gruyeresuisse

08/05/2020

Jim Lee "farceur" génial

Lee 3.jpgL'iconoclaste de la photo de mode Jim Lee reste le maître des compositions asymétriques aux couleurs vives qui ont contribué à une nouvelle narration plastique et à un renouveau du langage de la photographie de mode. Né en 1945 de parents qui travaillèrent pour les renseignements militaires britannique (le fameux MI5 cher à James Bond et aux films d'espionnage au temps de leur grandeur) ), descendant de la famille royale, le futur enfant terrible de la prise de vue a vécu dans environnement protégé fait de privilèges quotidiens et de parfums de fêtes et d'aventures.

Lee.jpgJim Lee s’installa en Australie, enchanté par la vie sauvage et au grand air (et c'est peu dire) de l’Outback. Il y devint photographe autodidacte en vivant là-bas une vie de patachon. Avant même son retour dans la perfide Albion il se crée se propre réputation en photographiant le gotha de la British Invasion musicale ( Beatles, Rolling Stones, etc.). Revenu en Angleterre il se lance dans la photographie de mode et travaille avec une jeune et prometteuse rédactrice en chef : Anna Wintour...

Lee 2.jpgDes "Swinging Sixties" de Londres, à la fin des années 1960 il devient la coqueluche avant de se tourner vers le cinéma le temps d'un film avec Alan Bates. Il collabora ensuite avec des créateurs influents comme Yves Saint Laurent et Gianni Versace et réalisa plus de 200 publicités importantes. Tout son univers reste d'une fantaisie folle et enjouée. Lee n'hésite jamais à la provocation implicite ou marquée. Manière de souligner le charme discret de la bourgeoisie et des têtes plus ou moins couronnées.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Le photographe est représenté par la galerie Holden Luntz).

07/05/2020

Mercedes Riedy : identités du réel et de la fiction

RIEDY.jpgMercedes Riedy est devenue photographe professionnelle à la fin des années 80. Mais sa rencontre avec le medium a eu lieu lorsqu’elle avait 17 ans. "Un jour, dans le noir d’un laboratoire, elle s’est retrouvée face à face avec une image qu’elle avait faite, magiquement apparue dans la cuvette de révélateur". Ce fut sa découverte et depuis elle vit "avec la photographie, pour la photographie".  Artiste engagée  la créatrice s'est spécialisée dans la photo de théâtre et de danse.

riedy 2.jpgMais elle est tout autant une fée du portrait et elle a participé à un nombre impressionnant d’expositions. Elle a pu montrer la puissance de son regard et sa manière d'envisager et dévisager le portrait  par exemple avec "les Fous de Jazz" (1994), "Désaffectés" (Festival Image 2000 à Vevey), "Photographies et autres petites histoires" hommage à Sanseverino, (Yverdon 2003) ou encore "10 ans de photographies" ( FNAC Lausanne).

riedy 3.jpgLa clé de voûte de son travail reste l'attention  bienveillante portée sur celles et ceux qui deviennent non les objets mais les sujets de ses photos. Mercedes Riedy prouve qu'il existe un écart entre le visage et le portrait (surtout depuis l'invention de la photographie). Et si la créatrice prend en charge le dévoilement de l'identité autant réelle que lors des représentations théâtrales ou autres. c'est parce que chaque fois dans ses prises la lumière du visage perce des ténèbres et ouvre de nouveaux horizons pour donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/05/2020

les femmes sous influence - ou non - de Marianna Rothen

Rothen.pngParesseuses (rarement), sophistiquées (souvent), apeurées ou audacieuses des femmes de Marianna Rothen jouent des jeux dangereux mais voluptueux. Elles proposent des scenarii pour diverses inductions en duo ou en groupe dans leurs lignes de grains là où les prises créent des harmonies entre le bas et le haut au milieu d'étoiles plus ou moins filantes animées de d'audace, gravité mais rarement de total abandon à l'approche du stupre et de la fornication.

Rothen 3.pngLa femme devient l'image d'une présence-absence, proche-lointaine, englobante-inaccessible et représente, par excellence, l'incarnation qui joue d'elle même. Les égéries engagent pleinement leur corps dans la quête de la perfection plus que dans l'abjection, l'épuisement  ou l'abandon. Tout n'est que suggestion, possibilité multiple et captivante vers le plaisir.

Rothen 2.pngLes femmes sont de magnifiques amantes, fascinantes, d'une beauté qui n'a pas fini de ravager. Elles sont non seulement un mystère mais tout un savoir qui va de la physiologie à l'anthropologie. La photographe sait que parler de l'énigme de la femme, de son mystère, de son culte risquent d'irriter les sensibilités féministes. Et il y a eu sur ce plan bien des récupérations aliénantes mais la femme selon Marianna Rothen est une essence qui n'apparaît que pour disparaître aussitôt. Le rapport au modèle débouche constamment sur un rapport à soi même voire un mouvement de retour vers la mère, laquelle règne jusque dans le corps des amantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marianna Rothen, Little Black Gallery, Londres