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19/04/2021

Andrej Djerković, Braco Dimitrijević : face à face

Branco 2.jpgAndrej Djerković,  "Braco Dimitrijević I met at 11.21 AM, Sarajevo 2002", Centre de la photographie de Genève, Genève, avril 2021.
 
Andrej Djerkovic est né en 1971 Sarajevo et vit et travaille à Genève. Diplômé de l’Ecole Supérieure d’Art Appliqué de Sarajevo et l’un des fondateurs de la Collection du Musée d’art contemporain de Sarajevo ARS AEVI. Ses expositions individuelles se sont tenues sur les cinq continents et ses œuvres sont dans les collections des plus importants musées de la planète. Son œuvre fait référence ici à la célèbre série "Accidental Passer-by" - "Passant ordinaire" de Braco Dimitrijević, pionnier de l'art contemporain conceptuel et ami et concitoyen d'Andrej Djerković. "Ce corpus questionne "in situ" l’essence du comportement humain et sa lecture de son environnement quotidien, en démasquant les mécanismes de promotion de personnalités culturellement installées dans notre société contemporaine.
 
Branco.jpgMais le processus de cette intervention artistique dans l'espace public que Djerkovic présente ici est en fait à l’opposé de l'œuvre originale de Braco Dimitrijević. Pour ce dernier l'idée était d'analyser certains comportements du public qui "lisait" automatiquement des sujets dépeints comme des personnalités bien connues de la politique et des médias, alors que les personnes photographiées ne l'étaient pas à l'origine. Se crée une contribution à une série d'accords-désaccords  dans le but de désassembler, d'altérer ou de se désengager complètement du politique médiatique. ;Il s'agit aussi de réfléchir à la reconquête de la fonction sociale et subversive de l'art, toujours domestiquée par les forces financières et cognitives.
 
Branco 3.jpgEn plaçant son portrait sur la façade du BAC (Bâtiment d’art contemporain) qui abrite aussi le Centre d’Art Contemporain et le Mamco, Andrej Djerković mêle le quotidien avec le monumental sur le site du Mamco, qui abrite dans sa collection des œuvres de Braco Dimitrijević. "Accidental Passers-by". Ce fut de fait et accidentellement pour Djerković  sa "première" œuvre et qui ajoute-t-il "est conditionnellement parlant, toujours montrée quelque part. Néanmoins pour lui " le sujet de mon portrait n'est autre que l'artiste des portraits d'anonymes, devenu, sauf pour le public connaisseur de l'art contemporain fréquentant la rue des Bains, un anonyme." Mais Dimitrijević  de rétorquer :  "Je n'ai aucun rapport avec ça, sauf que ces derniers temps je suis devenu moins strict avec moi-même, moins critique. Si je peux rencontrer au hasard un passant dont j'ai posté la photo sur la place de la République de Zagreb ou sur les Champs-Elysées, cela veut-il dire que je peux me rencontrer moi aussi!?". Tout reste donc une question de rapport à l'image.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

16/04/2021

Jeune homme au bord de la crise de nerfs - Simon Leihner

Lehner.jpgAvec "How far is a light year?" l’Autrichien Simon Leihner s’immisce - par ses oeuvres en mêlant photographie, peinture, archives et même images 3D - dans l’imaginaire d’un jeune garçon en pleine évolution. Très vite l'artiste a compris que la photographie serait son médium. Il lui permet d'expérimenter un travail autobiographique. Il explore à travers ses images les dimensions psychologiques, sensorielles et motrices de ses émotions.

 
Lehner 3.jpgSimon Leihner reconstruit le développement d’un enfant au sein d’une famille sans figure paternelle. "J’ai rencontré mon père pour la première fois en 2005, lorsque j’avais neuf ans. Il est reparti quelque temps plus tard" rappelle le créateur.  Et il crée un espace intime, où réel et fiction se mêlent.
 
Lehner 2.jpgCet univers regroupe les souvenirs et fantasmes d’un enfant, mais aussi la maturité d’un homme en proie aux questionnements. Face à cette épreuve difficile, le retrait dans un monde chimérique devient finalement l’unique option. Une représentation sensible d’un drame ordinaire. Se voulant à l'origine une thérapie, la série se transforme prend une valeur universelle. Elle interroge les notions d’identité et de relations avec autant de beauté froide que d'humour au second degré.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Fotohof, Salzburg, avril-mai 2021.

15/04/2021

Les offrandes de Giacomo Santiago Rogado

Rogado bon.jpgGiacomo Santiago Rogado, "Kopf herz Bauch", Galerie Mark Müller, Zurich, du 24 avril au 5 juin 2021.
 
Giacomo Santiago Rogado délivre de bien des imbroglios que l'art entretient. Narrateur plastique il construit une légende muette. Nul discours est nécessaire. Résultat :  une liesse minimaliste, la fête de contacts implicites. Aucun incident ne vient déranger l’ordre : tout est accueil là où sous l'uniformité d'apparence se produit moins la sévérité qu’une poésie du diaphane.
 
Rogado 2.jpgDans les formes, disques, taches tout à la fois se divulgue et s'endigue. L'exubérance prend un aspect très particulier presque ascétique mais coloré. Un miracle maraude car le créateur est apte à capter un tumulte sourd. Il permet de rejoindre le flux d'une avancée là où le statique est métamorphosé. Par un contrôle constructif.  Rogado crée ce qui semble soumis à une astreinte.
 
Rogado.jpgIl n'existe pas à proprement parler de trame ou d'horizon mais un porte greffe minutieusement réglé : les éléments à l'identique créent une étrange parade. Elle laisse à la fois sans voix et bavard tant le regardeur ne peut se défaire de ce qui lui est servi sur ce plateau. L'œuvre semble "sans image" et pourtant elles abondent impeccables  et prégnantes en ce qui tient d'un cérémonial aussi discret qu'étrange. L'œil doit apprendre à saisir sa force et sa fantaisie.
 
Jean-Paul Gavard-Perret