gruyeresuisse

29/04/2021

Carbonara - Philippe Favier

Favier.jpgPhilippe Favier, "Carbones", Wilde, Genève, du 6 mai au 26 juin 2021.

Cette exposition fait suite à celle chez Bernard Chauveau de Paris où Philippe Favier  présenta en 2019  un ensemble de dessins inédits réalisés au papier carbone. Cette série marque un tournant important dans sa pratique avec un retour à la ligne et au dessin. 

Favier 2.jpgL'ensemble permet à l’artiste une remise à plat de son style et de sa pratique afin de créer des formes épurées. Le papier carbone permet – plus que tout autre procédé - de travailler en aveugle, de dessiner sans savoir ce qui est produit.  Seul le poids de la main, son geste laconique ou ample proposent des dérives que l’artiste doit intégrer en jouant avec à la fois pour mieux réapprendre son art tout en se laissant surprendre par ce qui advient.

Favier 3.jpgChaque intervention, chaque "épreuve" deviennent à la fois une aventure et une reprise en main non seulement du  travail de l'artiste mais de lui-même. Par exemple "La ligne d’horizon de 315 Route de Peyrus" réalisée au carbone fut tirée à 8 exemplaires sur un papier Canson 310 g est augmentée par la suite sur chaque exemplaire de dessins ou de fils.  Cela constitue une suite d'interventions uniques de l’artiste sur l’endroit  même d’un travail en occultation. Par un tel processus  iconographique loin de toute rhétorique  les oeuvres deviennent de surprenantes "épiphanies" noires. Elles visent à casser les schèmes de la perception et non à satisfaire une quelconque satisfaction pulsionnelle. Et ce pour la gestation d'un trouble austère et fascinant.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/04/2021

Alain Daussin : portraits de femmes

Daussin.jpgAlain Daussin, Galerie Krisal, Carouge-Genève.
 
 
Si le corps féminin ne prend part qu'au déséquilibre, le photographe accorde à sa façon de le saisir une belle harmonie. Si bien que ses photos gardent un charme particulier. Les formes s’envolent sous feulements qu'indiquent le jeu des courbes et des lumières.
 
Daussin 3.jpg
 
Chaque égérie avance avec un port de reine et cultive sinon une indifférence du moins une certaine froideur. Adossées en divers lieux, connues et inconnues deviennent plus stars italiennes qu'hollywoodiennes.
 
 
Ces égéries deviennent des icônes.  Et qu'importe ceux qui parlent dans leur dos : lorsqu'elles se retournent leurs yeux les assassinent.  
 
 
 
 
Daussin 2.jpgLe corps en représentation devient le sujet sublimé moins de la tentation que de la reconnaissance. C’est pourquoi de telles prises sont des appels avant que d’être des pièges à fantasmes. Le tout en un jeu de vérité et de leurre. Existent une langue iconographique de feu piégée jusque dans ses angles morts pour un nouveau messidor maquillé d'induites connivences. 
 
Jean-Paul Gavard-Perret

27/04/2021

Jean Genet : le souffle d'une voix vouée aux fournaises

Genet.jpg
 
Ignorer Genet s'est un peu ne connaître du monde qu'une pellicule. Sous des lampes sans grâce ni clarté l'auteur a cherché dans le noir un sceptre pour régner. L'abject à portée de main il est resté l'ange délinquant soufflant sur nos braises.
 
 
Genet 2.jpgDans son inversion du monde il a fait par ses romans et poèmes (restitués ici dans leur version première) fourcher la langue loin des parodies littéraires ontologiquement niaises. Mais contrairement aux radicaux réalistes américains il a su conserver à la langue de boue ce qu'il lui faut d'étoiles.  Le tout en y trouvant une stratégie de survie plus qu'en roulant des pelles à ses compagnons échos.
 
Genet 4.jpgNous devons à Sartre la reconnaissance de l'auteur. Son  "Saint Genet, comédien et martyr" constitua l'introduction à ses œuvres complètes.  Certes l'auteur des "Mots" n'a pas embrassé (si l'on peut dire) l'auteur dans sa totalité. Mais il a compris que les interprétations psychanalytiques et marxistes ne pouvaient expliquer ce fantastique exercice littéraire d'une liberté. Elle d'abord écrasée par la fatalité d'un destin. Mais l'auteur sut la retourner et ce dans une écriture d'exception dont il est possible avec le temps d'apprécier la force imageante.
 
Genet 3.jpgPour exprimer la vie, ses miasmes et son écume Genet a créé un royaume littéraire qui donne son poids à tout ce qui pèse et un souffle à tout ce qui peut déplacer le monde. Et ce, dans ce qui tient d'une métempsychose. Un tel auteur resurgit non seulement en chair et os ni désincarné mais dans son improbable vie ou contre-vie avec ce qu'elle a de pur et d'impur, d'indu, d'insoluble et ignés mais aussi en les diamants purs d'un langage issue d'une voix ténébreuse et obscène mais où l'âme rampait.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Jean Genet, "Romans et poèmes", coll. La Pléiade, Gallimard, avril 2021, Paris, 1648 p., 71E.