gruyeresuisse

01/02/2019

Franz Gertsch : actuel et inactuel

Gertsch.jpgFranz Gertsch, "Bilder sind meine Biographie", Kunsthalle, Biel jusqu'au 24 fevrier 2019.

 

Sous les titre "Les images sont ma biographie" , le peintre né à Morenges présente à la Kunsthalle des portraits monumentaux, des tableaux de groupe et des paysages qui illustrent son parcours de 1961 à nos jours. L'hyperréalisme donne à sa saisie du monde en dehors de l'émotion pseudo évocatrice du souvenir mais par la force de l'instant, de l'instantané.

Gertsch 3.jpgDans ses mises en scne il recompose l'histoire. Ou des narrations d'hier et d'aujourd'hui. Celles dont les images sont le miroir même si Gertsch leur donne une dimension plus universelle.

 

Gertsch 2.jpgL'artiste se veut le maître par leurs captures de l'espace intérieur ou extérieur. Entre douleur et extase il montre un tout qui n'est rien. Demeure néanmoins un enchantement optique aussi actuel qu'inactuel. Il cherche encore - voyeur parmi les voyeurs - les clairs de lune de vie sexuelle ou non en ce qui tient de remises en scène. Chaque prise reste un parapluie contre le temps : s'en égoutte des songes dont la légende brûle.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/01/2019

Rachel Labastie : tout reprendre à zéro

 Labastie BON.jpgRachel Labastie, "Des Forces", Editions Macula, Espaces Editeur Artgenève, 30 janvier - 2 février. Voir l'article de Barbara Polla sur l'artiste "(Auto)portrait de l'artiste en jeune femme".

Barbara Polla insiste sur un aspect essentiel de l'oeuvre de Rachel Labastie : l'artiste " comme James Joyce se concentre sur son monde intérieur. Un monde intérieur riche d’expériences et de questionnements que l’on devine violents". Et d'ajouter "elle ne nous révèle pas les « choses » qui lui sont « arrivées » mais nous parle de leur perception." La créatrice les évoque en sculptant en ce qui élargit contextualisation et psyché. Si bien qu'il n'existe plus de frontière entre le monde réel et expérieur voire entre le monde conscient et inconscient (personnel et collectif).

ULabastie.jpgne telle traversée ramène aux temps primitifs. Avec différents matériaux et reliques vernaculaires Rachel Labastie crée un monde en perte d’orientation pour une raison majeure : il jouxte des abîmes. La puissance «machinique» est mise en branle pour piéger le regard à travers d’étranges cérémonies minimalistes. De la civilisation humaine et ses croyances il ne reste que des morceaux d'humains et des "ruines". Mais tout demeure vivants. D'où l’enchantement des images. Le minéral reprend son importance dans la magnificence que l’artiste organise telle un princesse  potentielle d’un hypothétique nouvel âge. Elle organise un matérialisme métaphysique selon une féerie en charpie et par un retour entre autres à l’argile, le verre ou le bronze.Labastie Bon 2.jpg

L’œuvre est hypnotique et jouissive dans les fusions proposées. Les apparences se déforment sous la puissance d’une poésie première. Elle permet d’écraser ce que l’artiste intitule  «l’Apparence des choses». Demeurent les vestiges propres à conserver une mémoire culturelle et une narration paradoxalement peu éloignée d’une récit autobiographie mais dégagé des inepties de l’autofiction. Surgissent une réflexion sur les liens familiaux et sociaux, un rêve d'unité et de fraternité à travers des archétypes et symboles d’un inconscient collectif que l'artiste transforme afin que nos comportements et notre civilisation subissent une même modification.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

28/01/2019

Oh Carroll !

Carroll 2.jpgAmateurs ou mateurs de portraits passez votre chemin. Les femmes de Patty Carroll demeurent sans visage. D'où la frustration : si leur visage ressemble à leur plumage ce doit être quelque chose... Mais la photographe de Chicago à d'autres chiens à fouetter : «Anonymous Women» et leur partie "Domestic Demise" consistent en une série de scénographies qui traitent des femmes et de leurs relations complexes avec la domesticité.

Carroll 3.jpgEn camouflant chaque personnage sous des draperies ou des ustensiles domestiques, Carroll joue à un cache-cache humoristique avec le spectateur et la femme qui demeure anonyme. Le plus souvent celle-ci semble victime d'accidents domestiques (chutes, etc.). Ses obsessions, activités, objets l'étouffent. L'artiste met en scène de manière plus drôle que dramatique ce qui tient de saisies en références à toutes l'histoire de l'art d'Archiboldo au cinétisme en passant par divers courants.

Carroll 1.jpgExiste aussi une sorte de jeu Cluedo : de possibles assassinats ont peut-être eu lieu dans les pièces de la maison. Mais toute cela reste un leurre. Car les princesses de Patty Carroll ou plutôt la photographe elle-même demeure une habile traîtresse. Le voyeur est pris en un leurre poétique et doux. La créatrice enveloppe le corps de ses fées au mirage de diverses allusions picturales. Elle y glisse des indices comme au fond d’un jeu de piste. Chaque portrait devient l’icône dont l’aura reste indélébile. Elles sont là, elles sont loin dans une succession de détails et des bijoux ravis.

Jean-Paul Gavard-Perret

Patty Carroll, "Domestic Demise", Galerie Catherine Couturier, Houston, du 19 janvier au 16 février 2019.

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