gruyeresuisse

27/10/2018

David Saxe : au coeur du Middle West

 

 

saxe 2.jpgDavid Saxe laisse courir son imaginaire à travers les fêtes foraines où après des journées de travail la population des plaines américaines vient s'amuser comme le font leurs vieux cousins d'Europe. C'est l'occasion pour le photographe d'offrir en gros plans ou par des vues panoramiques un rapport au plaisir traditionnel lié aux technologies du temps.

 

Saxe.jpgExistent l'exhibition des monstres comme l'envolée sur des manèges qui font rêver à une sorte de science-fiction provisoire. Un mixage de formes colorées, simples et spontanées permettent d'introduire au coeur du réel un autre chœur, une autre réalité dans ce qui tient d'émotions passagères et de plaisirs plus ou moins frustres. David Saxe ne le juge pas il se laisse entraîner à la sidération presque sans âge de ce type de plaisirs populaires.

 

saxe 3.jpgPour un temps le quidam est envoyé au plus loin de ce qu'il faut appeler la réalité par des propositions ludiques. Elles proposent des extases provisoires. Il y a là des cliquetis de boules lumineuses, des glissements hors de l'attraction terrestre, des rires, des torpeurs et des avis de tempête aux mateurs et amateurs d'émotions fortes. Des reins éreintés par le travail ruissellent de peurs programmées pour exorciser celles que le réel propose et qu'il s'agit ici d'oublier.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/10/2018

Matelathématique de l’identité – Vanna Karamaounas

Exode.jpgVanna Karamaounas, «Exodes - Exo Matresses », Les berges de Vessy, Genève, jusqu’au 31 octobre 2018.

Vanna Karamaounas (Iseult Labote) avec sa série « Exo Mattresses » crée l’histoire de l’exil, de la survie et de ses souffrances à travers un objet-clé : le matelas. Il devient ici l’espace ou le lieu intime où chaque être « couche » sa peine, ses luttes, son rêve. L’objet devient chargé de ce que définit une identité comme s’il devenait la coquille de l’escargot en errance.

 

Exode 2.jpgL’artiste trouve dans les exils d’aujourd’hui des échos à la propre histoire de sa famille qui a dû fuir l’Asie Mineure lors de l’Incendie de Smyrne en 1922. Au lieu d’évoquer le psychisme ou l’âme, l’artiste trouve dans l’objet un moyen d’échapper au jeu du concept. Le matérialiser crée un rapprochement où l’émotion est engagée sans pour autant baigner dans le pathos inhérent à la présence humaine.

Existe là une pertinence et une impertinence. Ce transfert pose de manière plus probante ce qui se passe et qui peut se passer pour tout individu déplacé par les remugles de l’Histoire. L’artiste évoque une autre manière implicite mais brutale d’envisager une douleur. Le matelas l’incarne et cela place la créatrice au sein de celles et ceux qui ne se contentent pas de témoigner là où l’objet devient une fable : à chacun de la réinterpréter.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/10/2018

Louis Guilloux l'ironique

Guilloux bon.jpgLouis Guilloux, "Chroniques de Floréal", Héros Limite, Genève, 2018, 208 pages, 28 CHF / 20 € .

 

Ce livre est une découverte : le grand écrivain que sera Louis Guilloux (auteur entre autre du "Pain noir'") y fait ses gammes. Celui qui sera un styliste impeccable et cruel, de Paris, regarde Saint-Brieuc avec humour en y relevant deux défauts : la ville est trop petite. Elle est surtout sa cité natale... Quant au tourisme naissant, l'auteur y voit un sport inventé par les Anglais qui possède le défaut de ne pas être individuel plutôt que de masse.

Guilloux bon 2.jpgLe chroniqueur va par sauts et gambades à travers les sujets pour un petit journal qui ne restera peut-être dans les annales littéraires que par sa signature :  "Floréal, l’hebdomadaire illustré du monde du travail". Cette feuille de chou - au demeurant élégante - permet à l’auteur de survivre (à côté de ses travaux de traducteur) et de se faire les dents non sans persiflage : les oubliés que sont Emile Bergerat et Alphonse Karr en font les frais mais l’auteur est un des premiers à remarquer le talent de l’Argentin Roberto Arlt.

Guilloux bon 3.jpgEric Dussert poursuit de la sorte la découverte non de fonds de tiroir mais d'œuvres originales. Louis Guilloux en bénéficie : se découvre sa capacité de poète (en prose) fort en flânerie et ironie. Il peut rivaliser ici autant avec Alphonse Allais d'un côté et Léon Paul Fargues de l'autre. Et qu'importe s'il n'aura pu être un Blaise Cendrars. A l'impossible nul n'est tenu.

Jean-Paul Gavard-Perret