gruyeresuisse

01/07/2017

Chen Chin Pao : subculture taïwanaise

Chen 4.jpgLa série "Betel Nut Girls" de Chen Chin Pao propose un élément très controversé de la subculture de son pays (Taïwan). Des adolescentes très légèrement vêtues sont transformée en vendeuses affriolantes de « Betel Buts », petites noix vertes qui se mâchent comme une gomme et qui sont très prisées au sein des classes populaires.

Chen.jpgLes Betel But Girls sont là pour attirer le chaland avec leurs tenues qui les font ressembler - de loin ou souvent de près - à de jeunes prostituées. Elles sont devenues un phénomène de société et une sorte de rébus visuel très apprécié depuis le boum économique du pays. La plupart d’entre elles préfèrent ce job temporaire et quelque peu festif à toute autre ambition. Elles sont partiellement interdites par le gouvernement pour deux raisons. D’abord parce que la culture de la noix nuit à l’environnement et au sol qu’elle appauvrit. Ensuite la présence de telles adolescentes a entrainé une série de crimes sexuels et d’embauches illégales.

Chen 3.jpgIl n’en demeure pas moins que travailleurs et jeunes gens du pays les poursuivent. De plus en plus d’ailleurs elles essaiment et deviennent serveuses dans des bars ou restaurants. Ces adolescentes montrent comment dans une société en évolution la jeunesse est attirée par l’argent facile, le matérialisme et un certain hédonisme plutôt que de rechercher d’autres valeurs. Chen Chin-Pao en dresse un tableau implicite, gai (d’une certaine manière) mais sans concession.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/06/2017

"Face à face" au Musée Jurassien ou le coeur de la peinture

Wolfender Stetter.jpg"Face à face : la figure humaine au cœur des collections", Musée Jurassien des arts, Moutier, du 2 juillet au 12 novembre 2017.


Il existe un écart entre le visage et le portrait. Surtout depuis l'invention de la photographie. Celle-ci a pris en charge un certain dévoilement de l'identité. Depuis, la lumière du visage peint perce des ténèbres et ouvre de nouveaux horizons comme le prouve les artistes exposés à Moutier : entre autre Gustav Stetter, Ani, Gérard Brégbard, Bernard Philippe, Anouk Richard et chacun dans un langage et un parti-pris particulier. Tous sont capables de donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation.

wolfender Moutier.jpgCes artistes ont compris comment depuis l'Antiquité grecque où visage et masque étaient indissociables, le premier est devenu le centre de toutes les ambiguïtés selon une logique anthropomorphique de l'art occidental sur lequel la peinture à partir du XXème siècle a décidé de se dégager.

En parcourant l'exposition, le visiteur comprend que le portrait plus que miroir est devenu une "visagéité" (Beckett) qui souligne la "fausse évidence" des figures "réelles". Ce "face à face" fait éclater les masques et prouvent que tout artiste est celui qui se met en quête d'identité du langage pictural en s'arrachent à la fixité du visage pour plonger vers l'opacité révélée d’un règne énigmatique dont la peinture ouvre les portes en son souci d’incorporation et non de reproduction.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(Portrait par Stetter et autoportrait de Wolfender)

 

15/06/2017

Gregory Bojorquez : du soleil dans l’eau froide

Borjorquez.jpgLes photos argentiques de Gregory Bojorquez offre un panorama d’un Los Angeles - sa ville natale - populaire. Le tableau de la cité est éloigné des fragrances hollywoodiennes. Se substitue une vision plus profonde, lucide mais poétique. Elle ouvre d’étranges fenêtres où rouillent les épices d’une émotion médiatisée selon un envers de la société du spectacle.

Borjorquez 2.jpgL’image devient la pieuvre douce des corps et le poulpe de lueurs solaires. Des lions et des lionnes dorment ou se reposent. Au sol ou en suspens. Ils ne font rien. Juste parfois une ascension fainéante. D’autres ressemblent à des éléphants humains dont une souris tente la trompe, la grignote (joie de la flibuste).

Borjorquez 3.jpgL’ouverture d’esprit est toujours là comme lorsque le créateur s’amuse à caviarder les situations par d’habiles décadrages. Chaque image est un terrier : comme un renard Bojorquez en sort les lapins pour une nouvelle découverte, un agrandissement particulier en un jeu de déphasages.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gregory Bojorquez, « Frame Life », Galerie Bene Taschen, Cologne, du 7 juin au 29 septembre 2017.