gruyeresuisse

25/04/2021

Vice-Versa : Dialogue nippon-suisse

Suisse 3.jpg"Tangible dialogue", "Vice Versa", Ilona Schwippel & Christian Balmer, Lausanne. Exposition janvier-février 2021 puis au Japon du 14 avril au 9 mai 2021.
 
David Bielander, Itto Mishima & Fumiki Taguchi, Esther Brinkmann, Shinji Nakaba, Sophie Hanagarth, Mikiko Minewak illustrent une nouvelle idée de la joaillerie. Elle se teinte d'originalité et d'humour là où la confrontation communicante entre deux mondes crée une belle unité. Il n'est pas toujours facile de repérer ce qui appartient à une culture ou à l'autre sauf a ceux qui connaissent bien de travail des divers créateurs.
 
Suisse 2.jpgSe retrouve ici la série "Bijoux de famille" de Sophie Hanagarth  imprégnée de symbolisme, de surréalisme et d’humour. Cette créatrice reste une  des figures majeures  de la joaillerie  de notre époque.Shunji Nabake lui répond par des pièces certes différentes mais dans le même esprit de finesse et d'humour.
 
Suisse.jpgFidèle à lui-mêmeDavid  Bielander crée des bijoux fascinants qui dépassent la simple parure. C'est d'abord  sous la direction de Otto Künzli qu'il a trouvé ensuite une voie non conventionnelle où l'expérimentation est au rendez-vous et les matériaux précieux radicalement détournés de leur forme originale.
 
Chez tous ces maîtres joailliers suisses et nippons l'objectif est de pousser les porteurs de bijoux hors de leur zone de confort. Tout ici demeure atypique et critique, à travers des œuvres aussi étranges qu'inattendues. Elles placent les créateurs au premier plan du design international de bijoux.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/04/2021

Eric Poindron : ménagerie de verre 

Poindron.jpgEric Poindron  ramène à ses auteurs et créateurs de chevet : Diderot, à Dickens, Carroll et bien d'autres. En son voyage de "noceur famélique" capable de faire la bamboche  mais selon une vieille sagesse il sait repérer ce que lecteurs et regardeurs lambda laissent dans les mares. D'où ce dépeçage aéré dans une montagne de livres que "'sans grade au labeur, somnambule échevelé " il tire la substantifique moelle.
 
Nous dérivons en compagnie d'un auteur aussi épique que drôle. A travers la vie de fantômes et de magiciens se pose la question de savoir quel intérêt aurait un écrivain à avoir de l'imagination. Et à travers sa propre "folle du logis" Poindron fait traverser des routes glissantes de souvenirs qui à force de musarder deviennent d'admirables mensonges qui font des bonhommes de neige des marchands de glaces.
 
Nous comprenons très vite qu'avec un tel guide les nuits portent conseils. Nous nous retrouvons en apesanteur dans les "Salles" des secrets qui sont autant des consistoires de combinaisons aléatoires d'automates ou de masques que des propositions à des jeux de miroirs. Tout devient possible même "d'ouvrir la porte secrète des arbres de la moyenne montagne et de l'enfance". Mais comme Chez Carroll  elle débouche sur une autre et une autre encore afin que de l'ensemble flou des nuits d'antan une lumière noire fasse le jour.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Eric Poindron, "Le voyageur inachevé", Le Castor Astral, Montreuil, 15 avril 2021, 240 p., 16 E..

Cyril Huot : révision des poncifs d'un souverain pontife

Huot.jpgCyril Huot - avec toute la circonspection qu'il convient d'accorder à Roland Barthes - envoie une volée de bois vert à l'Incontournable pâtre de la montagne Sainte Geneviève. Celui dont les cours furent les consommés aux petits oignons de la doxa intellectuelle française sut se démarquer juste ce qu'il fallait des marxistes qui avaient contribué à sa majesté.  Barthes fut ainsi homme de droite autant  que maoïste tout en feignant d'être le moins politique des penseurs (enfin presque) de la French Theory.

 
Huot 2.jpgDans un habile montage par sauts et gambades - histoire de noyer le poisson là où finalement de Pasolini il est peu question - Barthes est acculé à bien des contradictions qui dépassent la seule fin de sa vie - à savoir après la mort de sa mère et même si à partir de là ses révisions furent plus marquées. Le choix d'une telle forme est habile. Elle évite les interminables laïus spéculatifs et ce, au profit de flèches qui remettent en cause les propensions et les analyses de Barthes. 
 
Huot 3.jpgL'intellectuel de garde dès les années 50 rate jusqu'à Beckett. Et Huot de souligner combien "Roland Barthes par Roland Barthes" reste une tache pour celui qui après avoir pris pied et goût dans la dérive en tant que fond de commerce s'est transformé en ersatz d'unanimiste. De fait il existe un monde entre Pasolini et celui qui se voulant toujours plus en situation que situationniste déboucha pour se définir sur une rhétorique du mot d'esprit  en se revendiquant d'être "à l'arrière garde de l'avant garde".  Dans l'espoir sans doute de se retrouver sur une ligne de front qui fut chez lui qu'une ligne d'horizon (de celle qui recule à mesure qu'on s'en rapproche) et de démarcation. d'un tout à l'égo aussi caché que récurrent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Cyril Huot, "Sans transition - De Roland Barthes à Pasolini", Tinbad Essai, Tinbad, Paris, 2021, 156 p., 18 E..