gruyeresuisse

01/06/2021

Pascal Lombard peintre du silence

Lombard 4.jpgPascal Lombard, "Oeuvres récentes", Galerie LigneTreize, Carouge, du 5 juin au 2 juillet 2021
 
Pascal Lombard explore la nature morte et le paysage à travers la peinture "a tempera" – antérieure à l’huile. Sous certains aspects  son langage  plastique peut paraître classique. Mais  il s'en dégage. Chez lui ces deux genres picturaux ne sont pas traités comme  décoratifs mais éléments de réflexion sur la perception.
 
Lombard 2.jpgL'artiste s'éloigne de tout effet de réalité pour donner espace à une sorte  de  "temps pur" (Proust) à travers l'exploitation de sa technique. Il s’agit de quitter le monde pour un autre en un revirement ou un retournement. Une fusion est en cours face à la confusion par une présence mystérieuse, exaltante, capable de sortir du désastre du temps.
 
Lombard 3.jpgUne paradoxale remise en cause de la peinture se crée par l’agitation  et le trouble d’une telle visitation à la recherche - en un tel mouvement - de la fixité et du silence. Existent d'étranges vagues de fond qui rameutent - des images vibrantes, cursives mais de manière opposée à tout effet  d'éclat. Il s'agit de creuser - par l'imaginaire d'incorporation particulière - l'apparence pour voir ce qui passe et ce qui ne passera jamais mais qui n'a lieu que dans la peinture. Surtout lorsqu'elle devient comme chez l'artiste "sourde" et profonde.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Photo du peintre par Didier Balitrand

31/05/2021

Pinget, Butor et les autres

Roman.pngPour les adeptes du nouveau roman la monstration du secret ne peut plus passer par la loi traditionnelle de l'aveu biographique. Ses nouveaux maîtres quoique fort différents développent une langue parallèle. Arraché à sa narrativité classique le romanesque est détourné du lit de son fleuve tranquille. Il fait le jeu d'une autre proximité plus intéressante. Ces échanges de lettres permettent de comprendre.
 
Roman 2.jpgLa fiction perd son statut de bloc de référence au réel  afin qu’émerge une littéralité différente faite de fragmentations, dispersions, incisions, coupures.  De ces bribes assemblées surgit l'attrait du néant (chez Beckett) ou la quête du sens (Sarraute). Si bien que la poétique de l'imaginaire prend des tournures inconnues.
 
Roman 3.jpgDans cette stratégie, les auteur réunis ici pulvérisent les voies de la prétendue transparence narrative. Ils reprennent la recherche qui - après Joyce - par-delà l'histoire d’une vie, fait émerger certaines pièces qui en font partie mais ne peuvent l'englober en sa totalité. Chaque fiction se présente donc  comme un puzzle, un assemblage de pièces disparates. Emergent des doutes voire des confusions et des absences. Tout semble y apparaître. Tout "sauf le secret" écrit Claude Simon. Et l’auteur d’ajouter : « face à une idéalisation très influencée par la rêverie, il n'existe pas un peuplement par les aveux mais par la splendide limpidité du Rien". Mais chez ces romanciers, sous ce « Rien »,  quelque chose remue que le roman fait vibrer.
 
J-P Gavard-Perret
 
Collectif, "Nouveau Roman. Correspondance, 1946-1999", Michel Butor, Claude Mauriac, Claude Ollier, Robert Pinget, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Claude Simon, Édition de Carrie Landfried et Olivier Wagner, Collection Blanche, Gallimard, Paris, 2021, 336 p..

29/05/2021

Vivre ses vies : éloge de Véronique Caye par Barbara Polla

Polla.jpgA Véronique Caye, Barbara Polla envoie une lettre "d'amour" en hommage aux vies que l'auteur partage avec la créatrice d'images - "Pas n’importe quelles images !" précise-t-elle avant de dresser le registre des aimantations des comparses en amitié et travail  : les images bien sûr mais aussi la poésie, la musique : "Ton père, à l’harmonica. Et le piano. Bach, avant tout, avec toi-même, et Glenn Gould comme compagnon." Avant d'étendre plus tard le registre de Frescobaldi à Arvo Pärt.  Il y eut aussi  la danse classique -  "j’avais encore mes rondeurs de petite fille que j’ai toujours d’ailleurs. Toi, tu es depuis toujours fine et élégante." - et enfin les rêves de celles qui voulaient vivre et créer mais  aussi - et c'était la première étape  "aller en ville".
 
Polla 3.pngSuivent les évocations du travail de l'artiste, spectacle après spectacle, film après film de Tokyo à Rome et sa lutte contre le crabe.  Ce qui donnera entre autres "Tropique" film journal intime qui fut longtemps caché et d'où jaillissent tous les pans de son existence et le mystère du désir. Après la rémission se dessinent de nouveaux départs jusqu'à Melbourne avec l'auteure et leur retour  à Paris. Les émotions se retrouvent  et se conjuguent de l'oeuvre de l'une à celle de l'autre. Pour les deux il s'agit d'être femmes et de proposer "un rapport érotique au monde comme manière de vivre. De vivre en tant que femme" en un féminisme inclusif et amoureux des hommes. Le tout en ne tirant plus sa plus profonde pensée uniquement de soi mais de l'autre dans la réalité qui bouge. 
 
Polla 2.jpgA ce titre l'auteure "qui se veut la première à montrer au monde les trésors cachés dans les ateliers – dans les disques durs – des artistes",  expose à Analix Forever "Horizon Véronique Caye"  dont les vidéos désobéissent aux formes consacrées du genre. Et c'est ainsi que tout avance. Les créations de la réalisatrice échappent au monde des images décoratives. Et Barbara Polla pour saluer l'Amie introduit dans son texte en lettres capitales les capillarités qui les retiennent. Nous n'en citerons que quelques unes : "REGARD IMAGE RÉSONNANCE  SURVIVANCE VÉRITÉ BOULIMIE AVENTURE LABYRINTHE ÉNERGIE SENSATION PERCEPTION HORIZON". Pour chacune  ces valeurs permettent de vivre sa vie et pas seulement la sienne. Les deux créatrices appellent toujours ce qui vient, avec courage et envie. Elles continuent de se donner au vouloir mystérieux d'une route que personne d'autre ne prend et dont ce témoignage dessine une carte du tendre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Paul Ardenne et Barbara Polla,  "Horizon Véronique Caye" Hématomes Éditions, Liège. Exposition Analix Forever, Chene-Bourg