gruyeresuisse

11/02/2018

Nobuyoshi Araki : cordes et pétales

Araki 3.jpgNobuyoshi Araki transforme les codes et stéréotypes du médium photographique comme celui de l’érotisme et du bondage. Il intervient parfois sur ses propres négatifs ou recouvre parfois ses images de calligraphies ou de peintures, dans un geste audacieux, souvent teinté d’humour. Même en fragments le corps échappe au morcellement.

Araki 2.jpgPoses et prises créent moins le rêve et fantasme qu’elles ne sollicitent l’imaginaire. Fidèle à toute une tradition japonaise Araki cherche le réel du rien et dans le rien le retour du geste qui touche. Le corps et sa prise deviennent la magie du réel. Lèvres entr'ouvertes parfois les corps semblent nous comprendre comme ils comprennent une forme d’amour, de communauté, d’entente tacite.

 

 

Araki 4.jpgIl en va de même lorsque les fleurs trop ouvertes laissent suinter une humidité. Tout cela demeure trouble et fascinant. L’œuvre - dont l’exposition de New York offre une superbe rétrospective - reste le véritable journal intime de celui pour qui « photographier est avant tout une façon d’exister ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Nobuyoshi Araki, Musée du Sexe, 233 Fifth Avenue New York, février-avril 2018.

07/02/2018

Wing Shya : Hong Kong Delire

Wing-Shy.jpgObscènes et pudiques, réalistes mais merveilleuses, les œuvres de Wing Shya réinvente un Hong Kong où précise l’artiste « la désolation de la condition humaine se lit comme une lettre d’amour en technicolor à la ville qui l’a élevé. » L’univers devient une dystopie épique et dérisoire. Des temps primitifs rejoignent une apocalypse pour demain. Tout joue entre étouffement et clarté, obscurité et espoir selon une narration intimiste et générale.

 

Wing-Shya 2.jpgLe photographe a commencé comme photographe de plateau sur les tournages des épopées du réalisateur Wong Kar-Wai. En suite « logique » la conception de chaque prise et composition rappelle un imaginaire cinématographique où la fantaisie jouxte le réalisme et où la célébration de l’apparence se mêle à celle de sa ruine.

Wing-Shya 3.jpgL’évocation de l’indicible est pigmenté de lumières signalétiques en gribouillages. Ils  accentuent les mises en abîme. L’imaginaire évocatoire ouvre l'espace pour laisser poindre un monde ou un non-lieu. Ce qui demeure de l’être est de l’ordre de la perte en des farces presque obscènes : l’être n’y voit plus le jour ou de plus en plus mal. Mais la fascination tient à cette révélation nocturne.

Jean-Paul Gavard-Perret

Wing Shya, "Sweet Sorrow", Blue Lotus Gallery, Hong Kong, Chine

05/02/2018

La beauté des lignes au musée de l’Elysée de Lausanne

Lausanne1.jpgLa nouvelle exposition du Musée de l’Elysée offre un panorama de l’histoire de la photographie au travers de l’impressionnante collection de Sondra Gilman et Celso Gonzalez-Falla. Les deux collectionneurs ont toujours été guidés par une approche précise de la photographie : le goût des lignes et du formalisme. Cela permet de mettre en exergue la qualité d’un art dont le mérite n’est pas seulement la représentation mais la re-présentation.

Lausanne2.jpgCuratée par Tatyana Franck et Pauline Martin, directrice et conservatrice du Musée du lieu, l’exposition permettra à beaucoup de découvrir un aspect moins connu de la photographie à travers les plus grands noms de l’histoire du médium. A l’illusion mimétique de la réalité fait place l’originalité d’un langage divisé ici judicieusement en trois plans : lignes droites, lignes courbes et abstractions.

 

Lausanne3.jpgCartier-Bresson, Bérénice Abbott, Eugène Atget, Robert Adams, Walker Evans, Rineke Dijkstra, Man Ray, Lee Friedlander, Stéphane Couturier prouvent une infinie variété de champs et de chants en une vision kaléidoscopique d’œuvre parfois empreintes d’érotisme et parfois proches de l’abstraction qui révèlent le « langage obligé » d’un tel art.

Jean-Paul Gavard-Perret

« La Beauté des lignes. La collection Gilman et Gonzalez-Falla au Musée de l’Elysée », Lausanne, 2018.