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12/11/2021

Gnoses et tissus du métal - Alois Dubach

Dubach 3.jpgAlois Dubach, Walter Tschopp, Yves André,"Penser l'espace" Editions Till Schaap, Berne, 160 p, CHF 48.
 
Alois Dubach est né à Lucerne, vit et travaille aujourd’hui à Valangin (NE), où il se consacre à ses sculptures et dessins. Travaillant avant tout le métal, il en est un des novateurs.  Il appartient à la génération des sculpteurs suisses qui ont déconstruit la sculpture depuis les années 1960 et en allège la pesanteur afin qu'exhale de chaque pièce un langage qui embrasse le ciel par effets de pans et d'ouvertures.
 
Dubach.pngSculpeur et designer Alois Dubach construit ses objets géométriques comme des produits industriels. Ces travaux -créés le plus souvent pour l'extérieur - permettent de reconsidérer la relation entre artefact et espace en divers hiatus. Bref la sculpture change de chemise, dévoile une nouvelle peau d'espace, se désaxe des chemins reconnus. Les textes de Walter Tschopp et des photographies d’Yves André soulignent et montrent l'importance d'une telle entreprise.
 
Dubach 2.jpgAprès les sculptures monumentales des années 80, Alois Dubach s’est tourné à partir de 1993 vers des structures filiformes, qu’il nomme "dessins de sculpture" même s'il s'agit d’œuvres souvent  de grand format. Il s’est lancé aussi, âge venant, vers le dessin. Après un séjour à Berlin il a créé de nouvelles feuilles grand format dédiées à la fois à la géométrie et ses torsions. Ce travail prouve que dans son esthétique il n'existe pas d’ordre sans perturbation et que tout doit échapper aux certitudes apprises.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

08/11/2021

Rim Battal : s'attendre à tout

Rim Battal.jpgPoète et artiste, Rim Battal offre un nouveau modèle de femme, d’amour et de corps politique à travers les mots, la performance et les arts visuels. Elle s’intéresse autant à l’aspect rétinien de l’image qu'à à la manière de la regarder pour la dire. Si bien qu’écrire devient le moyen de voir les femmes et participer à la naissance de formes pour créer des mutations  visibles et imaginées aussi importantes que les situations initiales que le réel impose.
 
Alcove.jpegDans "Alcôves" dont elle est la "maîtresse" et qui le premier recueil collectif du Bordel de la poésie comme en sa lettre aux jeunes poétesses Rim Battal trouve sa place et leur indique la leur. En cette maison close  elle devient à la fois Bataille et sa Madame Edwarda mais en inversant sexes et rôles pour déployer une poésie performative et vivante, hors du commun, immersive et intimiste et corporelle. La dynamique décisive de l’écriture s’inscrit entre la figuration reconnaissable et définissable et sa dissolution par les mots.  Dès lors nous n’évoluons plus dans l’univers de la certitude, mais dans le domaine du possible entre le presque rien et le tout au sein d’une nouvelle approche d’une poésie qui  devient mouvante.
 
Battal.jpgFemme-souche Rim Battal avance "Invisible fusil à l’épaule  /  À pas de loup, à pas de chat,  / À pas de char d’assaut". Le tout au nom de l'amour entrevu, espéré puis embrassé au grand jour dans une égalité d'échange. Bref elle choisit tout. La voilà toujours proche à réintégrer sa force. Elle fait Dieu à face et âme féminines. Ses textes rampent en pensées sarcelles lors de ballets que ses images chorégraphient non sans humour. Exit le temps des dites catins et pucelles :  le temps est venu d'ouvrir la persienne d'une geôle secrète que les mâles ont si longtemps fomenté. Au besoin l'artiste et poétesse renonce aux paraboles quand le sang des louves devient vin de la fête de la seule sagesse : celle où les corps s'enracinent dans les méandres de leurs gestes. Chacune s'invite à la noce. Des spasme roulent en des cercles où une partie de soi se débranche. Qu'importent les heures et les fausse  bonnes raisonnables raisons.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Rim Battal, "Alcôves", "Lettres aux jeunes poétesses", Editions de l'Arche 2021, et "Le désir en nous comme défi au monde",  éd. Le Castor astral, 2021. 

07/11/2021

Francis Baudevin & : dans les affres de l'abstraction

Baudevin Bon.jpgFrancis Baudevin &, «Abstract-Contact», Mark Mueller, Zurich, du 5 novembre 2021 au 5 janvier 2022.
 
Francis Baudevin est accompagné ici de  John M. Armleder, Pauline Boudry / Renate Lorenz, Catherine Ceresole, Helmut Federle, Christian Floquet, Christian Marclay, François Morellet, Olivier Mosset, Robert Nickas, Laurence Pittet. C'est l'occasion de souligner l'importance de l’art conceptuel et abstrait.
 
Baudevin 2.jpgFrancis Baudevin en  reste  le maître mais celles et ceux qui sont présents ici avec lui  ne sont pas de simples épigones. La radicalité est de mise dans le lieu même (Zurich) où l'abstraction acquis très vite dans le siècle dernier son droit de citer. Dans de telles approches la géométrie des formes  ne cesse de lutter contre toute forme de viscosité paraphrasante.
 
Baudevin bon bon.jpgLa seule théâtralité est celle de la peinture en ses  sédimentations.  Quoiqu'on en dise l’émotion est là mais latente. A travers des formes et couleurs élémentaires elle sacrifie tout lien  avec un quelconque thème ou narration afin de dégager une force singulière créatrice d’une énergie par l’éclosion des couleurs  que les volumes cernent. Divers effets de bascule se produisent en de tels explorations et leurs propriétés spatiales. Le géométrisme y prend une importance capitale et tout reste en parfaite succession de l’école de Zurich. Les artistes poussent encore plus loin ses arcanes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret