gruyeresuisse

17/11/2016

X sous X


Porno 2.pngDes centaines de maris qui seraient bien rentrés chez eux mais qui risquaient d’y retrouver leur épouse décidaient parfois de faire une halte dans un cinéma X. C’est là parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : ils ont tout désormais sur internet et de manière plus bouchère...

Mais savoir que la vie fait de nous des figurants passifs alors qu’au cinéma porno les acteurs  sont en mouvement (pas question de regarder l’heure à la pendule du studio) ne suffisait pas à appâter le gogo. Toutefois les autorités « sanitaires » de la morale avaient le bras séculier lourd. En 1975, la loi française interdit l’usage d’images explicites sur les affiches de films pornographiques. Dès lors les distributeurs doivent multiplier les chartes graphiques et linguistiques pour répondre à la pénurie organisée.

Porno.pngDe cet important corpus « Pornographisme » propose une sélection et un historique de graphismes kitschissimes à la mode psychédélique et de titres extravagants : « Orgies au camping », « La Comtesse est une pute », « La grosse cramouille de la garagiste », « Les vieux sur la vieille » ou « Merlin l’emmancheur ». Pour un homme seul et désirant le rester ces appels étaient une bénédiction. Les stars du genre étant connues cela évitait les présentations en une époque où la pornographie devint ce qu’elle n’est pas : non une monstration mais une évocation. Grotesque ou poétique, c’est selon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mickaël Drai & Christophe Chelmis, « Pornographisme », éditions Marque Belge, 2016.

11/11/2016

De la poésie francophone



Poésie.jpgCommentateurs intermittents de leurs propres penchants poétiques 17 écrivains francophones ont respecté une règle simple émise par Guy Roquet : proposer en quelques pages leur expérience de lecteur de poésie et présenter la liste de leurs dix poèmes préférés. Le livre est continuellement riche et sans la moindre langue de bois ou postures. Vénus Khoury-Ghata, Chislain Ripault, Salah Stérié et les autres sont des lecteurs qui refusent le désenchantement de l’époque.

Ils prouvent que la poésie possède non seulement une âme mais un coffre qu’on appelle corps. Rencontrée chez certains par hasard (qui dans ce cas fait bien les choses même s’il n’existe pas) la poésie n’est pas pour eux une simple promenade. Il ne s’agit pas à travers elle d’aller sur les bords de la Loire un matin d’automne. Elle n’est pas non plus un miroir des ressemblances : elle brûle ou n’est pas. Car en construisant la langue elle dépèce les mots comme le rappelle Vénus Khoury-Ghata au sujet du « Dépeupleur » de Beckett (preuve que la poésie n’est pas forcément une histoire de genre).

Poésie 2.pngLes 17 auteurs voguent dans un fleuve qui n’a rien de tranquille. Il les emmène en territoire inconnu. Peu à peu, ce fleuve prend feu comme une botte de paille, il embrase le ciel. Plus question alors de se cacher, plus question non plus de croire que la poésie s’arrime au romantisme. Elle touche à l’origine comme au futur dans un saut dans le présent que seuls de grands auteurs apprennent à lire au delà des idées reçues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collectif, « Lignes de cœur - 17 écrivains disent leur rapport à la poésie », L’Atelier Imaginaire, Le Castor Astral, 2016, 240 p., 15 E.

08/11/2016

Sous le strass : Hadley Hudson

 

Hudson 4.jpgHadley Hudson, “Persona, Models at Home”, Texte de Michael Gross, 2016, Hatje Cantz verlag, Berlin, 2016

 

 

 

Hudson.jpgHadley Hudson cultive une passion particulière pour les modèles masculins ou féminins de la mode. Elle les photographie non « on stage » mais dans l’intimité de leurs intérieurs à Londres, Paris, New-York, Vienne, Berlin, Zurich. Influencée par le concept cher à C. G. Jung de “Persona” elle montre comment joue l’être et son masque chez des vedettes (ou en espoir d’accéder à ce statut) à peine adultes et déjà réduits à de simples images.

Hudson 3.jpgLe livre (qui rassemble ce qui fut d’abord un reportage pour Die Zeit) devient une manière de monter le dessous des cartes de l’industrie du luxe et de sa piétaille la plus voyante. La photographe propose une embrasure : elle fait moins spectacle qu’elle interroge le regard. Et ce parfois de manière impitoyable. Hadley Hudson crée ce qui dans le visible fait trou et demeure caché. L’artiste ne juge pas : mais ce qui se voit dans ses images n’est plus les porte-manteaux de la mode mais. dans un expressionnisme particulier cette « persona ». Elle perce loin des effets « cintres ».

Hudson 2.jpgExiste l’off-scène. Il est à la fois un voyage dans le palimpseste de la photographie et une approche vers l’intériorité des silhouettes fantomatiques. Le cliché crée la mise en abyme d’une autre histoire, d’autres désirs - voire d’un vide. Le mutisme du modèle soumis au culte de la monstration orthonormée est remplacé par le cri sourd ou abasourdi. Celles et ceux qui sont saisis dans d’autres filets acquièrent un statut concret, vivant, et non plus « figuré ».

Jean-Paul Gavard-Perret