gruyeresuisse

29/02/2020

La Suisse de Teju Cole

Teju.pngLa beauté pittoresque et l'apparente stabilité de la Suisse est devenue pour Teju Cole un sujet de prédilection. De 2014 à 2019, il a tenté de donner un autre moyen de comprendre et de contempler un pays qui selon lui a été pendant deux siècles la quintessence de l'expérience touristique.

 

Teju 2.pngLe mot allemand "Fernweh" (voyage) a été retenu pour inspirer le désir d'être ailleurs que sollicite tout rêve de départ vers la Confédération. Cole de manière scrupuleuse et attentive compose des prises en couleur pour évoquer la face cachée de la nation qu'il ponctue de textes précieux dans un mélange de soin, sérénité et de mélancolie.

Teju 3.jpgRevenant année après année dans les lieux, le photographe a découvert avec patience la palette de couleurs idéales et une forme de constructivisme qui donnent à chaque cliché du pays sa puissance. Du canton de Vaud à Lugano "Fernweh" crée une vision où la présence humaine est offerte à travers ses traces de manière allusive et poétique. A voir. Et pas seulement par les voyageurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Teju Cole, "Fernweh", Mack, Londres 2020, £35.00, €40.

28/02/2020

Une autre préhension de l'art : "L'appartement" de Ghislain Mollet-Viéville.

Appart bon.png"L'Appartement", Textes de Lionel Bovier, Thierry Davila, Patricia Falguières, Ghislain Mollet-Viéville, MAMCO, 160 p., 25 E.., 2020.

L'ouvrage "L'Appartement" est une analyse de la reconstitution du logement de Ghislain Mollet-Viéville, le plus important ensemble d'œuvres d'art conceptuel et minimal en Suisse Romande. Il a été acquis par la Fondation MAMCO en 2016–2017, grâce à la générosité de plusieurs mécènes. Le "lieu" est présenté au troisième étage du musée loin de son logement initial :  Ghislain Mollet-Viéville de 1975 à 1991 vivait au 26 de la rue Beaubourg à Paris pour promouvoir l’art minimal et conceptuel.

Appart.png"L'agent d'art" (comme il se nomma) avait organisé son espace de vie et de travail selon les protocoles des œuvres de sa collection avant de décider d’assumer la pleine conséquence de la «dématérialisation» de l'art qu'il défendait en s’installant dans un nouvel appartement sans aucune œuvre visible. Sa collection est déposée au MAMCO depuis son ouverture et, en 2016, il a engagé l’acquisition d’une importante partie de cette collection. A savoir les œuvres présentées dans les salles adjacentes.

Appart 2.pngS'y découvre les oeuvres de grands minimalistes (Carl Andre, Donald Judd etc.) et de conceptuels de même envergure (Joseph Kosuth, Sol LeWitt, etc.). Toutes ces pièces intègrent dans leur conception leurs modes de présentation : elles se dispensent de tout socle, cadre, éclairage et autre instrument de mise en scène de l’art au profit d’une expérience intellectuelle et sensible immédiate. Quant à L’Appartement proprement dit, il met les œuvres à l’épreuve d’une insertion dans un univers domestique. Le visiteur peut  faire l’expérience d’un rapport plus intime avec ces travaux, dans un lieu à investir et considérer différemment des autres salles.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/02/2020

Alex Hanimann : le même en l'autre

Hanniman.pngAlex Hanimann, "Same But Different", FRAC Grand-Large, Hauts de France, du 16 février au 26 avril 2020.en collaboration avec le Kunstmuseum St Gall (Suisse) et la Villa Merkel à Esslingen (Allemagne) et le soutien de Pro Helvetia.

hanniman 3.pngAlex Hanimann transpose les principes de la photographie dans différents médiums - vidéos, sculptures, peintures ou installations - pour mieux percevoir les nuances et les écarts entre les images, la réalité et ce qui en cette dernière échappe.Tout joue ici entre diverses oppositions : noir et blanc, positif et lnégatif, visible et invisible, champ et hors champ, nommable et inommable.

hanniman 2.pngL'artiste suisse retient des images qui sont des extraits ou des essences de gestes, d’histoires et de souvenirs. Au besoin par le numérique il traffique la trame et la nature des images.Surgit tout un jeu de flipper entre ce que l'on croit voire et ce que l'on projette. L'artiste propose une attraction prégnante et sourdement provocante. A la candeur des images toutes faites répondent une émotion et une perception profondes. Elles se fondent sur équilibre parfait entre formes et sens selon une dualité qui ramène à l’ambiguïté essentielle de toute image.

hanniman 4.pngNulle «littérature» en cela mais de la poésie pure par la conjonction de la photographie et ses nouveaux états. S’y respire un lointain proche. Non sans froideur le réel échappe à l’attraction terrestre. L’artiste emprisonne moins qu’il ne délivre entre capture et liberté, embrassement et syncope, symétries et perspectives. Tout se joue dans le champ de l’ambivalence. Et si le corps a cédé place à son illusion, un mensonge inédit est capable de dire la vérité. Nous ne possédons l’image. Elle nous possède.

Jean-Paul Gavard-Perret