gruyeresuisse

19/04/2020

Le serpent et la pomme : Jean-Marc Scanreigh

Scanreig.jpgJean-Marc Scanreigh est un des créateurs qui nécessitent l'effort de contempler ses oeuvres les yeux sont grands ouverts pour ne pas rater l'essentiel. Maître du graphisme et de la couleur depuis le début des années 70 il multiple ses romans de postures  à travers des visions érotique soù au besoin chant du désir et chemin de croix ce croisent là où la libido et sa physique des fluides fait bon ménage. Et si Brassaï a su voir les graffiti et les photographier, Dubuffet, Cy Twombly Arie Mandelbaum les reprendre habilement Scanreigh a inventé les siens avant que cet art deviennent une mode importée des USA. Il en a fait un langage singulier et reconnaissable parmi tous comme le prouve -  et entre autres -  sa série "Squiggle".

Scanr bonbon.pngCe nom est emprunté à Winnicott. Le praticien fait du griffonnage interactif ici avec ses jeunes étudiants ce qu'il réalise parfois avec des poètes. Ses squiggles sont à l’origine de banales planchettes de bois permettant aux étudiants de l’école d’art de Nîmes de prendre des notes. L'objet est si quelconque que son remplacement est régulier pour cause de surcharge en graffiti et fantasmes selon une infraction graphique vieille comme le monde. Scanreig 2.jpgScanreigh valorise le défoulement des artistes en herbe tel un aîné bienveillant. Il récupère les planchettes avant leur passage à la benne à ordure et y ajoute sa griffe pour faire revenir dans le champ de l’art ce qui n’était qu’une simple passade. Par sa pratique l’artiste réaffirme son credo : il n’y a manifestation que dans l’ouvert. Il la pratique depuis toujours dans un langage reconnaissable parmi tous là où scènes et conciliabules éclatent à la surface des supports.

Scanr 3.pngDans la totalité de son oeuvre le  jeu des couleurs et des lignes est démultiplié sous divers avatars. Emergent de la sorte des vertiges là où l’inconscient connaît la traversée des frontières. Scanreigh offre un passage, un transfert. Aux rituels de certitude fait place l’égarement et la transgression. Loin de la simple représentation, ersatz, ou monnaie de singe l'artiste donne libre cours à sa capacité de fantasmer, de fabuler avec délectation en  un chemin constitué d'associations. Scanr bon.jpgL’artiste rappelle aussi que la dérive  reste la belle incertitude de la peinture et du graphisme propres à.gratter encore plus le visible pour voir dedans. L’oeuvre de Scanreigh avec ses "placards" ironiques permet ainsi un fantastique voyage d'exploration autour d'un univers intime toujours côtoyé, jamais visité et dont la circonférence reste  incertaine et le centre inconnu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Marc Scanreigh et Yves Peyré, "Complicité du divers" 60 dessins en pleine page de Jean-Marc Scanreigh, Bernard Noêl, Le roman des postures illustrations de Jean-Marc Scanreigh. Les 2 aux éditions Fata Morgana. Exposition L’Archa des Carmes Arles du 2 mars - 30 avril 2020

18/04/2020

Yoram Roth chevalier blanc de l'Eros

Roth.jpgGrâce - entre autres - sa propre galerie "Camera Work" le  travail de Yoram Roth est connu dans le monde entier même si, contrairement à ce qu'on pense, la nudité est dans notre monde de  plus en plus mal considérée. Disney Production vient de créer des ajouts à sa Sirène  dont Tom Hanks tombe amoureux pour cacher plus nettement son séant... On croît rêver.

Roth 3.jpg

 

Quant à Yoram Roth, la façon dont il présente le nu dérive sur l’abstraction et des aspects éthérés qui n'ont rien d'obscènes. Il a été néanmoins désinvité de Photofair San Francisco l’année dernière et n'a même pas pu montrer son site Web à Dubaï. À San Francisco, son travail était perçu comme politiquement incorrect, dans l’émirat, il était considéré comme du pornographique.

Roth 2.jpgLe photographe cherche et trouve l’inspiration dans le monde de l’histoire de l’art. Ses séries «Personal Disclosure», «Brutalism» et «Spatial Concepts» font référence au baroque espagnol, à l’architecture de Berlin Est, ou à des spatialistes italiens comme Fontana.  Comme de telles références il accorde un caractère sacré au corps humain. Et par ailleurs il ne cesse de rappeler que la photographie n’est pas intimidante et c'est là le problème. Tout le monde peut se croire photographe et ne se rend pas compte qu’il faut plus qu’une combinaison intelligente de boutons pour réaliser une bonne photo. L’artiste doit avoir des compétences, un point de vue et surtout un regard. C'est le cas de Yoram Roth. C'est pourquoi ses projets intriguent fascinent ou dérangent.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/04/2020

Disparition du Magicien Markus Raetz

Razra 3.pngUn des plus grands artistes suisses vient de nous quitter. A cet instant on se souvient d'une de ses œuvres emblématiques "Zeemannsblik" -plaque de zinc ondulée pour marquer une ligne d’horizon, non peinte, qui selon la lumièreet la distance renvoie des effets de paysages très différents Elle donne tout l'ampleur de ce créateur majeur. Il s'intéressa aussi aux relations entre l'image mobile et immobile par exemple au moyen de 1525 dessins de visages qui tourne sur une roue qui pour donner naissance à un dessin animé ("Eben"). "Drehungen" est une autre œuvre majeure de l’artiste : 16 photographies noir et blanc suggèrent le mouvement d’une tête présentée dans un espace spécialement construit pour ce travail.

Raetrz R.pngLes polaroïds en tant que "faux" documents permirent souvent à Raetz de créer un moment de l’exploration du fixe et de l’animé, plaçant le spectateur dans la triple position de l’observateur, du voyeur, du découvreur. Il suffit parfois de trois branches d’arbres, idéalement disposées, celle du milieu se fendant en deux dessinant ainsi un triangle, pour former de belles courbes féminines ("Eva"). Le buste d'une jeune fille au cou de cygne se transforme en l’espace de quelques pas en solide colonne phallique ("Brustbild").

Raets.pngFormant, déformant, transformant le réel, Markus Raetz métamorphose le monde au sein d’une réflexion sur le «devant-être» des choses mais aussi sur le moment si important de l’entre-deux pendant lequel une forme n’a pas encore les qualités qu’on attend d’elle. L'artiste a toujours considéré ses expositions comme de grandes installations permettannt de mettre en évidence divers aspects de distorsions et d'anamorphoses. Rartes sont de tels créateurs capable de leurrer les habitudes de notre regard et de se faire le magicien de l'illusion pour que l'image ne soit plus représentation mais interjection.

Jean-Paul Gavard-Perret