gruyeresuisse

09/05/2021

Les enchantements rigoureux de Francesca Di Bonito

Di Bonito 2.jpgFrancesca Di Bonito puise dans ses études artistiques et dans son expérience du reportage la matière d’une œuvre hybride et protéiforme. Photographe et plasticienne, elle interroge les dynamiques sociétales au centre des enjeux contemporains. Elle utilise surtout la photographie (mais pas seulement) comme narration de ses récits métisses. Dans "Organic Selfies", par exemple, elle se regarde dans le miroir "vérifie sa conformité, enregistre les différences qui définissent une identité : le passage du temps sur la peau marque les signes d'une inexorable avancée."  
 
Di Bonito.jpgElle inscrit par ses prises et leurs rehaussements le quotidien du corps et certaines métamorphoses  de l'intime. Et ce au moment où l'appréhension tactile disparaît par l'anonymisation des corps qui suit son cours et augmente. Pour la créatrice il s'agit de passer outre par sa propre image au-delà du simple paraître ou de l’embellissement. Certes l'artiste d'une certaine manière se cache là où l'épiderme est ironiquement encadré par des motifs et des effets numériques. 
 
Di bonito 3.jpgSurgissent des apparitions jouissives  sur des peaux anonymes où est proposé une variation sur le thème de l'identité. L’anatomie humaine reste présente selon des procédés d’intervention artisanale sur la matière photographique. D'où dans toutes ses séries une narration  par métamorphoses du réel ou de statues et d'objets vernaculaires dans une oeuvre polysémique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Voir le site de l'artiste.

08/05/2021

Walter Vopava : l'horizon plus clair du noir

Vopava.jpgWalter Vopava, exposition, Galerie Mezzanin, Genève, jusqu'au 22 mai 2021
 
Walter Vopava vit et travaille à Vienne et à Berlin. il a étudié à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne  Il  a aussi trouvé son accès à la peinture par le biais d’études de nature. Mais à partir de la fin des années 1980, il abandonne dans son travail tout rudiments figuratifs au profit de l’abstraction pure. Les images et les oppositions du clair et de l’obscurité, de l’espace et de l’espace, de la masse et du vide entrèrent de plus en plus au premier plan de son travail. Si bien que la réalité a été progressivement transformée et occultée dans ses œuvres.
 
Vopava 2.jpgEn conséquence à partir de 2000, Vopava se consacre principalement à la construction de l’espace pictural et évitait toute association à l’objet. La couleur noire forme une grande constante dans ses images émergentes, parfois monumentales. Sa peinture abstraite n’est pas nécessairement pour lui un moyen de style, mais lui offre la possibilité d’explorer les origines de cette forme d’art. Dans son travail, il se concentre sur l’essentiel et exclut toute restriction.
 
Vopava 3.jpgL'oeuvre ressemble à un work in progress mais les états sont moins provisoires et en état de latence  qu'il n'y paraît. Rien n'a lieu que le lieu de la peinture ou de la sculpture. C'est là renoncer à l'empire d’assourdissement du réel en passant à la création d'image propre à offrir un nouveau genre d'émotion. Le dévoilement dérobe, les enrobages dévoilent. Le tout sous un état de solitude et comme un silence assourdissant . Les oeuvres en sont le miroir là où demeure un enchantement optique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

06/05/2021

David Fernandes et Nayansaku Mufwankolo : déconstruction du genre

Iel.pngNayansaku Mufwankolo & David Fernandes, "NGC 0218 CCDM 1713", Librairie galerie Humus, Lausanne, 13 mai 2021.
 
 
Les dessins de David Fernandes possèdent une présence et une atmosphère particulières. Quittant le Valais, le Lausannois d'adoption invente une esthétique symbolique qui est la résultante de diverses influences. Entre autres la peinture surréaliste, l’ésotérisme (notamment les cartes de tarot), les bestiaires et l’imagerie des années 80-90. David Fernandès tient à garder un côté pictural dans ses images. La composition, la couleur sont essentielles dans ses narrations visuelles. L'auteur ne cesse d'ouvrir des perspectives comme il le fait par exemple avec Nayansaku Mufwankolo pour l'exposition "NGC 0218 CCDM 1713" à la Galerie Humus pour la 9ème "fête du Slip", le festival pluridisciplinaire des sexualités.
 
Iel 2.jpgL'artiste ne se reconnait pas dans les deux genres admis et binaires : "je n’ai jamais voulu être un garçon et je ne me suis jamais sentix être une fille". Même face à la langue elle/il s'est retrouvée face à un mur. Il s'agit alors d'ajouter des mots, pour rendre visibles des franges de la communauté LGBTIQA+ laissées de côté. Mais Nayansaku Mufwankolo y a découvert à quel point le racisme était très présent de même que la transphobie, la mysogynie, etc.. Et de noter "On ne parlait pas du tout de notion d’intersectionnalité à ce moment-là."  Aujourd’hui, l'artiste vit pleinement sa différence car ses mots existent enfin. A travers recherches, lectures, échanges elle a découvert ce qui lui convient le mieux. Pour "iel" "La langue française cloisonne beaucoup trop, c’est pour cette raison que j’ai pris le parti d’utiliser le They/Them. Pour moi, c’est complètement neutre et désincarné. Cela me correspond complètement et je le revendique".
 
Iel 3.jpgA la HEAD-Genève et à l’Eracom où elle enseigne Nayansaku Mufwankolo précise ses buts : «J’essaie de sensibiliser au maximum et de déconstruire aussi les stéréotypes véhiculés à travers la production visuelle" et d'ajouter "Au sein de l’espace de travail  nous nous respectons les unexs les autres dans nos différences et de fait tout commentaire ou blague à caractère sexiste, raciste, LGBTIQA+ phobe, qui ne respecte pas les croyances des personnes, c’est dehors."
 

Jean-Paul Gavard-Perret