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03/11/2020

Gabriela Chicherio «Inspired by Switzerland» - artistes helvétiques à Moscou et à Lausanne

Chicherio.pngLa designer et curatrice suisse Gabriela Chicherio a profité de son séjour de résidence à Moscou en 2019 pour réfléchir sur la question de l’héritage visuel. Pour elle - et non sans raison - l'idée du design est façonnée par l’histoire et la culture. Dès lors «Inspired by Switzerland», permet de découvrir des œuvres d’artistes suisses de la jeune génération à Moscou et à Lausanne.

Design Chicherio.jpgDiplômée de l'ECAL de Lausanne; Gabriela Chicherio crée des objets pensés de manière fonctionnelle en incorporant la beauté de la forme. Ligne Roset a intègré dans sa collection son entonnoir ''Ypsi'', créé pendant ses études et plus tard sa collection de luminaires ''Amis de Jean" a suivi.  L'artiste s'est établie à Zurich et après plusieurs années de collaboration au Studio Beat Karrer et d'enseignement à la ZHdK , elle y a fondé son propre bureau de design.

Design 2.jpgL'exposition est soutenue par Pro Helvetia qui depuis 2017 favorise des échanges entre la Suisse et la Russie par le biais de son bureau de liaison à Moscou afin de diffuser la culture suisse dans le monde. Le programme interdisciplinaire est placé sur diverses disciplines dont le design et les arts visuels. L'exposition présente 12 projets d'artistes designers émergeants. Dimitri Bähler, Gabriela Chicherio, Fritz Jakob Gräber, Laure Gremion, Valentina Labitzke, Bertille Laguet, Adrien Rovero, Fabio Rutishauser, Solá Solá Studios, Sibylle Stöckli, Nora Wagner, Robert Adrian Wettstein. Diverses sources d'inspiration - kitsch ou plus classiques, populaires ou sophistiquées- montrent comment les processus de design peuvent être appliqués. Preuve que la Suisse inspire de plus en plus par ses créations.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Inspired by Switzerland », Exposition Lausanne et Moscou. DesignDays2020 , Galerie Viceversa, Lausanne, du 5 au 15 Novembre 2020.

02/11/2020

Uta Ruhkamp la croqueuse ou la bouche dans tous ses états

Ruta 2.jpgEn écho à lexposition "On Everyone's Lips. From Pieter Bruegel to Cindy Sherman" au Kunstmuseum Wolfsburg, du 31 octobre 2020 au 2 avril 2021, Hatje Cantze propose sous le direction de Uta Ruhkamp un livre magitral. Il fait retour via les arts à un stade et un lieu dont Freud a offert bien des "ouvertures".

Uta 2.pngBouche, lèvres, dents comme vecteurs de paroles, douleur, plaisir, crachat, nourriture, luxe restent des éléments et aussi des lieux que la science et la médecine ont étudié. Mais l'art n'est pas en reste : il dit ce que la bouche "fait" et ce que ses mots taisent. Les essais du livre sont là pour inventorier un tel passage du dehors au dedans. Tout est examiné  à travers les images des grands artistes mais aussi celle d'ethonogie. Elles permettent une révision culturelle à travers le temps et l'histoire de Bruegel à Cindy Sherman.

Ruta.jpgMalaxer, engorger, gêner la fluidité de l’objet bouche permet parfois d'en déréaliser le sens ou de provoquer à l'inverse un malaise. Face à la fermeture stabilisée des images admises celles de cet ensemble deviennent les indicateurs anticoagulants à une présence normalisée. Une suite de glissements et d’incartades obligent un questionnement. L’oeuvre n’a plus rien d’un simple miroir. Une certaine «laideur» y est même convoquée parfois pour réveiller le regard.

Jean-Paul Gavard-Perret

Uta Ruhkamp, "On Everyone’s Lips. - The Oral Cavity in Art and Culture", Hatje Cantze, Berlin 352 p.

01/11/2020

Wu Cheng'en, le singe et le lettré

Wu Chen.jpg

Dès le début du IXème siècle, l'imaginaire  chinois s'était emparé des exploits de l'histoire du moine Xuanzang. Il partit seul appuyé sur sa canne et revint bien des années plus tard courbé sous le faix de centaines de soûtras bouddhiques. Il les ramena dans une hotte d'osier pour apporter à son peuple le feu sacré. Cheng'en a donc repris cette histoire légendaire tout en lui accordant une nouvelle portée.

 

Chang'en 2.jpg"La Pérégrination vers l'Ouest" est en conséquence devenue pour la culture chinoise l'équivalent en occident des livres de Rabelais ou du "Don Quichotte" de Cervantès. Le roman possède le même caractère inaugural. La fiction devient à la fois fantastique, épique en son aspect "road movie" et initiatique là où apparaissent des créatures surnaturelles et des prodiges animaliers. Dans la version de Cheng'en Xuanzang n’y est plus le héros. Il devient le protégé de monstres ou d’esprits-animaux convertis au bouddhisme, avec au premier rang le Singe pèlerin sans lequel il aurait sans doute échoué. C'est une manière de critiquer tout un intellectualisme comme Rabelais le fit avec ses moines et Cervantès avec son chevalier pollué par ses lectures.

Cheng'en 3.jpgAvec Cheng'en les aventures aussi bizarres qu’extraordinaires n’ont donc presque plus aucun rapport avec les sources historiques. C'est comme si Sancho Panza avait pris le rôle du Quichotte - étant plus compétent que lui de manière pratique et doté d'un esprit plus mâtinéeà diverses réalités. Cheng'en - aux époques proches que nos primo-romanciers - a donc créé un même type chef d'oeuvre. L'imaginaire, l'extravagance et la folie animent les cent chapitres de ce livre incontournable. Le Singe devient une des clés capables de remettre l'humain à une plus juste place dans un système où l'être humain n'est plus le roi. Et à qui veut comprendre la littérature et la culture chinoise il faut commencer par là.

Jean-Paul Gavard-Perret

Wu Cheng'en, "La Pérégrination vers l'Ouest", 2 tomes. Edition et traduction d'André Lévy, Bibliotèque de la Pléiade, Gallimard, 2020.