gruyeresuisse

30/06/2020

Chorégraphies plastiques et poétiques de Silvère Jarrosson

Jarrosson.jpgC'est comme si derrière la peau ou  la surface il y avait eu une masse dont Silvère Jarrosson ne retenait que le magma. Parler de sa peinture comme abstraite est une erreur de vue. Sinon pour signifier qu'elle semble s'opposer au figuratif mais tout reste  plus compliqué que cela. Son exploration possède d'autres ambitions et se nourrit de toutes sortes de phénomènes biologiques, physiques et oniriques, grâce auxquelles elle trace sa propre trajectoire.

 

Jarrosson 2.pngAprès un séjour à la Villa Médicis, ainsi qu'à la Collection Lambert en Avignon, l'artiste expose 30 nouvelles oeuvres. Ayant dû renoncer à la danse il trouve un autre moyen de s’exprimer par le corps mais à travers d'autres mouvements. Suite à une master de biologie au Muséum d’histoire naturelle de Paris, Silvère Jarrosson situe délibérément  son oeuvre à la croisée de différentes disciplines artistiques, scientifiques, spirituelles et sensorielles. Jarrosson 3.pngLe travail sériel  permet de développer tout un système de formes convulsives. Certaines imposent des strates  où le cosmique rencontre le tellurique dans des ondoiements qui forment des cortèges de figures en mouvement. Ils tiennent d'une sorte de mentalisation avant que le geste  ne s'emballe là où la spontanéité connaît en prélude un temps de maturation.

 

 

Jarrosson 4.pngL'expérimentation picturale crée la voie de rythmes. Elle semble jouxter le chaos mais tout autant épouser le cosmique protéiforme. Ce qui pourrait sembler à certains confus et inerte reste le contraire : le dynamisme et l'ordre se dégagent de la rationnalité admise. On peut imaginer des mouvements telluriques, des allongements de couches, des suintements de matières en divers accords et désaccords. De la carcasse du réel il ne reste rien sinon une longue montée aux enfers, une descente au centre de la terre ou la plongée dans un univers qui nous dépasse. La danse ne fait que continuer.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Silvère Jarrosson, "Genèses et gestes", Exposition, Vanities Gallery, Paris, juillet 2020). Livre, titre éponyme, Préface de Yoyo Maeght, Edition Marcel, 2020.

26/06/2020

Pierre Andreani en pointillés

Andreani.jpgIl suffit de quelque lignes (en pointillés) à Pierre Andreani pour se tirer et portrait et bilan. Le tout dans une complexité inhérente à tout homme. Refusant tout laïus l'auteur va à l'essentiel. Cet exercice de brièveté peut être pris pour une précaution oratoire. Mais c'est bien plutôt un exercice de synthèse. L'homme y devient parfois sinon un porc du moins un animal peu épique.

Andreani 2.jpgSes équipées mentales ou amoureuses se sont révélées parfois du purs fiascos. Pour autant malgrè une certaine aigreur pas de quoi en faire un fromage car après tout au possible nul n'est tenu - pas plus les hommes que les femmes. Neige ou pas il arrive que chacun se prenne un sapin en pleine poire et que les lunettes (de ski ou d'aisance) servent à moins voir. "C'est voir mieux" disait Beckett. Il n'avait peut être pas tord, car après l'embolie l'embellie peu renaître. Il suffit pour cela d'en changer...

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Andreani, "Embolie ou la résurrection", Editions Furtives, Besançon, 2020.

25/06/2020

L'esthétique de l'élégance : Philip-Lorca di Corcia

Di Corcia 2.jpgPhilip-Lorca di Corcia s'amuse à jouer des stéréotypes de la peinture comme du cinéma par ses photographies. Pour la réouverture de sa galerie à Paris David Zwirner présente des images tirées d’une série de onze projets éditoriaux réalisés par l’artiste pour "W Magazine" parfois publiés parfois inédits..

Di Corcia.jpgLe photographe met en scène mannequins professionnels ou des personnes rencontrées au hasard et au fil de ses voyages afin de créer des narrations pleine de surprise, ironie, glamour et histoire d'amour ratée. Le tout dans des exercices d'harmonies volontairement surfaits pour souligner le faux dans le vrai comme le vrai dans le faux.

Di Corcia 3.jpgLa vie réelle semble "cinématographiée" dans des mises en scène appuyées à la Edgar Hopper ou à la Dadid Lynch. C'est beau, intelligent, astucieux - trop peut-être. Mais avec toujours un détachement critique du réel hautement stylisé dans une parfaire maîtrise technique. Les intrigues surviennent dans la nudité de l’égarement et le déplacement du regard au delà des miroirs entre morcellements et attentes et en une succession de possibles plus ou moins douteux. A la parure fait place la sommation. C’est une dessication : une partie du réel s’éloigne et la plus belle nous revient de manière narrative et poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philip-Lorca di Corcia, David Zwirner Gakerir Paris, juin-juillet 2020.