gruyeresuisse

27/04/2021

Jean Genet : le souffle d'une voix vouée aux fournaises

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Ignorer Genet s'est un peu ne connaître du monde qu'une pellicule. Sous des lampes sans grâce ni clarté l'auteur a cherché dans le noir un sceptre pour régner. L'abject à portée de main il est resté l'ange délinquant soufflant sur nos braises.
 
 
Genet 2.jpgDans son inversion du monde il a fait par ses romans et poèmes (restitués ici dans leur version première) fourcher la langue loin des parodies littéraires ontologiquement niaises. Mais contrairement aux radicaux réalistes américains il a su conserver à la langue de boue ce qu'il lui faut d'étoiles.  Le tout en y trouvant une stratégie de survie plus qu'en roulant des pelles à ses compagnons échos.
 
Genet 4.jpgNous devons à Sartre la reconnaissance de l'auteur. Son  "Saint Genet, comédien et martyr" constitua l'introduction à ses œuvres complètes.  Certes l'auteur des "Mots" n'a pas embrassé (si l'on peut dire) l'auteur dans sa totalité. Mais il a compris que les interprétations psychanalytiques et marxistes ne pouvaient expliquer ce fantastique exercice littéraire d'une liberté. Elle d'abord écrasée par la fatalité d'un destin. Mais l'auteur sut la retourner et ce dans une écriture d'exception dont il est possible avec le temps d'apprécier la force imageante.
 
Genet 3.jpgPour exprimer la vie, ses miasmes et son écume Genet a créé un royaume littéraire qui donne son poids à tout ce qui pèse et un souffle à tout ce qui peut déplacer le monde. Et ce, dans ce qui tient d'une métempsychose. Un tel auteur resurgit non seulement en chair et os ni désincarné mais dans son improbable vie ou contre-vie avec ce qu'elle a de pur et d'impur, d'indu, d'insoluble et ignés mais aussi en les diamants purs d'un langage issue d'une voix ténébreuse et obscène mais où l'âme rampait.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Jean Genet, "Romans et poèmes", coll. La Pléiade, Gallimard, avril 2021, Paris, 1648 p., 71E.

Nan Goldin : femmes entre elles

Goldin 2.jpgLes oeuvres de Nan Goldin résonnent  comme  une suite de portraits de famille. Elle touche toutes les générations et tous les rôles voire les addictions.  Si bien qu'un journal intime au fil des ans se transforme en une révélation poétique de la vie des femmes et les fortes  relations et secrets qu'elles partagent.

Goldin 3.jpgTout un univers d'âmes et de corps est créé en une succession  de  scènes intimes, détails, moments d'émotions de calme ou de profondeur. Existe  entre la photographe et le sujet une union implicite. S'y découvre  la puissance autant des femmes que celle du médium photographique.

Goldin.jpgLes émotions figées dans les images représentent la mémoire qui ne sera pas perdue. L’histoire continuera. La photographe oeuvre vers  un point de vue plus universel par l'attention et la délicatesse du regard. Et ce jusqu'au milieu des terreurs et des limites de la pandémie mondiale. Goldin arrive à un endroit où le temps est cristallisé par la présence, le calme et l’intimité.


Jean-Paul Gavard-Perret

Nan Goldin : Memory Lost,  Marian Goodman Gallery, NewYork,  du 27 avril au 12 juin 2021.

25/04/2021

Vice-Versa : Dialogue nippon-suisse

Suisse 3.jpg"Tangible dialogue", "Vice Versa", Ilona Schwippel & Christian Balmer, Lausanne. Exposition janvier-février 2021 puis au Japon du 14 avril au 9 mai 2021.
 
David Bielander, Itto Mishima & Fumiki Taguchi, Esther Brinkmann, Shinji Nakaba, Sophie Hanagarth, Mikiko Minewak illustrent une nouvelle idée de la joaillerie. Elle se teinte d'originalité et d'humour là où la confrontation communicante entre deux mondes crée une belle unité. Il n'est pas toujours facile de repérer ce qui appartient à une culture ou à l'autre sauf a ceux qui connaissent bien de travail des divers créateurs.
 
Suisse 2.jpgSe retrouve ici la série "Bijoux de famille" de Sophie Hanagarth  imprégnée de symbolisme, de surréalisme et d’humour. Cette créatrice reste une  des figures majeures  de la joaillerie  de notre époque.Shunji Nabake lui répond par des pièces certes différentes mais dans le même esprit de finesse et d'humour.
 
Suisse.jpgFidèle à lui-mêmeDavid  Bielander crée des bijoux fascinants qui dépassent la simple parure. C'est d'abord  sous la direction de Otto Künzli qu'il a trouvé ensuite une voie non conventionnelle où l'expérimentation est au rendez-vous et les matériaux précieux radicalement détournés de leur forme originale.
 
Chez tous ces maîtres joailliers suisses et nippons l'objectif est de pousser les porteurs de bijoux hors de leur zone de confort. Tout ici demeure atypique et critique, à travers des œuvres aussi étranges qu'inattendues. Elles placent les créateurs au premier plan du design international de bijoux.
 

Jean-Paul Gavard-Perret