gruyeresuisse

08/07/2019

Sketchpad : extension du domaine des images

Sketchap bon.png"SKETCHPAD - Quand nos enfants seront adultes". Topographie de l'art", Paris, du 4 au 27 juillet 2019.

Sketchpad est à l'origine un programme informatique écrit en 1963 pour ouvrir les images. A travers ce titre Barbara Polla et Nicolas Etchenagucia, exposent des artistes choisis à dessein, après avoir présenté certains d’entre eux à Analix Forever (Genève) . Elles et ils créent des essais et des suites de romans visuels bergsoniens du futur. La mémoire volontaire ou non du futur s'y fomente. Il s'agit en fait d'études aussi critiques que visuelles en de "moving images" porteuses d’émotion. Mais quand nos enfants seront adultes, l’évolution des technologies sera telle que le champ de créativité reste un abîme. Ce qui n'empêche pas aux artistes invités de le "combler", et ce,  de la technique la plus simple (le dessin) aux plus sophistiquées.

Sketchap 3.jpgAndreas Angelikadis propose ses cités utopiques et Yves Netzhammer y poursuit aussi ses figurations tandis que Julien Serve se moque de nos complaisances envers ces miroirs magiques que sont devenus nos selfies. Miltos Matenas lui emboîte le pas mais en proposant des fils rouges à l'Internet. Charalambos Margaratis se "replie" sur le fusain pour créer de nouvelles donnes aux masses volumiques tandis que Mounir Fatmi tend ses mandalas hors fixations. Ils deviennent des cordons ombilicaux d'un nouveau genre tandis qu'Eva Magyarosi et Ayce Kartal ramènent à un sortilège de la présence et à un retour à l'enfance (de l'art et de l'existence).

Sketchap.pngCe kaléidoscope crée une architecture des images qui - du fameux "Théâtre Optique" d’Emile Reynaud (1892) à la joie de "faire illusion" du Robot Drafstman - propose des prospectives et des extensions au domaine de l'image. Preuve que tout Sketchpad et quelle qu'en soit la nature, en son essence même, ne se limite pas aux êtres et objets relevant typiquement de la signification commune du quotidien. S'instaure une mythologie où se recensent par avance des situations insolites et des centres de gravités inconnus.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/07/2019

Be Bopp

Dave Bopp.jpgDave Bopp, "Headroom", Galerie Mark Müller, Zurich. Exposition au Kunstverein Friedrichshafen, du 12 juillet au 1er seprembre 2019.

Les oeuvres de Dave Bopp sont de véritables usines à gaz. Elles vont bien dans la ville de Zurich où naquirent bien des effervescences picturales il y a 100 ans déjà du côté du dadaïsme et de l'abstraction. Dans une telle recherche, histoires, anecdotes se trouvent reléguées au rayon des antiquités par un traitement aussi impeccable que surréel de la peinture.

Il existe là des féeries impressionnantes déclinées à travers le point de vue le plus subjectif qui soit. Ici en effet "l'abstraction" n'est pas au service d'une métaphysique mais pour une ronde folle des formes et couleurs afin que jaillissent divers types de hantises de "lieux du lieu" de l'art en une poésie mystérieuse et prégnante, subtile, drôle et acérée. Rehaussées de volumes géométriques les images peuvent servir de cautions au rêve. L’anonymat décliné sous forme de structures crée une énergie festive de têtes folles. Be Bopp A Lula en quelque sorte.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/07/2019

Quand Alvin Lucier ouvre l'horizon sonore

Lucier.jpgAlvin Lucier, "Notes sur la musique expérimentale", traduction Vincent Barras, Christian Indermuhle, Thibault Waltrt, Héros-Limite, Genève, 2019, 272 p., 22 E..

 

Le compositeur Alvin Lucier fait partie des compositeurs américains qui ont révolutionné la définition même de la musique. Dès les années 60, il explore les propriétés naturelles du son en lien avec l’espace. Il s’intéresse aux phénomènes de la résonance et de l’interférence. Avec Robert Ashley, David Behrman et Gordon Mumma, il fonde la" Sonic Arts Union" en 1966, enseigne à la Wesleyan University du Connecticut, enregistre une vingtaine d'albums et son oeuvre continue à être jouée et inspire de jeunes créateurs.

Lucier 2.pngLes éditions "Héros-Limite" permettent la publication en français  de son livre majeur. "Musique 109" propose un panorama fléché de l'expérimentation musicale.Lucier retrace les parcours de John Cage, Steve Reich, Terry Riley, Pauline Oliveros ou Philip Glass entre autres. Il permet de comprendre comment ces artistes ont fait de cette époque un moment clé de l'histoire de la musique, un peu comme les expressionnistes américains ont métamorphosé la peinture.

Lucier 3.jpgAlvin Lucier passe en revue les données de l’indétermination, du minimalisme, de la musique électronique ou encore les innovations radicales comme celles du "piano arrangé" ou des recherche de Nancarrow. Il est ici un "vulgarisateur" (au sens noble du terme) : ces textes issus de la retranscription de ses cours forment une somme importante et parfaitement fluide. Lucier sait y être badin au besoin avec un sens astucieux de l'anecdote afin de rapprocher la musique savante du commun des mortels.

Lucier 4.jpgL'auteur prouve comment la pulsation de vie bat la chamade de manière inédite par mutation de la mesure et de la syntaxe sonore. Elle s'ouvre à des bouillonnements sourds. Soudain la musique connaît ni intervalle ni dénotation, ignore le phrasé et le distingo. Elle semble couler de source pour faire éprouver de nouvelles émotions et interrogations. Il arrive que là où nagent les notes leurs dents sont prêtes à scier les cordes qui nous retenaient aux balances du passé et aux harmonies établies.

Jean-Paul Gavard-Perret