gruyeresuisse

09/09/2019

"Bye Bye la compagnie" : abraseurs de quintessence et autres fomenteurs du trouble

Can.jpg"Bye-bye la compagnie", Editions CAN, Neuchâtel.

Ce livre fait suite au projet "Bye-bye la compagnie" qui eut lieu à l'automne 2015 au CAN au moment de sa rénovation. Comme il n'était pas question - et pour cause - de proposer une exposition collective, une idée germa : demander à une une vingtaine d’artistes à participer à une expérience pratique et théorique sur le thème du travail dans l’art. Les responsables du lieu envoyèrent aux artiste un texte de base de réflexion à partir duquel ils purent s'exprimer librement quant au type de réaction ou d'intervention qu'ils souhaitaient au cours des deux mois de réfection qui fut aussi pour eux un temps de méditations et d'action intempestives.

Can 2.jpgD'où ce superbe ensemble aussi hybride que cohérent. Massimiliano Baldassarri & Jean-Baptiste Ganne y présentent les deux faces de la même médaille sous forme de disque vinyle, Bruno Botella les prémisses d’une conversion (des chiffres à la sauvagerie) en impression offset. Le team CAN y rappellent ses tenants et aboutissants, Mohéna Kühni son "canard mouillé" sérigraphié et Renaud Loda un galet gravé qui ouvre l'ensemble où se retrouve encore diverses publications de la FEC (Fraction Extrême Centre), un poster du Fucking Good Art, un autre de RELAX (chiarenza & hauser & co). Et on en oublie certainement.

Can 3.jpgLa visualité d'un tel ouvrage ne s’adresse pas seulement à la curiosité du visible, au plaisir de voir mais au désir, à la passion de l'art à travers divers types de figurations et spéculations originales réunies dans une pochette précieuse d'où jaillissent par puisements  une sorte d’immanence ou un état de rêve éveillé et d'ébats dans tous leurs états ou d'états en tous leurs ébats. Et ce, entre humour et sérieux - car rien n'est gratuit mais fait sens et symptôme. Si bien que le regardeur lecteur ne cesse de demander qui habite cette pochette surprise et magique. Et pourquoi. Le tout au plus grand bénéfice du plaisir et de trouble. Preuve que dans un moment d'interstice temporel se créent de nouveaux types d'interventions et de mouvements qui sont des affaires d'ouvertures dans le fermé.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/09/2019

Hugo Schüwer Boss : théâtre/roman

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Hugo Schüwer Boss, "Roman", Galerie Joy de Rouvre, Genève, de 13 septembre au 2 novembre 2019.

 

Hugo Schüwer Boss transforme l'art et ses histoires en créant des liens entre son aventure intemporelle et les nouvelles technologies. Au fil des monstrations du créateur le paysage devient étrange. Il en va de même de ses narrations : d'où le titre ironique de cette exposition puisqu'existe là un lâcher-prise par rapport à ce que la peinture "dit". "L'abstraction" ouvre les aventures picturales à d'immenses vides colorés. Ils donnent à réfléchir sur la conceptualisation de l’art.

 

Schuwer 2.pngLe créateur permet sans cesse de passer du plus petit au plus grand, de l'architecture au décor dans divers jeux d'échelle et de mises en abîmes. Par son expérimentation, l'oeuvre est une subversion des codes selon une dimension dialogique et polyphonique. Et l'exposition permet d'entrer dans ce processus de création unique. Le créateur fait preuve d'un sens de l'espace et de la narration inédit.

 

Schuwer 3.jpgNéanmoins Hugo Schüwer Boss n'a rien d'un artiste pour les artistes : il ouvre une représentation existentielle qu'il a soin de ne jamais fermer. L'oeuvre dans la dureté et la solitude devient un évènement plastique d'une rare intensité. La question de la "re-présentation "y est centrale. Tout est séduisant dans ce théâtre qui dérange et où l'artiste fait implicitement de l'art un roman bien étrange.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/09/2019

Inez & Vinoodh : falballas, comédie et dépouillement

Ines bon.jpgSous un certain baroque ludique le duo d’artistes néerlandais, Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin (connu sous le nom Inez & Vinoodh) cherche l'extrême simplicité sous la sophistication. De même que la volonté presque enfantine de casser les codes et de les confondre. Avec ce duo l’oeil devient veuf de ce qu’il espère mais de cette désillusion, naît autre chose qui nous interroge ou rien du tout sinon le déphasage amusé.

Ines 3.jpgLes deux artistes restent sur le fil du rasoir et ne sont pas loin d’une certaine plénitude dans le domaine de l’expression. Galopant sur la croupe de la fantaisie ils créent des images déterminées par celles ceux qui se trouvent devant leurs appareils. En perpétuelle transformation leurs images cherchent "une tension entre le beau et le grotesque, le spirituel et le mondain, la haute couture et la mode basse" (Vinoodh). Elégance et réalisme, fashion et monstruosité proposent une esthétisation particulière dont des grandes marques ou des stars profitent (Christian Dior, Yves Saint Laurent, Chanel, Kate Moss, Lady Gaga, Rihanna, Paul McCartney entre autres).

Ines 2.jpgMais leurs travaux dépassent largement la mode. Ils sont présents dans les galeries et musées importants du monde : Stedelijk d'Amsterdam, Whitney à New York,  Fotografiska à Stockholm, etc.. Les  deux créateurs projettent des visions d'universalité ancrées dans un territoire parfois ouvert, parfois fermé. Elles marquent une obsession, une hantise de la lumière et de ses effets sur la matière en des configurations narratives particulière aussi drôles qu'étranges.

Jean-Paul Gavard-Perret

Inez & Vinoodh, "I See You in Everything", galerie Ravestijn, Amstrerdam, du 7 septembre au 19 octobre 2019.