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18/03/2019

Patrick Lambertz : suspendus au cou de l'hiver

Lambertz.jpgPatrick Lambertz, "Châlets de Suisse", Breitenhof, Altendorf, du15 au 24 mars 2019

 

Patrick Lambertz représente la Suisse à travers un de ses poncifs. Ce n'est pas ici le pays du chocolat, de l'horlogerie de luxe, des banques ou du fromage mais celui des chalets. Le créateur les photographie de manière frontale et quasi décontextualisée en relevant ses prises de quelques couleurs spartiates.

Lambertz 3.jpgPatrick Lambertz utilise volontairement ce cliché afin de prouver la diversité d'une telle "maison de l'être". L'artiste d'origine allemande a passé plusieurs saisons hivernales pour les saisir selon une vision "très éloignée du monde glamour de l’image idéalisée" tant de tels chalets sont parfois sinon abandonnés du moins laissés en désuétude.

Lambertz 2.jpgà une problématique qui remonte aux travaux de l’école de photographie de Düsseldorf et du mouvement «New Objectivity», des séries réalisées par Bernd et Hilla Becher et de l’art photographique formel de Karl Blossfeldt, Lambertz fidèle à ces traditions a choisi une vision minimaliste, quasi "abstraite" mais poétique. Elle donne au paysage suisse un caractère austère mais prégnant. Manière d'insérer du leurre dans le leurre et transformer une représentation classique par celle où le chalet semble suspendu au cou de l'hiver.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/03/2019

Chronique d'un silence : Jean-Claude Bélégou

Bélégou.jpgLe photographe Jean-Claude Bélégou oppose à juste titre les eaux dormantes et courantes. Au flux des secondes et "leur large respiration de lumière qui traverse et irradie le paysage tout alentour" s'opposent les premières, tapies "dans des dépressions, souvent clos d'arbres et buissons, envahis d'herbes, feuilles mortes, joncs". C'est pourtant un lieu de gestation et d'existence sourde car si elles appellent "les noyades silencieuses que l'on raconte aux soirs d'hivers" en jaillit une lumière là où la passivité apparente fait le jeu du songe et de la paix. Elle commence à couler dans les pensées.

Bélégou 3.jpgCertes de telles mares obscures sont sources de mélancolie mais elles confèrent une sagesse propre à un espace fait pour les moments où la solitude et le silence confèrent une paix. Le miroir stagnant devient une fenêtre sombre de l'âme en souvenir du passé.

 

Apparemment rien ne change, tout s'enfonce. Sur les rives indécises le temps s'arrête. Les arbres et buissons confèrent des couleurs profondes à l'espace "du dedans". Les rêves n'ont pas besoin d'autres lieux. Au "fleuve d'oubli" de Baudelaire répond l'écran placide de la présence. Bélégou en soliste s'y fait virtuose des cloîtres de la nature. Ils répondent aux champs des questions,  trouvent des réponses. Elles ne font pas de vagues mais sont à la limite immédiate du mystère dont le fond reste inconnu. Il ne faut pas y jeter des pierres : elles rideraient son évidence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Claude Bélégou, "Le silence des eaux dormantes". Voir le site du photographe

12/03/2019

Crad Kilodney : de la volupté (enfin presque)

KILODNAY 3.jpgCrad Kilodney fut un écrivain du genre clerc obscur. Il savonna les planches où la décence croyait se reposer. Ses héros ou héroïnes - même coincés du bas du corps comme du haut de l'échelle sociale - ont très vite mal à leurs animaux (du moins ceux qu'ils cachent à l'intérieur d'eux-mêmes). La conformité à lkilodnnay 2.jpga morale catholique, romaine ou luthérienne est tournée en ridicule. Elle semble parfois remonter le haut de son nez et certaines bretelles jusqu'à ce que reprenne aux hommes l’envie de recommencer.

 

 

Les corps s’enfoncent dans les bois dormants mais restent éveillés. Et c'est peu dire. Le pouvoir de lévitation de certains ustensiles leur donne un statut de tireur d'élite et de jardinier des mousses tendres.Un flux les fait glisser des grands lacs canadiens pour rejoindre l'océan des voluptés. Les contes (tirés du recueil "Suburban Chicken Strangling Stories") scénarisent autant des hauts de coeurs que des toisons pubiennes. Des uns aux autres le chemin est relativement bref.

 

Kilodnay.pngDes couples illégitimes portent des pantalons de smoking ou des robes de dentelles pour swinguer du valseur avant de jouer les Fregoli ou Grüss dans des alcoves. Fini le temps où ils étaient trousseurs sur banquette arrière de Ford d'occasion. Crad Kiloldney met la gomme pour montrer combien chacun rue, lit-gote, composte, taurée, salive le point G dans ses contes X. Des Sissi impératives s'enflamment jusqu'à ce que le sperme roux coule des Falstaff enfarinés.

Jean-Paul Gavard-Perret

Crad Kilodney, "Trois Contes", Traduits par Philippe Billé, Cormor en nuptial, 2019, 64p, 15 E., 2019.