gruyeresuisse

04/02/2020

Philippe Thireau : parfum de poudre à la violette

Thireau.pngReprenant une situation chère à Rimbaud et Ramuz, Philippe Thireau - en une suite de fragments et reprises - raconte l'histoire du soldat et de la jeune fille violette. L'auteur joue de situations et d'un langage qui mêle de l'ancien et du neuf. S'y rejoue ce qui s'est passé pour beaucoup de jeunes français appelés sous les drapeaux lors de ce qu'on eut du mal à nommer "Guerre d'Algérie".

 

Thireau bon.jpgL'écrivain mêle épopée et exorcisme dans une histoire d'eaux : celle des oueds du Magrheb comme des torrents qui ravagent les campings lors des orages d'été. Ces fragments sont eux mêmes propres aux tremblements et débordements. Ecrire sur les gestes devait être l'intention de l'auteur au départ. Puis sont venus en foule tant d’images et d’instants, tout en même temps : les poteaux télégraphiques, le son des corbeaux, la pluie et le soleil.


Thireau 3.jpgSynchronicité ou dissonance, plusieurs niveaux s’enchevêtrent, les voix relient des contraires. Des histoires se rencontrent pour un récit subjectif : c'est voir quelque chose comme autre chose, regarder quelque chose avec une certaine distance, y voir non pas l’éternité de la mort mais l’éphémère, l’impermanence de l'amour. Il s’agit peut-être de se laisser perdre. Puis la danse est venue dans un silence de mort , clic et claque.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Thireau, "Mélancholia", coll. Tinbad fiction, Tindbad 2ditions, Paris, 2020, 52 p., 11,50 E..

03/02/2020

Bill Ray : synchronicité et dissonance

Bill Ray.pngBill Ray, l’un des derniers photographes du magazine "Life"", né en 1936, il vient de décéder. Il reste un des témoins majeurs de la vie américaine autant autour de ses icones, ses failles (Hell Angels) que la vie quotidienne.

Bill Ray 3.pngCes photos les plus emblématiques restent celle Marilyn Monroe chantant pour le président John F. Kennedy pour son 45e anniversaire au Madison Square Garden et les divers portraits d'Elvis Presley - en particulier lorsqu'il intègre l'armée américaine. Il aima non pas tant voyager qu’être dans les lieux, observer ce qui s'y passe là où il est question du corps des femmes et des hommes, d'une violence sourde mais aussi et surtout d'une forme de joie

Bill Ray 2.jpgBill Ray a l'instint pour saisir les images d'instants entre synchronicité ou dissonance, plusieurs niveaux s’enchevêtrent là où il capte des gestes ou situations qui le frappent et l’étonnement. Ce mot est celui qui vient le plus souvent pour tenter de dire son expérience et son art.

Jean-Paul Gavard-Perret

La poésie articulaire de Franz Mon

Mon 2.jpgFranz Mon, "Traces d'articulations", MAMCO Genève à partir du 28 janvier 2020.

Né à Francfort-sur-le-Main en 1926, Franz Mon est l’un des pionniers des mixages visuels entre la littérature et l’art. Dès 1950 parallèlement à ce qui se passait dans l'art sonore, spatialiste, et concret. Le titre de l'exposition est un rappel de premier livre de Mon : "artikulationen"  (articulations ), 1959). Elle rassemble des exemples de chacune de ses expérimentations qui lient le langage à l'image par des collages. Il deviennent la transition entre poésie et art visuel comme le prouve son poème-alphabet « ainmal nur das alphabet gebrauchen » (1967).

Mon.jpgLa création interdisciplinaire et une nouvelle esthétique hybride (poétique, typographique, picturale et acoustique) prennent donc essor. Et  dans le livre "Wie was begann" («Comment cela a commencé»), l'artiste précise l'embrayeur de ses premiers travaux : «L’art et la littérature vont de pair avec la redécouverte et l’évaluation de l’apport de nos prédécesseurs des années 1920.» C'est donc dans la suite du dadaïsme, de Kurt Schwitters et plus avant du pré-surréalisme de Guillaume Apollinaire que l'auteur et artiste recrée un sens et un vision de type poésie concrète qui reste éloignée de toute poésie mécanique, statistique, permutationnelle, etc.. Elle demeure centrée sur la vie là où les corpuscules linguistiques deviennent des sortes de paysages abstraits.

Mon 3.pngFace à ceux qui affirment qu'il n’y a pas de pensée dans la poésie nouvelle, Franz Mon prouve que les mots, les syllabes, les cellules de la langue parviennent à prouver qu'elle existe à partir de signes insérés au cœur de l'art. Le créateur utilise tout ce qui ressemble aux premiers en se servant comme matériau de base ceux la presse quotidienne. Il développe son approche selon trois axes : la poésie expérimentale, les collages et les pièces radiophoniques. L'artiste provoque divers remodelages de la lisibilité, de la compréhension et de la perception des signes selon une abstraction aussi physique qu'abstraite. Se scellent de nouvelles alliances en une aventure d'ascèse et de débordement

Jean-Paul Gavard-Perret