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21/08/2021

Chervine : lumières et éclairages

Chervine 2.jpgChervine, "Late that Day", Galerie Esther Woerdehoff,  Genève, du 2 septembre au 5 octobre 2021.
 
Né en Iran en 1972, pays que sa famille a fui après la révolution islamique pour s'installer à Paris, Chervine  l'autodidacte ne cesse de parcourir le monde. Passant par la photographie de mode et par la publicité  il vit désormais à New York, où il capture des visages et des corps pris soudain dans le champ d'un rayon solaire.
 
Chervine.jpgChervine sublime ses personnages (passants, consommateur dans un café) avec une recherche du clair obscur qui dramatise ces scènes d'un quotidien new-yorkais en  plongeant dans un imaginaire cinématographique et en rappel des peintures de Hopper bien plus que dans une simple photographie de rue. D'où une atmosphère particulière dans la fugacité de l’ombre et de la lumière.
 
Chervine 3.jpgAvec une maîrise de la couleur  Chervine recherche ses contrastes, les éclats, la touche colorée qui éclaire l’image. Un rayon de soleil décompose le sujet au moment où Chervine attrape les regards. La photographie urbaine  se transforme par celui qui saisit sur le vif et refuse  toute mise en scène. Il ne s'agit pas d'éclairer, de porter partout le flambeau de l'explication mais au contraire de mettre de l'ombre et de l'obscurité là où souvent la photographie essaye d'éclairer. Il faut ramener les êtres à l'inconnu  à l'étranger de même qu'il faut rendre le visible à l'invisible et le jour à la nuit.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

20/08/2021

Les excursions de Markus Schwander

Schwander bon.jpgMarkus Schwander, Kloster  Schoenthal, Langenbruck, du 4 juillet au 3 octobre 2021.
 
Artiste et professeur à l’Institut LGK LLAD de la Haute école d’art FHNW, dans divers projets de recherche, Markus Schwander s’est intéressé à la perception spatiale. Explorer le paysage reste pour lui une méthode d’investigation importante pour son travail artistique comme pour son enseignement.
 
Schwander 2.jpgLes excursions - cette part apparemment objet d'un logos superfétatoire -  lui servent à étudier la perception de l’espace. Le fait de marcher ensemble est analysé comme une constellation permettant de reconnaître et d’influencer les facteurs qui déterminent l’action, c’est-à-dire de façonner l’action collective lorsque le regard s'ouvre.
 
Schwander bon 2.jpgL’artiste présente dans cette exposition des exemples artistiques pour illustrer le rapport entre l’espace et la perception, et la reconstruction permanente de ce rapport. Ce qui prouve que et entre autres, l'excursion n'est pas seulement un moyen d'exister à temps partiel mais de maîtriser les amarres de ce que nous nommons rapidement le paysage sans comprendre ce que cela engage. Un acte aussi trivial peut devenir un travail de magie.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

18/08/2021

Thomas Hauri : tout ce qui s'ouvre

Hauri.jpgThomas Hauri, "In the Abbot's Room", Kloster  Schoenthal, Langenbruck, du 6 juin au 12 septembre 2021.
 
C'est dans un lieu magique à la fois champêtre et un rien industriel  que Thomas Hauri poursuit son travail fascinant de diverses biffures et sutures.  Renversant tous  les systèmes de représentation et de lecture des images, l'artiste en propose ici une superbe mise en scène. Si bien que les œuvres peintes deviennent parties prenantes d'une forme d'installation.
 
Hauri 3.jpgLe pouvoir de telles images par le "caviardage" programmé crée une régence ironique et puissante au sein  des éléments d’architecture aussi bien de l’image que  du lieu. Ils deviennent des prélèvements reconstitués qui font prendre conscience à la fois des limites de tout discours et de la richesse de l’image. Celle- ci s'éloigne de la triste bourrelle des formes classiques.
 
Hauri 2.jpgSe crée - au sein d'un milieu austère, sobre où demeurent néanmoins des indices d'une vie particulière voire traditionnelle - la présence d'un monde unique. Il permet de pénétrer dans le vif de la mémoire par des traversées de l'inconscient. Hauri arrache au logos pictural sa part non essentielle pour n'en conserver que ses flux et reflux.
 

Jean-Paul Gavard-Perret