gruyeresuisse

12/08/2021

Al Varlez, Collages / Mont(r)ages : tout ce qui reste

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De plus en plus Al (Robert) Varlez (créateur dans les années 70 d'un des derniers bastions de ce qui se nommait encore l'avant garde : la revue 25)  s’oriente de plus en plus vers une scénographie où se mêlent autant le frisson que l'humour. Existe en un transfert poétique tout ce que l'avenir de la planète lui inspire d'inquiétude

 

Varlez 4.jpgL'émotion passe par un tel filtre pour paraître encore plus incisive. La retenue esthétique et celle du jeu deviennent de rigueur. D’où l’apparition d’un lyrisme étrange, qu'on pourrait nommer  wagnérien. Mais ici  la pompe des images est toujours cassée car les circonstances de s'y prêtent plus. Le fantasme sexuel y est associé parfois selon une artificialité ludique liée à la représentation du corps. Son  démontage ou dépeçage accentue la puissance critique d'un tel travail.

Varlez 3.jpgLes éléments rapportés sont donc moins là pour dissocier le fantasme érotique du réel que pour permettre une oscillation entre réel et imaginaire. L'esthétique du collage décalant tout point d'appui, les montages permettent d'entrevoir l'essentiel sans que Varlez se transforme en père la morale. Néanmoins ce qui paraît roc se creuse, se volatilise pour laisser place à un fleuve intempestif dont le créateur voudrait ralentir le courant.

Jean-Paul Gavard-Perret

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Toi le venin : douce violence de Cornelia Parker

parker.jpgCornelia Parker, "Being and Un-being", Wilde, Bâle, septembre-octobre 2021

 
 
La machinerie désirante de l’art  joue d'étranges parties avec Cornelia Parker. Elle ne cesse de transformer la matière afin de la sublimer même par écrasement comme dans ses pièces d'argenterie en suspension afin de provoquer une élévation particulière.
 
 
 
parker2.jpgUsant au besoin de poison et contre poison ou de balles comme matière première tout devient néanmoins beau et léger. Le voyeur est rendu à ses vertiges  face à de telles équivoques. Elles ne sont pas pour alimenter son fantasme. Car l'artiste possède d'autres objectifs. Si bien que la rage et le venin ouvrent à des spectacles ni équivoques ou dérisoires.
 
parker3.jpgChaque fois une beauté précieuse est au rendez-vous. Ne s’y trousse pas du passé : un saut dans l’inconnu se produit. Soudain le dessin ou le montage oblige à un regard autre, oblique. L'artiste accepte de nous engager dans les impasses nécessaires loin des poses et des illusions d’une proximité trop vite atteinte par la perfection de tels paradoxaux accomplissements.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

11/08/2021

Fabrice Gygi l'explorateur

Gigi.jpgFabrice Gygi, "Une longue vacance",  Salle Crosnier, Palais de l'Athénée, Genève, du 6 septembre au 16 octobre 2021.
 
Sous la direction d’Eveline Notter, le Prix de la Société des Arts de Genève vient d'être attribué à Patrice Gygi qui succède à Renée Levi (2019).Ce prix distingue un·e artiste confirmé·e suisse ou établi·e en Suisse dont le travail a déjà été remarqué sur la scène suisse et internationale.  D'où la consécration de Fabrice Gygi, un des artistes suisses majeurs de sa génération. Depuis plus de trente ans, il explore l’ambivalence des artefacts qu’il produit – entre objets fonctionnels et œuvres d’art et ce en totale liberté par rapport aux normes et pouvoirs.
 
Gigi 3.JPGFormé au Centre genevois de gravure contemporaine puis aux Beaux-Arts de Genève, il s'est fait connaître à la fin des années 1980, par les gravures et performances où il explorait les limites de son propre corps. Quittant l'intime, il a élargi sa  vision  à la société pour pointer les mécanismes autoritaires de l’environnement quotidien dans leurs aspects à la fois triviaux et pervers. C'est le moyen de scruter l’ordre réel des choses et la sphère sociale entre autres par des structures sculpturales de bâche, d’acier, de bois et de tubes qui sous-tendent une forme de violence, de répression. 
 
Gigi 2.jpgSon formalisme minimaliste est emprunté aux infrastructures urbaines et aux objets usuels pour les détourner  de leurs fonctions premières afin d'obliger à réviser l’obéissance civile et  l’idéal occidental de liberté. Depuis 10 ans l'artiste se consacre à l’abstraction géométrique. Il a créé  des bijoux, qui composent de microarchitectures transformées en sculptures et en bas-reliefs et des aquarelles grands formats au chromatisme restreint. S'y inventent un rapport tendu entre le matériau, son emploi rigoureux et contrôlé ainsi que le motif sériel. De telles oeuvres  produisent des émotions complexes là où les tensions s’expriment par une sorte de formalisme qui joue sur la rémanence de principes premiers au détriment de tout ce qui serait secondaire et décoratif.
 
Jean-Paul Gavard-Perret