gruyeresuisse

10/07/2021

Matière et peinture : Yuri Kuper

Kuper.jpgEn mettant la notion de littéralité au premier plan, de manière certaine mais pas uniquement, Yuri Kuper transforme la saisie brute du réel, le témoignage concret. La distance fait partie de ce travail qui se refuse autant à l'auto-représentation qu'à la présence de l'humain. Le royaume est sans reines ni rois mais l'artiste est présent.
 
Kuper 2.jpgTout est affaire à la fois de proximité et de distance. Et cette double postulation accentue le plaisir l’attention et la surprise. Pour le Moscovite  “Il ne doit pas y avoir d’intermédiaire entre celui qui regarde et le tableau. Le tableau doit hypnotiser, de la même manière que la surface de la chose contemplée a hypnotisé le peintre”.
 
Kuper 3.jpgAu besoin il utilise divers rebuts pour les inclure dans ses toiles et les transformer comme par exemple le bois flotté en des gris merveilleux et argentés. C'est comme si de telles "choses" se dissolvaient afin que le tableau devienne une matière concrète en perdant sa nature première.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Yuri Kuper, "Techniques mixtes", Galerie Patrick Cramer, Genève, jusqu'au 15 juillet 2021.

09/07/2021

Mederic Turay : traversées

Turay.jpgMederic Turay, "Abandoned Memories", Bloom Galerie, Genève, du 9 juillet au 10 septembre 2021.

 
 
Surnommé le "Basquiat africain" Médéric Turray  est un plasticien ivoirien. Emigré avec ses parents aux Etats-Unis il est plongé au cœur des influences artistiques et musicales des Etats- Unis. Il débute par des bandes dessinées et s’inspire de peintres célèbres tels que Picasso, Bacon, Dali, El Anatsui ou  Basquiat. Le plasticien se  définit comme "un artiste Africain dont les pérégrinations incessantes rapportent encore et toujours quelque chose de nouveau à mon travail. Les méandres des villes se conjuguent avec mes toiles sur lesquelles je m’exprime tel un voyageur en recherche perpétuelle de couleurs."
 
Turay 5.jpgL'artiste a suivi une formation classique en art. et il revisite l'art occidental à sa main. Ses peintures sont l’assemblage d’objets d’origines diverses et chaque pièce fait partie d’un tout. La peinture acrylique, le pastel à l’huile et le café sont ses instruments artistiques de choix. Et son travail est une tentative de saisir les particularités qui rendent une personne sans visage anonyme. Son style est à la fois abstrait et figuratif entre construction et déconstruction.
 
Turay 4.jpgDéfiant le temps en ses "traces" il immortalise les choses les plus simples comme les plus complexes. Certains signes sont récurrents dans ses toiles (pomme rouge,  mots barrés, la bouche barrée par une croix).  D'où des connotations religieuses. Il ajoute des mots et des poèmes qui guident son inspiration sur des sentiers inconnus et à la recherche constante de la formule parfaite. Pour lui, l’art est expérimental. Il assemble, découpe, colle et ne s’arrête pas à la peinture pour donner vie à ses personnages dans un langage   métaphorique et universel qui parle de l’Afrique et du monde.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Diane Rivoire et Arnaud Sancosme : quand les lauréats deviennent stars

Rivoire.jpegDiane Rivoire et Arnaud Sancosme, "I am the greatest star", Galerie Joy de Rouvre, Genève, de 8 au 31 août 2021.

La galerie Joy de Rouvre permet à la peinture murale de Diane Rivoire et Arnaud Sancosme  d’investir l’ensemble de l’espace de la galerie sans les contraintes liées à la production d’objets figés. Et cela permet de favoriser leur accession à la visibilité de leur art contemporain. D'où cette double narration intempestive des  lauréats ex-​aequo du prix HEAD 2020.
 
Rivoire 2.jpgDiane Rivoire développe sa pratique de manière "appropriationniste" au travers papiers peints, peintures, objets, textes ou performances. Elle s’inspire d’expériences vécues et emprunte des références à la culture vernaculaire et la pop culture. Arnaud Sancosme travaille l'abstraction et la mise en oeuvre de son geste. Il est également musicien. Et les deux corpus de répondent parfaitement bien entre strass et quotidien.
 
Rivoire 3.jpgLes travaux générés par les deux artistes engagent des modes de production, d’exposition et de distribution spécifiques qui répondent à l'esprit de la galerie Joy de Rouvre.  Et le caractère multiple de la sérigraphie, à l’inverse de l’objet unique fétichisé, permet à leur travail d’être apprécié, là aussi, dans des temps et des situations diverses et de circuler davantage. Les deux jeunes créateurs découvrent donc là le droit d'être eux-mêmes dans leurs extases clandestines et leurs épiphanies qui peuvent se faire gondoler les rêveurs insomniaques.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret