gruyeresuisse

06/05/2020

les femmes sous influence - ou non - de Marianna Rothen

Rothen.pngParesseuses (rarement), sophistiquées (souvent), apeurées ou audacieuses des femmes de Marianna Rothen jouent des jeux dangereux mais voluptueux. Elles proposent des scenarii pour diverses inductions en duo ou en groupe dans leurs lignes de grains là où les prises créent des harmonies entre le bas et le haut au milieu d'étoiles plus ou moins filantes animées de d'audace, gravité mais rarement de total abandon à l'approche du stupre et de la fornication.

Rothen 3.pngLa femme devient l'image d'une présence-absence, proche-lointaine, englobante-inaccessible et représente, par excellence, l'incarnation qui joue d'elle même. Les égéries engagent pleinement leur corps dans la quête de la perfection plus que dans l'abjection, l'épuisement  ou l'abandon. Tout n'est que suggestion, possibilité multiple et captivante vers le plaisir.

Rothen 2.pngLes femmes sont de magnifiques amantes, fascinantes, d'une beauté qui n'a pas fini de ravager. Elles sont non seulement un mystère mais tout un savoir qui va de la physiologie à l'anthropologie. La photographe sait que parler de l'énigme de la femme, de son mystère, de son culte risquent d'irriter les sensibilités féministes. Et il y a eu sur ce plan bien des récupérations aliénantes mais la femme selon Marianna Rothen est une essence qui n'apparaît que pour disparaître aussitôt. Le rapport au modèle débouche constamment sur un rapport à soi même voire un mouvement de retour vers la mère, laquelle règne jusque dans le corps des amantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marianna Rothen, Little Black Gallery, Londres

05/05/2020

Richard Meier : apprendre à voir, apprendre à lire

 

Meier.jpgDans le su et l'insu, textes et images avancent pour "parler". Il faut chercher sur les pans de couleurs du leporello l'esprit de la lettre.

 

Par transparence ou opacité l'espace s'honore d'une machinerie qui fonctionne sur un mode locomotive avec bielles (de lignes) et roues.

 

Tout sort, fuse, pulse dans les épissures de montages entre nervosité et linéarité, rondeurs et crayonnés là où l'artiste se "livre".

 

Meier 4.jpgDans un travail à façon, la prise en main de l'artiste forme et déforme l'héritage des mots et des images pour une traversée.

 

Il faut à un artiste beaucoup de temps pour en arriver à ce "naturalisme" premier et expérimental.  Mais de tels transferts et passages mettent le pied à l'étrier à la lettre, à la ligne et au cercle.

 

Meier 2.jpgC'est un monde intérieur qui s'agite et s'assimile loin de toute recherche à une adaptation d'usage.

 

Meier 3.jpgCe travail est exemplaire dans son originalité  :  le potentiel vague à l'âme y est aspiré entre sérieux et fantaisie.

 

Le plaisir est constant dans les plaques du leporello. Avec celui-ci et ses frères Meier multiplie les pouvoirs de l'illusion à la fois pour la démontrer et la réimager de manière inédite.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Richard Meier, "Illusion Sillon. Inépaisseur des illusions 4", Editions Voix, Richard Meier, 2020.

03/05/2020

L'au-delà de l'éros : Elizabeth Prouvost abbesse de la chapelle sextine

Prouvost.jpgDans sa superbe série - en cours  et en corps (avec Vanda Spengler) que n'aurait pas reniée Bacon - existe un portrait de l'amour très particulier. Le flanc de l’amoureuse s'ouvre comme s'il n'avait pas suffisamment résisté au désir de vivre et d'aimer. Néanmoins dans des scènes de mystère et parfois de "boucherie" se frôle le plus ardent des appels. Existe une sorte de surréalisme gore mais  onirique dans le jeu des corps qui se donnent en spectacle pour jouir de leur exhibition, étalement, accrochage.

Prouvost 2.jpgLe but n’est pas l’assouvissement d'un quelconque fantasme d'Eros ou de Thanatos mais celui de la puissance et de la souveraineté de l'image. Existe dans ces "baisers de mort", et paradoxalement, le dur désir de faire durer la faim plus que la fin. La photographie joue donc un jeu du désir pour en disposer autrement et afin que le corps se voit devenir l'autre dans une prolifération de viande mais aussi de formes énigmatiques.

Prouvost 3.jpgComplices, les deux artistes font regarder le corps non dans la seule psyché proposée dans les traditions picturales L’ironie mais aussi la poésie motrice ne sont jamais absentes là où l’image est rendue à sa chair et la chair à un pré-texte. Les créatrices délient le corps pour lui faire habiter un espace différent de celui qui distrairait le regardeur. Entre horizontalité et verticalité l'oeuvre est l’épreuve de recommencements toujours insaisissables. Son pouvoir n’est pas d’illusion mais d’étreinte. La viande fait ce que les caresses ne font pas. Précipitée ou pendue la première ne se dérobe pas où alors selon un strip-tease très particulier...

Jean-Paul Gavard-Perret

Elizabeth Prouvost et Vanda Spengler, "Baiser de la mort"

https://www.elizabethprouvost.com/