gruyeresuisse

03/07/2016

Francis Picabia : viens Poupoule viens


.picabia 2.pngFrancis Picabia, « Eine Retrospektive », Kunsthaus, Zürich, du 3 juin au 25 septembre 2016 et MoMA, New-York, du 20 novembre 2016 au 19 mars 2017. Catalogue par Catherine Hug et Anne Umland, Hatje Kantz, Berlin, 2016, 69 CHF.

Dada est de retour à Zurich pour son centième anniversaire à travers Picabia. L’exposition est de premier ordre. Elle met en évidence celui qui se voulut le mirage au dessus de la peinture et dont l’œuvre considérée d’abord comme sauvage est traversée d’illuminations. La toile pour lui n’était plus un lit de repos mais un trampoline sur lesquelles formes et couleurs rebondissent selon des splendeurs inconnues.

PICABIA 3.pngQu’importe écrit Picabia si « les cubistes veulent couvrir Dada de neige (…) ils veulent vider la neige de leur pipe pour recouvrir Dada » L’artiste et aussi poète n’en eut cure. Il mit à mal une vision mercantile de l’art : c’est d’ailleurs ce qu’on ne pardonnera pas à Dada auquel on préfèrera son ersatz : le Surréalisme.

Picabia s’en amuse : « Vendre de l’art très cher./ L’art vaut plus cher que le saucisson, plus cher que les femmes, plus cher que tout. /L’art est visible comme Dieu ! (voir Saint-Sulpice)./L’art est un produit pharmaceutique pour imbéciles ». Ce qui n’empêcha pas Picabia de tourner la peinture à son profit et vers d’autres lieux.

Picabia.jpgRefusant « les chiures de mouches sur les murs » il allait les délester tout en les remplissant de ses « coupes fil » qui bloquèrent les processions picturales « en chantant Viens Poupoule ». Ce fut à l’époque un sacrilège : mais l’écho n’a cesse de nous interroger. Rappelons-nous des mots de Picabia : « DADA qui représente la vie vous accuse de tout aimer par snobisme ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/06/2016

Sécessions du portrait : Felipe Alonso

 

Alonso.jpgParfait iconoclaste Felipe Alonso se bat avec le tableau pour qu’en jaillisse un théâtre particulier. Tel un Rustin - mais plus enclin aux hybridations – il donne au portrait humain ou animalier une perspective sidérante autant par effet de matière que de pose. Chaque œuvre (en particulier ses peintures) crée une lumière étrange sur des morceaux de corps. Une convulsion implicite mêle l’horreur à l’extase. Un mystère en jaillit entre éros et thanatos. Les fragments épars et les hybridations construisent un ensemble cohérent mais énigmatique. De lèvres ouvertes jaillissent des « déjections » qui rapprochent l’artiste d’un Goya.

Alonso 3.jpgDes masses lourdes flottent, pareilles à ce qu’il y a paradoxalement de plus léger. L'oeuvre « dit » l’angoisse, l’attente. Elle se fiche des débats actuels et théoriques sur la représentation et montre ce qui se passe « lorsque les mots vous lâchent (Beckett). Là la seule voie loin de toute censure. Alonso peint contre la fixité.. La peinture «oublie» son projet, l’efface selon des perspectives profondes pour que la réalité soit plus sourde. Entre fixité et errance, la trace dans l’espace réduit du tableau fait que quelque chose de neuf se passe et passe

Jean-Paul Gavard-Perret

25/06/2016

Primitifs du futur à l'Elysée


Elyséé Victoria Will.jpg« La mémoire du futur, dialogues photographiques entre passé, présent et futur », jusqu’au 28 août 2016. Musée de l’Élysée, Lausanne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ElyséeOscar Munoz.jpgDepuis son arrivée à la tête du Musée de L’Elysée, Tatyana Franck a revitalisé le lieu. Elle revalorise un fonds accumulé au fil du temps sans direction précise mais dans un souci d’œcuménisme photographique. Pour autant l’exposition n’a rien d’une expérience nostalgique. Plutôt que d’exhumer des trophées passéistes l’exposition crée une dialectique entre passé et futur et montre comment les recherches des photographes actuels savent tirer profit de procédés photographiques archaïques.

ElyséeChristan Marclay.jpgDaguerréotypes et autres cyanotypes sont mis en écho des œuvres les plus nouvelles. Aux travaux primitifs de Gustave Le Gray ou d’Anna Atkins répondent les expérimentations de Christian Marclay, Oscar Munoz, John Dugdale, Takashi Arai ou encore les recherches sur la lumière d'un James Turrell. Non sans louable souci pédagogique l’exposition permet une réflexion approfondie sur le médium et prouve comment l’esthétique photographique se construit sur la « matière ». Et ce même à l’époque du numérique. La patine, la craquelure, l’effet de trace investissent le médium – parfois jusqu’à un maniérisme discutable. A voir pour tout amateur d’un art confiné trop longtemps au rang inférieur.

Jean-Paul Gavard-Perret

(photosde Victoria Wall, Oscar Munoz, Christian Marclay)