gruyeresuisse

07/12/2018

Les surfaces utiles de Jannis Kounellis

Kounellis.jpgEn guise de quasi conclusion à son oeuvre, Jannis Kounellis a réalisé dans l’atelier Albicocco d'Udine une suite impressionnante de douze grandes gravures. Il s'agit de reliquaires plastiques de pelisses ou plus exactement de manteaux. L'être en est absent mais sa présence rampe comme dans toute l'oeuvre où le plasticien s'est souvent amusé à reproduires des habits (chapeaux, etc.) sans niveaux, ni maîtres.

Kounellis 3.jpgEst mis à l’honneur le caractère typographique étrange lié utilisé aux tactiques de reproduction. À la poursuite des expérimentations plastiques l'artiste propose une fois de plus détournements et détours qui échappent à la voix normative de narration. C’est une forme de pratique brutaliste et poétique dans l’acte de construire un terrain de jeu plus ou moins macabre.

Kounellis 2.jpgL'humour en noir exprime une gravité à grande échelle avec  ruse et parfois en douce. Il est question de jouer entre l’art et la débrouille au moyen des objets les plus triviaux. Mais ils renferme un musée de l'homme dans un parcours qui " pêle-mêle" les grands thèmes de l’histoire de l’art en un nœud de langage plaisant à défaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jannis Kounellis, "Les manteaux", Galerie Lelong & Co, Paris, du 24 janvier au 9 mars 2019. La Galerie Lelong & Co. publie en paralèle un important interview de Kounellis avec Jérôme Sans

05/12/2018

Frank Habicht - le plaisir qui fascine et le désir qui tue

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Les coups de cœur passagers n’étreignent pas seulement une ombre quand Frank Habicht s’en empare. Il y a tenu ses assises photographiques dans le Swinging London en modifiant au besoin le réel, son manteau, sa nudité, ses effluves par le noir et le blanc.

 

 


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Une approche du plaisir soudain et premier s’empare de ses images. Parfois une belle de jour remonte du fond des nuits dans une tendresse qui fait hurler. A perte d’espace ou dans sa réduction les corps se déplient en divers types « d’avancées » qui firent bouger la culture compassée.

 

 

 

 

Habitch 2.jpgAu modèle qui aurait osé lui dire ; « Si j’ôte mon chemisier que ferais-tu de lui ? Pour lui répondre l'artiste savait alors que rien ne reste à dire mais beaucoup à photographier et surtout le mystère que les corps soudain libres (ou se croyant tels) portaient en eux. Ils s'osent ici dans le noir qui fascine, le blanc qui tue. L’opposition créatrice est constante entre l’infini possible et le néant.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Frank Habicht, "As it was", Hatje Cantz, Berlin, 2018, 244 p., 50 E..

 

 

 

03/12/2018

Katerina Belkina : la photograhie est une femme

Belkina 3.jpgL’artiste russe Katerina Belkina appartient désormais au cercle des photographes les plus reconnus et chers de l'histoire du 7ème art. Une de ses oeuvres a été vendue au Sotheby's de Londres plus de 40 000 Euros. Elle fait partie de sa série majeure intitulée "Paint" où elle devient à la fois "peintre" et modèle.

La créatrice y revisite des portraits de femme des peintres du XIX et XXème siècles : Picasso, Klimt, Schiele, le Douanier Rousseau, Modigliani par exemple. Et dans le cas de Van Gogh l'autoportrait du peintre est tenu par l'artiste elle-même.

Belkina.jpgLes oeuvres originales sont facilement reconnaissables. Existe donc un hommage. Mais tout autant un prodige de technicité et de poésie réinterprétative qui redonne sa place à la femme. Elle est devant comme derrière l'image. Bref aux manettes pour s’approcher le plus possible de ses héros peintres à travers sa réinterprétation et le défi qu'elle leur porte.

Belkina 2.jpgLa féminité qui était jusque là réservée au modèle retrouve une colonne vertébrale genrée. Il y a là un certain suivi physique sauf que l'artiste ne tresse pas seulement les colonnes vertébrales et qu’il n’y a en son travail nulle hernie capillaire. De tels phénomènes magiques ont l'apparence de petites vengeances. Mais c'est, bien sûr, plus fort que cela au moment où les modèles échappent à leurs vieux maîtres pour devenir Dahlia Noir, Rose de Chine, etc.. Restent la béance bien lubrifiée et le vertige là où se matérialise une forme de victoire de la photographie sur la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret

Galerie Faur Zsofi, Bubapest, 2018