gruyeresuisse

11/06/2021

Peter Wüthrich : pharmacopée

Wuett.jpgDans les montages médicamenteux de Peter Wüthrich surgit un imaginaire encore plus ludique. Ses installations deviennent pour le regardeur des suppléments de conceptualisation fondés sur de nouveaux jeux d'associations et d'alignements afin de mettre à mal  ici la prétendue complexité de notre manière de nous soigner à travers des "bibliothèques" de médicaments.
 
Wuett 2.jpgFace au fétichisme de la connaissance et dans notre période de pandémie l'artiste fait battre la campagne à l'imaginaire. Le livre n'est pas oublié ici et l'artiste continue à le transformer ou l'agrémenter. Existe donc toujours son entreprise de construction et déconstruction et de déchiffrement.
 
 
Wuett 3.jpgPeter Wuethrich reste toujours capable de produire différentes opérations et diverses ouvertures.  En conséquence il ramène  à un art autant rupestre que postmoderne mais avec légèreté et avec fun qui se cachent dans une armoire à pharmacie comme dans les livres agencés selon leurs couvertures monochromes. Elles font ce que les mots ne font pas. Il existe là des manières de soigner l'esprit plus efficacement que les fioles assemblées soignent le corps.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Literary Pharmacy & Two Books, Noire Gallery, Torino

10/06/2021

Le noeud et le textile : "Stitches"

Noeuds.jpgCollectif, "STITCHES Scènes, corps, décors",  Le Commun, Genève, du 17 juin au 11 juillet 2021.
 
Gabrielle Boder, Tadeo Kohan et Camille Regli créent une proposition collective partant du noeud. Il devient la figure symbolique du lien et de la contrainte mais également comme motif élémentaire du tissu. De nombreux artistes (dont Mai-Thu Perret,  Sabrina Röthlisberger, Ugo Rondinone, Mario Botta, Sarah Burger,  Nicola Genovese, Julie Monot, Manon Wertenbroek portent un regard sur l’utilisation de ce matériau souple dans la création artistique de ces dernières décennies en Suisse.
 
noeuds 2.jpgDu point de suture au point de couture, les matières charnelles et tissées se répondent, se mêlent au sein d’une réflexion sur l’environnement privé, scénique et social. Cette "matière" a priori ni muséale ni de luxe a permis depuis près de 50 ans le bouleversement des  catégories dominantes et des hiérarchies artistiques : que ce soit   l’émancipation féministe (d'où la présence de nombreuses créatrices ou du décentrement occidental.
 
Le textile a donc acquis un pouvoir subversif et l’exposition souligne les rapports étroits que ce matériau entretient avec le corps et ses espaces de représentations. Autant par contrastes qu'affinités les œuvres forment une communauté - avouable ou non - formelle, tactile, narrative entre abstraction et figuration, ready-made et savoir-faire, scènes, corps et décors. Le tout en l'intime et l'extime, la contrainte et la libération.

Jean-Paul Gavard-Perret

Beckett : qui ça ?

Becke.jpgPris dans le "quoi ça le je", L'Innommable gît  dans son chaos sans possible réponse. "Venu au monde sans naître" il  reste celui qui cherche son vrai visage au miroir de la nuit . Celle-ci prouve qu'on ne peut acquérir de certitudes. Tenter de s'auto-démasquer revient à multiplier en clown ses propres fantômes. Alors chercher encore. A être. Se devenir.  Par accumulation de mots et leur effraction sonore. Elle vient rythmiquement toujours espérer casser ce qui arrive. Mais qui n'est qu'une farce. Les mots sont muets et ne peuvent rien affirmer comme identifiable. Toutefois avant d'atteindre le parfait silence, il parle par défaut. "J'ai à parler, c'est vague. J'ai à parler n'ayant rien à dire, rien que la parole des autres (...). Personne ne m'y oblige, il n'y a personne, c'est un accident, c'est un fait. Rien ne pourra jamais m'en dispenser, il n'y a rien, rien à découvrir" dit l'Innommable. L'instant tant attendu de sa mort est celui, enfin, où il s'agit de s'arrêter de mourir. Son langage n’aura été entre temps que l’expression d'une expansion impossible de celui qu’il fut à lui-même le repli du je dis.
 
Jean-Paul Gavard-Perret