gruyeresuisse

05/10/2021

John Dolan : union libre pour photos de mariage

Dolan.jpgLa série "The Perfect Imperfect" de John Dolan est l'exact contraire des "sérials" photographies officielles pour album de mariage. Suivant le rituel de cette journée il n'en garde comme témoignage que les prises qui seraient rejetées par d'autres. L'irruption des corps bafoue souvent les lois du genre.
 
Dolan 3.jpgAucune malice perverse chez l'artiste. Plutôt un regard bienveillant pour la tendresse et la vérité des mariages.  Dans ce but et pendant 342 samedis,  il a photographié ces cérémonies pour en retenir des scènes évocatrices, presque toujours joyeuses et non scénarisées, bref "parfaitement imparfaites".
 
Dola.jpgDolan fait preuve de discrétion respectueuse mais son  regard est aussi fin et sensible que puissant. Il a influencé une génération de photographes de mariage contemporains et a redéfini une telle thématique. Son travail a été largement publié  dans les principaux magazines américains et a eu comme clients des stars de Johnny Cash à Gwyneth Paltrow.  Les "humeurs" visuelles s'éloignent d'une visée parnassienne pour une goulée de prosaïsme.
 

John Dolan, "The Perfect Imperfect", Damiani éditions, 268 p., 90,00 $ US / 75,00 €.

04/10/2021

Ulrich Stückelberger star du Musée du Revard

Ullrich.jpgParmi les arts verriers, la peinture sous verre reste souvent le parent pauvre car elle ne se confronte pas de manière aussi fractale avec la matière que les autres techniques (soufflage, vitrail, etc.). Le fixé sous verre reste donc le plus souvent une déclinaison en mineur d'un travail de fond.
 
Ullrich 3.jpgToutefois certains artistes contemporains s'en sont emparés de manière plus créatrice. Parmi eux et au premier plan : Ulrich Stückelberger. A l'origine dessinateur, tailleur de bois et illustrateur de livres, il  s’est orienté, il y a plus de 10 ans, vers l’art de la peinture sous verre dans son atelier de Zurich Oerlikon. Il est désormais présent non seulement au "Vitromusée" de Romont mais en France au Musée du Revard.
 
Ullrich 4.jpgLe créateur reste l’un des rares artistes contemporains à pratiquer exclusivement cet art qui correspond parfaitement à ses intentions artistiques. Rythmes, compositions, couleurs sont les éléments récurrents de son art. Le plus souvent en résonnance avec des oeuvres musicales, il les "image" dans des visions non figuratives conformément à la musique qui pour Schopenhauer est "le plus abstrait des arts".
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Musée du Revard, Pugny-Chatenod, Savoie, 2021.

02/10/2021

Surveiller et Performer : l'Europe de l'Est en a-parte

Mamco 3.jpgCette exposition  rassemble des œuvres de « l’Europe centrale » : Tchéquie, Hongrie, Pologne, Serbie et Croatie. Réalisées entre 1969 et 1979, en pleine guerre froide et juste à avant la destruction du mur de Berlin. A la fin des années 1960 est marquée, dans le monde entier, par une contestation des institutions. Dans les régimes communistes et socialistes, ce vent de protestation a dû faire face à des jeux complexes de tensions et de détentes. Des formes expérimentales de l’art en Europe centrale les dénoncent.
 
Mamco.jpgLes artistes présentés ont  recours au photomontage, au détournement ou au doublage pour subvertir la rhétorique de la propagande officielle (Orshi Drozdik, Ewa Partum, Tamás St. Auby, Tibor Hajas, Natalia LL ou Sanja Ivekovic). Dans un contexte de surveillance généralisée de la vie privée et de l’espace public, les artistes conjuguent l’intime et le social de manière singulière. Tomislav Gotovac par exemple s’expose dans son intimité la plus crue, tandis que Sanja Ivekovic rend compte de ses sensations en observant depuis son balcon un défilé officiel.
 
Mamco 2.jpgDans des sociétés qui ont connu des appareils sécuritaires plus ou moins oppressants, les artistes ont dessiné des stratégies subtiles qui malmènent l’unité de l’information et ils ont exploré les multiples disjonctions de l’image, du texte et du son.  En parallèle avec celle de Tony Conrad, cette exposition poursuit la volonté d’internationalisation du programme du MAMCO, en proposant une approche de l’art et des formes qui ne se limitent pas aux canons les plus connus. Dans cette exposition, si  le contexte était différent de celui de l’Ouest - l’absence de marché de l’art, l’absence d’un tissu institutionnel artistique et l’omnipotence de l’Etat -, resta néanmoins  l’existence d’une communauté d’artistes centre-européens, européens et américains ayant à cœur d’élaborer une critique institutionnelle par l’indexation des mécanismes autoritaires. Elle perdure aujourd'hui  non sans reprendre certains artefacts de cette époque révolue. Enfin presque...
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Surveiller et Performer, MAMCO Genève, du 6 otobre 2021 au 30 janvier 2022.