qui détourne de manière brute au numérique les données immédiates de celles qui montent des escaliers, ne sont insensibles ni aux bars de nuit, ni aux églises. Elles aiment les lieux où l’on se glisse et se cache. Elles aiment les grands miroirs. Renoma leur propose en galopin toujours vert, en artiste confirmé.

Renoma.jpgIl sait suggérer un souffle sur une nuque ou juste sur les reins avant qu’une croupe se scinde. De telles femmes n’auraient qu’un geste à faire pour tirer des diables par leur queue. Mais qu’en feraient-elles ? Renoma se garde de répondre. Mieux : il les tire hors du temps pour leur accorder une éternité provisoire. Avec gravité ou humour la photo promet et promeut ce que jours et les nuits dissipent dans leurs courses impitoyable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Maurice Renoma, « Maurice Renoma fait son cinéma », Galerie Rauschfeld du 10 octobre au 3 décembre 2018.